Sainte Anastasie
Ce que l'on sait réellement — et ce n'est pas grand-chose
Partons du constat honnête : une femme nommée Anastasie fut martyrisée, selon la tradition vers 304 après J.-C., et vénérée dès une date très ancienne à Sirmium, une importante cité romaine de la province de Pannonie, dans l'actuelle Serbie. Cette vénération était réelle et ancienne — suffisamment précoce et importante pour que son nom entre finalement dans le Canon romain, la plus ancienne prière eucharistique conservée de l'Église, la plaçant parmi une courte liste de femmes martyres — Perpétue, Félicité, Agnès et Agathe — jugées trop importantes pour la mémoire chrétienne pour rester sans nom à la messe. Au-delà de cela — une véritable martyre, une véritable cité, un culte ancien — le registre vérifiable s'arrête.
Vittore Carpaccio, « Saint Anastasia », panneau du polyptyque de Zadar, v. 1480–90 — domaine public.
Une passio que les propres érudits de l'Église qualifient de légendaire
Tout ce qui circule de plus précis sur la vie d'Anastasie provient de sa passio, le récit ancien de sa souffrance et de sa mort, et il faut le traiter avec un réel scepticisme. L'Encyclopédie catholique ne tempère pas ce point : elle affirme sans détour que sa passio conservée « est purement légendaire et ne repose sur aucun fondement historique ». C'est à peu près l'avertissement le plus direct qu'une source de référence de l'Église puisse apposer à l'histoire d'une sainte. Quels que soient les détails précis que l'on pourrait trouver ailleurs — sur sa famille, ses procès, les circonstances de sa mort — ils relèvent d'une élaboration légendaire postérieure, et non d'un témoignage remontant à un récit contemporain ou quasi contemporain. Il vaut mieux le dire explicitement plutôt que de répéter un récit invérifiable comme s'il s'agissait d'une histoire établie.
Une sainte liée à deux lieux
Le culte d'Anastasie développa une double géographie qui reflète la manière dont la vénération chrétienne primitive fonctionnait souvent, se propageant et se superposant d'une région à l'autre plutôt que de rester fixée en un seul lieu. Ses racines les plus fortes et les plus anciennes sont à Sirmium, mais dès le haut Moyen Âge elle était aussi vénérée à Rome, où une église qui lui est dédiée — Sant'Anastasia, près du mont Palatin — devint l'une des anciennes églises titulaires de la ville, ces fondations proches de paroisses liées aux toutes premières communautés chrétiennes romaines. Ce lien romain explique en partie pourquoi elle finit par s'inscrire de façon si marquante dans le calendrier liturgique de la ville, y compris dans la coutume qui définit encore sa fête aujourd'hui.
La sainte du matin de Noël
L'élément le plus caractéristique de la place durable d'Anastasie dans le culte catholique est la seconde messe célébrée en son honneur le 25 décembre — une coutume enracinée dans l'ancien calendrier liturgique romain, où sa fête tombait le même jour que la Nativité elle-même. Dans le rite romain traditionnel, cela donna lieu à un ensemble de messes du jour de Noël qui comprenait une messe offerte spécifiquement pour Anastasie, superposée aux liturgies principales de Noël. C'est un arrangement d'autant plus frappant que l'on peut vérifier si peu de choses sur ce qu'elle fut réellement — un témoignage de la durabilité que peut atteindre une vénération ancienne, même lorsque le récit attaché à un nom se révèle, à un examen historique plus approfondi, relever de la légende plutôt que du fait établi.






