La Transfiguration sur le mont Thabor

Trois disciples gravissent une montagne en s'attendant à rien de plus qu'un moment tranquille de prière avec leur maître. Ce qu'ils voient à la place — son visage éclairé comme le soleil, deux prophètes morts depuis longtemps se tenant à ses côtés en pleine conversation, une voix parlant depuis une nuée — les laisse face contre terre, trop terrifiés pour bouger.
The Transfiguration on Mount Tabor
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Trois témoins, choisis délibérément

Matthieu précise qui est présent : Jésus « prend avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les emmène, à l'écart, sur une haute montagne » (Matthieu 17,1, Bible de Jérusalem) — le même cercle restreint de trois disciples que l'on retrouve à certains des moments les plus décisifs des Évangiles. Ces trois mêmes hommes seront plus tard ceux que Jésus emmènera au plus profond du jardin de Gethsémani, la nuit précédant sa mort, comme si leur présence sur la montagne avait pour but de les préparer à quelque chose de bien plus sombre encore. Rien dans le texte ne suggère que l'ascension elle-même ait eu quoi que ce soit d'inhabituel ; ce qui allait suivre, en revanche, n'était clairement pas ce à quoi les disciples pouvaient s'attendre.

Une peinture de la Renaissance représentant le Christ transfiguré dans une lumière blanche éclatante, flottant au sommet d'une montagne entre deux figures de prophètes, avec des disciples se protégeant les yeux en contrebas.

Raphaël, « La Transfiguration », vers 1516–1520 — domaine public.

La tradition, sans que l'Écriture elle-même ne le précise, a depuis longtemps identifié cette « haute montagne » au mont Thabor, un sommet arrondi et isolé s'élevant abruptement au-dessus de la plaine de Galilée, visible à des kilomètres à la ronde. Dès le quatrième siècle, des pèlerins et des écrivains chrétiens l'associaient déjà à l'événement, et une église s'est dressée à son sommet sous une forme ou une autre depuis plus d'un millénaire. Certains chercheurs modernes proposent plutôt le mont Hermon, plus proche de Césarée de Philippe, où se situe le chapitre précédent de Matthieu — mais le nom de « Thabor » s'est attaché à l'histoire avec une telle constance que c'est celui que presque tout le monde continue d'employer.

Un changement soudain et visible

L'événement lui-même est décrit avec une précision physique rare pour un miracle évangélique : Jésus « fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière » (Matthieu 17,2, Bible de Jérusalem). Puis, sans avertissement, deux autres personnages apparaissent : « voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec lui » (Matthieu 17,3, Bible de Jérusalem) — deux figures majeures du passé d'Israël, mortes depuis longtemps, désormais présentes sur la montagne, en pleine conversation avec lui, comme si cela n'avait rien d'étrange.

Pourquoi Moïse et Élie, entre tous

Ni Moïse ni Élie ne sont un choix quelconque. Moïse avait fait sortir Israël de l'esclavage en Égypte et reçu la Loi sur le mont Sinaï ; Élie avait été le plus farouche défenseur d'Israël du culte véritable contre l'idolâtrie et — fait le plus frappant — n'était pas mort d'une mort ordinaire, mais avait été emporté au ciel dans un tourbillon, un épisode que l'on peut lire dans Élie et le char de feu. Ensemble, la tradition a longtemps vu en ces deux hommes les représentants de l'ensemble des Écritures hébraïques : Moïse représentant la Loi, les cinq premiers livres qui donnèrent à Israël son identité et ses commandements, et Élie représentant les Prophètes, la longue lignée de voix qui appelèrent le peuple à revenir à la fidélité. Leur apparition aux côtés de Jésus, s'entretenant avec lui plutôt que se contentant d'observer, suggère que tout ce vers quoi la Loi et les Prophètes pointaient se tenait désormais devant les disciples sous une forme humaine.

L'instinct de Pierre, et la voix qui lui répond

La réaction de Pierre a quelque chose de touchant dans son humanité : plutôt que de garder le silence devant un tel bouleversement, il propose de dresser trois tentes, « une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie » (Matthieu 17,4, Bible de Jérusalem) — une tentative, peut-être, de retenir l'instant ou de lui donner une forme concrète. Il est coupé en plein élan : « Comme il parlait encore, voici qu'une nuée lumineuse les prit sous son ombre, et voici qu'une voix disait de la nuée : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le » (Matthieu 17,5, Bible de Jérusalem) — des mots qui font écho à la voix entendue lors du baptême de Jésus, mais qui ajoutent cette fois une instruction directe adressée à ceux qui se tiennent là : l'écouter.

