Saint Ambroise de Milan

D'un gouverneur de province à un évêque malgré lui
Ambroise naît vers 340, très probablement à Trèves, où son père exerce la charge de préfet du prétoire des Gaules. Formé au droit, il devient vers 370 gouverneur consulaire de Ligurie et d'Émilie, en poste à Milan. Lorsque l'évêque de la ville, un arien du nom d'Auxence, meurt en 374, l'élection de son successeur menace de diviser Milan entre ariens — qui niaient la pleine divinité du Christ — et chrétiens nicéens, tenants de la position orthodoxe. Ambroise, encore gouverneur et pas même baptisé, se rend lui-même à l'église pour maintenir la paix. Selon son biographe Paulin, une voix d'enfant s'élève soudain dans la foule : « Ambroise, évêque ! » — et l'acclamation se répand avant qu'Ambroise, qui tente de s'y opposer et va même jusqu'à chercher à fuir la ville, ne puisse l'arrêter. Il est baptisé le 30 novembre et consacré évêque une semaine plus tard à peine, le 7 décembre 374, ayant traversé le baptême et tous les degrés cléricaux en l'espace de quelques jours.
Antoine van Dyck, Saint Ambroise interdisant à Théodose l'entrée de la cathédrale de Milan, v. 1619-1620, National Gallery, Londres — domaine public.
Le professeur venu pour écouter
Parmi ceux qui, plus tard, entendirent Ambroise prêcher à Milan se trouvait un jeune professeur de rhétorique nommé Augustin, séduit par la manière allégorique dont l'évêque lisait l'Écriture, et déjà usé, dans le même temps, par les années de prière que sa mère Monique avait investies dans sa conversion. Ambroise baptisa Augustin dans la nuit du 24 au 25 avril 387, lors de la Vigile pascale, en même temps que le fils d'Augustin, Adéodat, et son ami Alypius — un épisode qu'Augustin lui-même raconte au livre IX de ses Confessions. C'est l'un des rares cas où un docteur de l'Église en forme directement un autre.
Un évêque qui dit non à un empereur
Mais la confrontation la plus lourde de conséquences pour Ambroise fut celle qui l'opposa à un empereur. En 390, après le lynchage d'un commandant de la garnison romaine à Thessalonique, Théodose Ier ordonna des représailles sanglantes dans la ville — des historiens ecclésiastiques plus tardifs, comme Sozomène et Théodoret, avancent le chiffre de plusieurs milliers de victimes, bien qu'aucune source contemporaine des faits n'ait survécu, et les historiens modernes considèrent certains détails frappants, dont l'image d'Ambroise barrant lui-même les portes de la cathédrale, comme des broderies postérieures d'un fait réel, plus simple : Ambroise écrivit personnellement à Théodose pour lui refuser la communion tant qu'il n'aurait pas manifesté un repentir sincère. Théodose accepta la correction, se présentant à l'église sans les insignes de son pouvoir impérial pendant environ huit mois de pénitence publique, avant qu'Ambroise ne le réadmette à la communion le jour de Noël 390 — un évêque tenant un empereur romain pour responsable de ses actes, et un empereur qui l'accepta.
Hymnes, chant, et quatre docteurs de l'Église
On attribue aussi à Ambroise l'introduction, dans le culte occidental, du chant en alternance et en réponse entre deux chœurs, à la manière de l'usage oriental ; Milan appelle encore aujourd'hui « ambrosiens » son rite et son chant liturgiques propres. Il est vénéré comme patron des apiculteurs — la légende veut qu'un essaim d'abeilles se soit posé sans lui faire de mal sur son visage lorsqu'il était encore au berceau, un présage plus tard lu comme annonçant son don pour la prédication — ainsi que patron des études et de la ville de Milan elle-même. Aux côtés d'Augustin, de Jérôme et de Grégoire le Grand, il compte parmi les quatre premiers docteurs de l'Église d'Occident, un regroupement déjà courant chez les scolastiques médiévaux avant que le pape Boniface VIII ne le formalise par un décret en 1298. Sa fête, le 7 décembre, marque l'anniversaire de cette consécration rapide et imprévue de 374.
Des mots qui ont survécu à l'empire
L'œuvre écrite d'Ambroise nous est parvenue en assez grand nombre pour distinguer ce qui est authentiquement de lui de ce qu'on lui a simplement prêté. Dans Les Devoirs des ministres, il écrit sans détour : « Le sage, pour parler, considère d'abord beaucoup de choses : ce qu'il va dire et à qui il va le dire, en quels lieu et temps » — un conseil bien pratique venu d'un homme qui avait passé sa carrière à peser ses mots face à des empereurs. Le proverbe si souvent cité, « à Rome, fais comme les Romains », lui est fréquemment attribué, mais la réalité historique est un peu plus indirecte : dans une lettre adressée à un certain Janvier, Augustin raconte qu'Ambroise avait réglé la perplexité de Monique devant les coutumes de jeûne différentes de Milan en conseillant, en substance, de suivre l'usage de l'Église du lieu où l'on se trouve, pour n'offenser personne et ne pas se sentir soi-même offensé par les pratiques d'autrui. Le proverbe moderne, bien plus court et bien plus net, n'est qu'une distillation tardive de cette phrase plus longue et plus sage.
Trivia
Qui était saint Ambroise de Milan ?
Comment un gouverneur romain devint-il évêque alors qu'il n'était même pas baptisé ?
Que s'est-il passé entre Ambroise et l'empereur Théodose ?
Ambroise a-t-il vraiment dit « À Rome, fais comme les Romains » ?
Pourquoi Ambroise est-il le patron des apiculteurs ?






