Sainte Bibiane
Un fait solide, et un nom qui s'y rattache
La notice historique de Bibiane est courte, et il vaut la peine de préciser exactement à quel point avant d'aller plus loin. La plus ancienne preuve fiable la concernant vient du Liber Pontificalis, une chronique pontificale ancienne, qui rapporte que le pape Simplice — qui exerça au Ve siècle — consacra à Rome une basilique bâtie sur ses reliques. C'est essentiellement là tout ce qui peut être tenu pour historiquement solide : une femme réelle nommée Bibiane, suffisamment vénérée au milieu du Ve siècle pour qu'un pape lui dédie une église. L'Encyclopédie catholique est inhabituellement directe à ce sujet, affirmant que « nous n'avons aucun autre détail historique » sur elle au-delà de cette notice de la basilique.
Jacques Callot, « St. Bibiana, Virgin and Martyr », gravure, XVIIe siècle, Metropolitan Museum of Art — domaine public.
Un récit de martyre que l'Église elle-même écarte
Des siècles après la mort de Bibiane, un récit plus élaboré commença à circuler : elle aurait été la fille d'un préfet romain banni de la ville sous l'empereur Julien l'Apostat, cet empereur du IVe siècle qui tenta de freiner l'influence croissante du christianisme dans l'empire, et elle aurait finalement été attachée à un pilier et fouettée à mort avec des fouets lestés de plomb après avoir refusé d'abandonner sa foi. C'est un récit vif et précis — le genre d'histoire qui fait un art religieux mémorable — mais il faut le traiter avec une véritable prudence. L'Encyclopédie catholique affirme directement que ce récit de martyre « n'a aucun droit historique à la croyance ». En d'autres termes, presque toute l'histoire dramatique que la plupart des gens associeraient à la vie et à la mort de Bibiane relève d'une invention légendaire tardive, greffée sur un nom dont l'Église ne peut par ailleurs presque rien documenter d'autre.
Une église, puis un sculpteur
Ce qui survécut et grandit, malgré la minceur de l'histoire sous-jacente, ce fut le culte lui-même. La basilique Sainte-Bibiane à Rome, bâtie sur le lieu traditionnel de sa sépulture, demeura un lieu de pèlerinage et de dévotion pendant des siècles. Au XVIIe siècle, la basilique fut rénovée, et le jeune sculpteur Gian Lorenzo Bernini — le Bernin — au tout début de ce qui allait devenir l'une des carrières les plus célébrées de l'art baroque, fut chargé de sculpter une statue de Bibiane pour l'église, une image de sereine dignité qui attire encore les visiteurs aujourd'hui, quel que soit le peu que l'on puisse vérifier sur la femme qu'elle représente.
Des patronages sans origine documentée
Avec le temps, la dévotion populaire rattacha Bibiane à un ensemble précis de causes : elle est traditionnellement invoquée contre l'épilepsie et les maux de tête, et — dans un registre plus léger et folklorique — contre les gueules de bois, en plus d'être considérée comme patronne des victimes de torture et des laïques célibataires. Aucune de ces associations ne remonte à une origine historique claire et documentée ; elles se sont développées comme le font beaucoup de patronages populaires, à travers des siècles de pratique populaire accumulée plutôt que par un décret ou un événement unique qu'on pourrait pointer du doigt. Sa fête est célébrée le 2 décembre. L'histoire de Bibiane mérite d'être délibérément gardée courte et honnête, car cette brièveté est elle-même la chose la plus exacte qu'on puisse en dire — une femme réelle, une basilique réelle, et bien peu d'autre qui résiste à un examen rigoureux.






