Sainte Euphrasie de Constantinople

Avant même qu'elle ait l'âge d'avoir son mot à dire, la cour impériale de Constantinople avait déjà scellé son avenir : un mariage avec un jeune noble, lié par alliance jusqu'à l'empereur lui-même. Puis sa mère, devenue veuve, s'installa près d'un monastère de cent trente moniales dans le désert d'Égypte, et l'enfant de sept ans fit quelque chose que personne n'avait prévu — elle supplia qu'on la laisse les rejoindre. Elle obtint gain de cause, et quand elle fut enfin en âge de partir réclamer le mariage et la fortune qui l'attendaient, elle donna la fortune et resta dans le désert.

Fille de sénateur, orpheline très tôt

Euphrasie naît vers 380 à Constantinople, dans une position aussi privilégiée que pouvait l'offrir le monde romain tardif : son père, Antigone, est sénateur et parent de l'empereur régnant, Théodose Ier. Ce privilège ne dure guère, au sens ordinaire du terme — Antigone meurt peu après sa naissance, laissant sa veuve élever seule leur fille, et laissant Euphrasie, dès le berceau, liée à un pouvoir impérial qu'elle n'avait jamais demandé et qu'elle finirait par quitter entièrement.

Une gravure sur bois du XIXe siècle représentant une jeune femme auréolée lisant un livre près d'une colonne antique en ruine, illustrant la vie de sainte Euphrasie.

Illustrateur anonyme, gravure tirée de « Little Pictorial Lives of the Saints », Benzinger Brothers, 1878 — domaine public.

Sa mère choisit une voie inhabituelle pour une femme de son rang : plutôt que de rester dans le monde politique et mondain de la capitale, elle emmène la jeune Euphrasie en Égypte et s'installe près d'un monastère d'environ cent trente moniales vivant dans le désert. C'est là, selon la tradition qui l'entoure, qu'une fillette de sept ans, déjà techniquement promise en mariage par la cour impériale, demande à rejoindre la communauté à la place. Sa mère et le monastère acceptent. Une enfance que d'autres avaient tracée selon leurs calculs politiques devient, à la place, une vie qu'elle a choisie elle-même avant même d'avoir l'âge d'être responsable de grand-chose d'autre.

Grandir dans le désert

Euphrasie grandit au sein de cette communauté, façonnée par la même discipline, la même prière et la même vie commune que les femmes qui l'entourent, plutôt que par la cour où elle est née. Le mariage arrangé ne disparaît jamais des registres — il demeure, sur le papier, une obligation bien réelle, liée au rang de sa famille auprès de l'empereur — mais il s'efface simplement de la vie qu'elle mène réellement. Lorsqu'elle atteint l'âge adulte et que la question ne peut plus être différée, elle tranche sans détour : elle refuse le mariage.

Plus frappant encore, elle refuse aussi la fortune liée à sa naissance. Plutôt que de réclamer pour elle-même le domaine familial, comme elle en avait pleinement le droit, Euphrasie transfère l'intégralité de l'héritage à des œuvres de charité impériales. Ce n'est pas un retrait discret d'une richesse qu'elle n'aurait jamais vraiment connue — c'est un renoncement précis et délibéré à un argent et un statut qu'elle avait parfaitement le droit de conserver, venant d'une femme qui n'avait grandi qu'avec une vie de prière dans le désert égyptien pour seul point de comparaison, et qui, apparemment, la préférait quand même.

La légende par-dessus l'histoire

Les siècles suivants ajoutèrent des récits de miracles à la biographie d'Euphrasie, comme ils le firent pour la plupart des saints dont on garde surtout mémoire à travers la tradition monastique plutôt que par une documentation historique indépendante. Des récits hagiographiques écrits bien après sa mort la décrivent guérissant un enfant sourd, muet et paralysé, et délivrant une femme possédée. Ces histoires proviennent d'une littérature de dévotion écrite des siècles après la vie réelle d'Euphrasie, et relèvent de la tradition pieuse plutôt que du fait documenté — elles méritent d'être connues, comme partie de la mémoire qu'on garde d'elle, mais méritent aussi d'être nommées clairement pour ce qu'elles sont, plutôt que présentées comme une histoire vérifiée au même titre que les faits mieux établis de sa naissance, de son entrée enfant dans la vie monastique, et de son renoncement au mariage et à l'héritage.

Euphrasie est une sainte antérieure aux processus modernes de canonisation, vénérée depuis l'Antiquité par le Martyrologe romain plutôt que par une procédure formelle avec enquête sur miracles documentés, comme l'Église l'exige aujourd'hui. Sa fête est célébrée le 13 mars. Aucun patronage universel fort ne s'est attaché à son nom au fil des siècles, et il vaut mieux laisser ce vide honnête plutôt que d'en inventer un — son histoire se suffit très bien à elle-même, comme exemple précoce et vivant de ce monachisme du désert qui façonna tant la manière dont l'Église primitive comprenait le renoncement, la prière et une vie entièrement donnée à Dieu.

Trivia

Qui était sainte Euphrasie de Constantinople ?
Euphrasie était une noble des IVe-Ve siècles, fille du sénateur Antigone et parente de l'empereur Théodose Ier, entrée enfant dans un monastère du désert égyptien après la mort de son père, et qui y passa le reste de sa vie plutôt que de réclamer le mariage et la fortune que la cour impériale avait arrangés pour elle.
Pourquoi Euphrasie est-elle entrée au monastère si jeune ?
Après la mort de son père Antigone, survenue peu après sa naissance, sa mère devenue veuve l'emmena vivre près d'une communauté d'environ 130 moniales dans le désert égyptien ; selon la tradition, Euphrasie, âgée de sept ans, demanda elle-même à les rejoindre, et sa mère comme la communauté le lui accordèrent.
Euphrasie a-t-elle finalement accepté le mariage arrangé pour elle ?
Non — devenue adulte, elle refusa le mariage que la cour impériale avait organisé pour elle en lien avec l'empereur Théodose, et transféra à des œuvres de charité impériales l'intégralité du domaine familial qu'elle avait hérité, plutôt que de le réclamer pour elle-même.
Les récits de miracles attribués à Euphrasie sont-ils historiquement documentés ?
Non — des récits hagiographiques plus tardifs lui attribuent des miracles, dont la guérison d'un enfant et la délivrance d'une femme possédée, mais ces textes proviennent d'une littérature dévotionnelle écrite des siècles après sa vie, et relèvent de la légende pieuse plutôt que du fait vérifié.
Quand fête-t-on sainte Euphrasie ?
Sa fête est célébrée le 13 mars ; aucun patronage universel fort ne s'est attaché à son nom, et elle est surtout vénérée comme un exemple précoce et frappant de renoncement monastique radical.
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