La Multiplication des pains

La solution des disciples est simple et raisonnable : il se fait tard, la foule est immense, il faut renvoyer tout le monde acheter sa propre nourriture avant la nuit. Jésus, lui, ne se range pas à cet avis — il leur renvoie le problème tout entier : « donnez-leur vous-mêmes à manger » — avec cinq pains et deux poissons comme seules ressources disponibles.
The Feeding of the Five Thousand
Aimeriez-vous que l'abondance silencieuse des pains et des poissons veille sur votre propre foyer ? The Feeding of the Five Thousand

Une foule rassemblée au pire moment

Matthieu place cette scène juste après que Jésus a appris la mort de Jean-Baptiste, et son premier réflexe est de se retirer en barque vers un lieu isolé, cherchant apparemment un moment de solitude pour pleurer. Les foules ne le lui permettent pas : elles le suivent à pied le long du rivage, et lorsque sa barque touche terre, un immense rassemblement l'attend déjà. Plutôt que de le renvoyer, « il fut ému de compassion pour eux, et il guérit leurs malades » (Matthieu 14,14) — passant toute la journée à cette tâche avant même que la question de la nourriture ne se pose.

Une illustration à l'aquarelle d'une immense foule assise sur un versant herbeux, recevant de la nourriture transmise de rang en rang.

James Tissot, « Le Miracle des pains et des poissons », vers 1886–1894 — domaine public.

Un problème renvoyé aux disciples

La scène s'ouvre sur une préoccupation raisonnable et pratique. Le soir approchant, et la foule ne montrant aucun signe de vouloir se disperser, les disciples viennent proposer à Jésus un plan sensé : « Le soir venu, les disciples s'approchèrent et lui dirent : L'endroit est désert et l'heure est déjà passée ; renvoie donc les foules afin qu'elles aillent dans les villages s'acheter de la nourriture » (Matthieu 14,15, Bible de Jérusalem). La réponse de Jésus n'est pas un rejet de cette préoccupation — c'est un renvoi de la responsabilité : « Mais Jésus leur dit : Il n'est pas besoin qu'elles y aillent ; donnez-leur vous-mêmes à manger » (Matthieu 14,16, Bible de Jérusalem). Les ressources des disciples, une fois vérifiées, sont presque risiblement maigres : « Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons » (Matthieu 14,17, Bible de Jérusalem).

Une foule trop nombreuse pour être comptée avec précision

Les estimations de foules dans l'Antiquité étaient rarement exactes, et le chiffre même donné par Matthieu — « environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants » — indique que l'évangéliste lui-même traite ce nombre comme une approximation plutôt que comme un recensement précis. Si l'on inclut les familles, comme le texte le suggère, la taille réelle du rassemblement a pu plausiblement dépasser largement les dix mille personnes, réunies sur un seul coteau sans aucune préparation préalable et sans marché voisin assez grand pour les nourrir, même si le plan initial des disciples avait pu être mis à exécution.

Un geste banal, répété à grande échelle

Ce que Jésus fait ensuite est décrit sans le moindre effet spectaculaire : « Ayant donné l'ordre de faire étendre les foules sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, bénit » (Matthieu 14,19, Bible de Jérusalem) — le même geste élémentaire que n'importe quel hôte accomplirait à n'importe quel repas ordinaire, rendre grâce et rompre le pain. Le texte ne s'attarde pas sur le mécanisme de la multiplication elle-même ; il rapporte simplement le résultat, sobrement, comme si le miracle résidait moins dans un acte visible de transformation que dans le fait que la nourriture, une fois distribuée, continuait tout simplement de suffire.

Plus de restes qu'il n'y avait de départ

L'ampleur du résultat est énoncée avec une précision toute factuelle : « Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta le reste des morceaux : douze pleins couffins ! Or ceux qui mangèrent étaient environ 5.000 hommes, sans compter les femmes et les enfants » (Matthieu 14,20-21, Bible de Jérusalem). Douze paniers de restes — un pour chaque disciple, note souvent la tradition — subsistaient après qu'une foule comptant sans doute bien au-delà de cinq mille personnes se fut déjà rassasiée de cinq pains et deux poissons. Ce détail des restes compte tout autant que le repas lui-même : ce n'était pas un miracle calibré pour couvrir tout juste le besoin.

Un récit plus ancien qui se tient derrière celui-ci

Cette multiplication n'était pas entièrement sans précédent dans l'histoire d'Israël. Dans le deuxième Livre des Rois, le prophète Élisée affronte un problème semblable à bien plus petite échelle : un homme lui apporte vingt pains d'orge pour nourrir cent personnes, le serviteur d'Élisée objecte que cela est manifestement insuffisant, et la nourriture est tout de même distribuée, avec des restes par la suite. Pour des lecteurs nourris de l'Ancien Testament, voir Jésus accomplir un acte si semblable, à une échelle bien plus vaste, aurait porté un écho évident — non seulement une démonstration de puissance, mais une manière de se situer dans la même lignée prophétique qu'Élisée, en plus grand encore.

Matthieu rapporte également une seconde multiplication, distincte, plus loin dans son Évangile, où quatre mille personnes sont nourries à partir de sept pains et de quelques poissons. Les Évangiles ne traitent pas cette répétition comme redondante ; au contraire, le fait que l'événement se produise deux fois, dans deux contextes différents, semble avoir renforcé, pour les premières communautés chrétiennes, combien ce récit occupait une place centrale dans leur mémoire.

Pourquoi ce miracle est devenu une image fondatrice

Parmi tous les miracles de Jésus, celui de la foule nourrie est rapporté, sous une forme ou une autre, dans les quatre Évangiles — un rare point d'accord qui souligne à quel point il occupait une place centrale dans la mémoire des premières communautés chrétiennes. Il a longtemps été lu comme une préfiguration de l'Eucharistie, où le pain est de nouveau pris, béni, rompu et donné en abondance — un lien rendu plus explicite encore dans l'Évangile de Jean, où ce même épisode débouche directement sur l'enseignement de Jésus sur lui-même comme pain de vie. Aux côtés des Noces de Cana, il compte parmi les repas évangéliques les plus étroitement liés à l'imagerie eucharistique ultérieure. Mais même lu simplement comme un récit en soi, son centre émotionnel n'est ni la foule ni les mécanismes du miracle — c'est le moment où les disciples apprennent qu'un problème impossible leur revenait, en réalité, de résoudre, avec bien moins qu'ils ne pensaient en avoir besoin.

Trivia

Pourquoi les disciples voulaient-ils renvoyer la foule ?
Par nécessité pratique : « Ce lieu est désert, et l'heure est déjà avancée » (Matthieu 14,15) — le soir approchant et aucune source de nourriture évidente à proximité, renvoyer les gens acheter leur propre repas semblait la seule option viable.
De quoi Jésus disposait-il réellement ?
Presque rien : « Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons » (Matthieu 14,17) — une quantité que les disciples eux-mêmes jugeaient manifestement dérisoire face à la taille de la foule.
Combien de personnes ont réellement été nourries ?
« Environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants » (Matthieu 14,21) — ce qui signifie que le nombre réel de personnes présentes, familles comprises, était très probablement bien supérieur à cinq mille.
Qu'est devenue la nourriture restante ?
« Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient » (Matthieu 14,20) — il restait davantage de nourriture après le repas que ce que les disciples avaient au départ.
The Feeding of the Five Thousand
Aimeriez-vous que l'abondance silencieuse des pains et des poissons veille sur votre propre foyer ? The Feeding of the Five Thousand
✦   Link copied

Find us

Explore the full collection and bring sacred art into your home.