Ce n'est pas la première fois qu'une voix venue du ciel prononce ces mots. Lors du baptême de Jésus, alors qu'il sortait des eaux du Jourdain, une voix presque identique l'avait déclaré Fils bien-aimé de Dieu. Exégètes et prédicateurs ont depuis longtemps remarqué cet écho : la Transfiguration fonctionne presque comme une seconde confirmation, plus spectaculaire, de la même vérité, livrée cette fois non pas au commencement du ministère public de Jésus, mais en plein milieu de celui-ci, peu après que Pierre l'eut pour la première fois proclamé le Christ à Césarée de Philippe, et peu avant que Jésus ne tourne son visage vers Jérusalem et vers la souffrance qui l'y attendait. L'ordre ajouté — « écoutez-le » — se lit presque comme une réponse à la proposition de Pierre de dresser des tentes : non pas cela, semble-t-il dire, mais simplement prêter attention.

La terreur, et une main ordinaire posée sur l'épaule

La réaction des disciples n'est pas l'émerveillement, mais la peur : « à cette voix, les disciples tombèrent sur leurs faces, tout effrayés » (Matthieu 17,6, Bible de Jérusalem). Ce qui met fin à ce moment n'est pas une autre vision, mais quelque chose d'étonnamment ordinaire : « Mais Jésus, s'approchant, les toucha et leur dit : Relevez-vous, et n'ayez pas peur. Et eux, levant les yeux, ne virent plus personne que lui, Jésus, seul » (Matthieu 17,7-8, Bible de Jérusalem). La montagne, la lumière, Moïse et Élie, la voix venue de la nuée — tout cela s'efface, au bout du compte, devant un geste tout simple et un ordre tout simple de se relever, avec Jésus seul debout devant eux, exactement comme avant qu'ils ne gravissent la montagne.

Matthieu ajoute un détail supplémentaire qui mérite l'attention : en redescendant de la montagne, « Jésus leur donna cet ordre : Ne parlez à personne de cette vision, avant que le Fils de l'homme ne ressuscite d'entre les morts » (Matthieu 17,9, Bible de Jérusalem). Les disciples recevaient un aperçu de gloire qu'il ne leur était pas encore permis de partager — un avant-goût du Christ ressuscité qui ne prendrait tout son sens qu'une fois la résurrection réellement accomplie. Dans la tradition chrétienne orientale en particulier, la Transfiguration est lue de cette manière : non pas simplement comme un épisode étrange et éblouissant, mais comme un avant-goût délibéré, laissant trois hommes ordinaires apercevoir, brièvement et presque insoutenablement, ce à quoi ressemblerait la gloire de Jésus une fois sa souffrance derrière lui.

Une fête et une place dans l'art chrétien

L'Église célèbre une fête en l'honneur de cet événement depuis au moins le neuvième siècle en Orient, et elle fut étendue au calendrier latin universel en 1456, célébrée le 6 août. Les peintres sont revenus sans cesse à cette scène au fil des siècles, précisément parce qu'elle offre tant de matière à travailler : un éclat de lumière, deux figures de l'Ancien Testament suspendues dans les airs, trois disciples surpris en plein effondrement. La version de Raphaël, laissée inachevée à sa mort en 1520 et aujourd'hui conservée aux Musées du Vatican, est souvent considérée comme l'un des derniers grands tableaux de la Renaissance — elle associe la scène radieuse sur la montagne à un second épisode, plus sombre, en contrebas, montrant les disciples restés en bas peinant, sans succès, à guérir un garçon possédé. Le contraste était délibéré : la gloire en haut, l'impuissance humaine en bas, et le Christ comme seul pont entre les deux.

Trivia

Qu'ont exactement vu les disciples ?
Jésus « fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière » (Matthieu 17,2) — un changement soudain et visible de son apparence, dont seuls Pierre, Jacques et Jean furent témoins.
Pourquoi Moïse et Élie apparaissent-ils avec Jésus ?
L'Écriture ne l'explique pas entièrement, mais la tradition voit en eux les représentants de la Loi (Moïse) et des Prophètes (Élie) — l'ensemble des Écritures hébraïques — apparaissant aux côtés de Jésus comme pour affirmer que son identité accomplit les deux.
Qu'a dit la voix venue de la nuée ?
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le ! » (Matthieu 17,5) — des mots presque identiques à ceux entendus lors du baptême de Jésus, mais accompagnés cette fois de l'ordre de l'écouter.
Comment les disciples ont-ils réagi ?
Ils « tombèrent sur leur face, et furent saisis d'une grande frayeur » (Matthieu 17,6), et il fallut que Jésus les touche physiquement en leur disant de ne pas avoir peur avant qu'ils ne puissent relever les yeux — pour découvrir que la vision avait déjà pris fin.
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