Sainte Apolline
Une violence antérieure à la persécution qui allait porter un nom
La mort d'Apolline précède la persécution que la plupart des gens associent aux martyrs chrétiens du IIIe siècle. La campagne organisée à l'échelle de l'empire sous l'empereur Dèce ne commença qu'en 250 après J.-C. — Apolline fut tuée un peu plus tôt, à la fin de 248 ou au début de 249, lors d'un soulèvement spontané de violence populaire contre la communauté chrétienne d'Alexandrie, et non d'une persécution officielle de l'État. Alexandrie était alors une grande cité romaine cosmopolite d'Égypte, et le sentiment antichrétien y montait depuis un certain temps avant d'éclater en une violence ouverte et incontrôlée dans les rues — le genre d'événement où c'est la foule, non un magistrat, qui décide qui viser et comment.
Attribué à Piero della Francesca, « Saint Apollonia », v. 1455–1460, National Gallery of Art, Washington — domaine public.
Une source plus proche de la vérité que la plupart
Ce qui distingue l'histoire d'Apolline de beaucoup de vierges martyres antiques traitées sur ce blog, c'est la qualité relative de la source qui la sous-tend. Le récit provient d'une lettre écrite par l'évêque Denys d'Alexandrie, qui dirigeait alors la communauté chrétienne de la ville, et dont l'écrit a survécu parce que l'historien de l'Église Eusèbe l'a conservé dans sa propre histoire de l'Église. Cela en fait un témoignage à peu près contemporain — rédigé par quelqu'un ayant une connaissance directe des événements, non par un hagiographe tardif travaillant à partir d'une légende des générations plus tard. C'est encore un récit assez bref et sommaire selon les standards modernes, et il ne répond pas à toutes les questions qu'un lecteur pourrait se poser, mais il repose sur une base bien plus solide que les Actes anciens et élaborés rédigés sur beaucoup de ses contemporaines.
Ce que fit la foule, et ce qu'elle choisit
Apolline était une femme âgée, identifiée par la tradition comme diaconesse — un rôle de service formellement reconnu dans la communauté chrétienne primitive. Selon le récit de Denys, la foule la saisit et lui arracha ou lui fit sauter violemment les dents durant l'attaque, un détail suffisamment précis et inhabituel pour rester attaché à jamais à sa mémoire. Elle fut ensuite menacée d'être brûlée vive si elle ne reniait pas sa foi chrétienne. Plutôt que d'être forcée dans le feu par ses bourreaux, la tradition rapporte qu'elle choisit elle-même le moment, s'avançant volontairement dans les flammes plutôt que d'y être poussée — un geste lu depuis lors comme une ultime déclaration de foi délibérée, et non comme une exécution passive.
Ce qu'une diaconesse faisait réellement dans l'Église primitive
Il vaut la peine de s'arrêter sur le titre d'Apolline, car « diaconesse » désignait quelque chose de précis dans la communauté chrétienne primitive, et non simplement un vieux mot désuet pour une laïque qui rendait service. Dans les premiers siècles de l'Église, les diaconesses exerçaient un ministère reconnu, quoique non identique au diaconat masculin : elles assistaient au baptême des femmes (un rite qui impliquait alors l'immersion complète et exigeait des accompagnatrices du même sexe pour des raisons de pudeur), visitaient et soignaient les femmes malades ou confinées chez elles, et servaient d'intermédiaire de confiance entre les femmes de la communauté chrétienne et le clergé masculin. Le statut de diaconesse d'Apolline suggère qu'elle était probablement une figure âgée, respectée et bien établie au sein de la communauté chrétienne d'Alexandrie au moment où la foule se tourna contre elle — non une figure marginale ou récemment convertie, mais quelqu'un dont la foi et le service étaient déjà bien connus, ce qui explique peut-être en partie pourquoi elle devint une cible précise lorsque la violence éclata.
La patronne que les dentistes invoquent encore
Ce détail sur ses dents est toute la raison pour laquelle Apolline demeure un nom reconnaissable aujourd'hui, près de dix-huit siècles plus tard. Elle est devenue, et demeure, la patronne des dentistes et de quiconque souffre d'un mal de dents, et elle est traditionnellement représentée dans l'art religieux tenant une paire de tenailles serrant une seule dent — une image immédiatement reconnaissable même pour ceux qui ne savent rien d'autre d'elle. Les représentations médiévales et renaissantes d'Apolline, y compris le panneau attribué à Piero della Francesca qui illustre cet article, suivent cette même formule visuelle avec une remarquable constance à travers les siècles et les régions — signe, en soi, de la manière dont un seul détail physique aussi frappant peut définir toute l'identité visuelle d'une sainte. Sa fête est célébrée le 9 février, et contrairement à plusieurs autres saintes de ce lot, son histoire centrale repose sur une source assez proche de son propre vivant pour avoir un véritable poids historique, même si elle demeure, selon tous les critères, un témoignage sobre et incomplet d'une mort extraordinaire.
Un martyre débattu même par les théologiens anciens
Le choix d'Apolline de s'avancer elle-même dans le feu, plutôt que d'attendre d'y être jetée, devint un véritable sujet de discussion théologique parmi les auteurs chrétiens anciens, dont saint Augustin d'Hippone plus d'un siècle plus tard. L'Église enseignait depuis longtemps que les chrétiens ne devaient ni rechercher le martyre ni se donner la mort, même pour échapper à l'apostasie — courir délibérément après la mort était considéré avec une réelle prudence, distincte du fait d'accepter courageusement une mort imposée par un persécuteur. Augustin, s'attaquant spécifiquement au cas d'Apolline, conclut que son geste devait être compris comme guidé par une inspiration particulière et directe de l'Esprit Saint, plutôt que comme un exemple que les chrétiens ordinaires devraient imiter de leur propre initiative — une distinction théologique prudente qui permit à l'Église d'honorer son témoignage extraordinaire sans faire de son geste ultime un modèle général pour la conduite de tout chrétien menacé.






