Saint Anschaire
Un moine envoyé vers le nord
Anschaire naquit en Picardie le 8 septembre 801, et entra dans la vie monastique à Corbie, l'une des grandes maisons bénédictines du monde franc. C'est de là qu'il fut envoyé pour la mission qui allait définir le reste de sa vie : porter le christianisme au Danemark et en Suède, des régions sans présence chrétienne significative et où les raisons d'y résister ne manquaient pas. Anschaire voyagea sous escorte royale plutôt que seul, nécessité bien concrète dans un territoire où un moine étranger prêchant une religion inconnue pouvait facilement connaître une fin violente. Il ne se contenta pas non plus de prêcher puis de repartir — il fonda une école à Schleswig spécifiquement pour former le clergé local, misant sur ce même instinct de long terme, tourné vers la construction d'institutions, qui a permis à des missions comme la sienne de survivre réellement au missionnaire.
Siegfried Detlev Bendixen, d'après une peinture de Hans Bornemann datée de 1457, Saint Anschaire, 1826 — domaine public.
Le son pour lequel personne n'avait de mot
Parmi les nombreuses nouveautés qu'Anschaire apporta avec lui vers le nord, les cloches d'église se révélèrent l'une des plus frappantes pour ceux qui les entendirent. Selon le témoignage conservé dans l'Encyclopédie catholique, leur son était considéré par la population locale comme un objet doué d'un véritable pouvoir magique — non comme une métaphore de quelque chose de spirituel, mais comme quelque chose proche de la sorcellerie en tant que telle. C'est un détail modeste, presque incident face à la grande histoire de conversion et de construction d'églises, mais c'est une fenêtre véritablement précieuse sur ce à quoi ressemblait concrètement le premier contact entre la culture chrétienne et la culture nordique : non un affrontement de théologies abstraites, mais des gens ordinaires rencontrant un objet produisant un son étrange, sans explication toute prête.
Une lutte contre la traite des esclaves
La mission d'Anschaire se déroula sur fond du monde viking à l'apogée de son expansion, et une partie de son travail le mit directement face à l'un des traits les plus sombres de cette époque : la traite active d'esclaves qui traversait le territoire scandinave. Il lutta contre elle autant qu'il le put — un fil moins spectaculaire de son histoire que la fondation d'écoles ou la prédication à des foules sceptiques, mais un fil constant — preuve que la mission d'Anschaire ne visait pas seulement à gagner des convertis dans l'abstrait, mais aussi à combattre des torts précis et concrets rencontrés dans les sociétés qu'il cherchait à atteindre.
Apôtre du Nord
Anschaire mourut à Brême le 3 février 865, après des décennies passées à circuler entre des champs de mission qui pouvaient devenir hostiles sans grand préavis. Il ne fut jamais formellement canonisé par un processus comparable aux procédures ultérieures de l'Église — son propre successeur comme évêque, Rembert, proclama sa sainteté peu après sa mort, et le pape Nicolas Ier confirma cette vénération peu après. On se souvient de lui aujourd'hui comme de l'« Apôtre du Nord », titre mérité pour avoir ouvert la Scandinavie au christianisme deux bons siècles avant que les conversions royales les plus célèbres de la région ne s'y enracinent. Aucun patronage unique et précisément défini ne s'est attaché à son nom au fil des siècles, mais son association avec la Scandinavie tout entière demeure, à juste titre, l'honneur qui lui est resté.






