Saint Jean de Britto

Un jésuite portugais se présenta dans les cours de l'Inde du Sud non pas vêtu en prêtre européen, mais en ascète hindou — pieds nus, drapé de la robe ocre d'un saint homme local, portant un bâton de marche et un vase à eau. La méthode fonctionna si bien qu'un prince régional se convertit. Elle coûta aussi au prince toutes ses épouses sauf une, et la famille de la femme répudiée fit payer à ce missionnaire l'affront au prix de sa tête.

De la cour portugaise à la mission de Madurai

Jean de Britto naît à Lisbonne le 1er mars 1647, dans une famille jouissant d'une réelle position à la cour royale portugaise — son père y servit comme vice-roi, et le jeune de Britto grandit entouré des relations qui auraient pu lui assurer une carrière confortable, proche du trône. Il entre au contraire dans la Compagnie de Jésus dès sa jeunesse et se porte volontaire pour les missions étrangères, arrivant en Inde du Sud en 1673 pour rejoindre la mission de Madurai, un effort jésuite centré sur la région tamoulophone de l'actuel Tamil Nadu.

Une gravure du XVIIe siècle représentant saint Jean de Britto vêtu en ascète tamoul, tenant un bâton de pèlerin et un vase à eau, avec en arrière-plan une scène de son arrestation et de son martyre.

Jan Sebastiaen ou Jan Anthony Loybos (dessinateur), gravé par Hendrik Causé, Joannes de Britto, XVIIe siècle — domaine public.

Vivre en saint homme tamoul

La mission de Madurai avait déjà développé, avant l'arrivée de Britto, une approche missionnaire distinctive et, pour son époque, véritablement inhabituelle. Des décennies plus tôt, le jésuite italien Roberto de Nobili avait mis au point une stratégie d'adaptation culturelle — l'inculturation, dira-t-on plus tard en théologie — consistant à vivre en sannyasi, ascète hindou errant, plutôt que de présenter le christianisme sous des habits et des usages manifestement européens. Britto suivit le même chemin, adoptant la robe ocre, les sandales et le mode de vie simple d'un saint homme tamoul, et cela transforma sa manière d'être perçu par les communautés tamoules : non pas comme une autorité étrangère imposant une religion extérieure, mais comme une figure qui ressemblait et vivait comme les maîtres ascètes déjà familiers de la vie religieuse indienne. C'était, selon la plupart des récits historiques, une stratégie sérieuse et efficace pour rendre le message chrétien intelligible selon les termes tamouls, et non portugais.

La conversion d'un prince, et son prix

Le travail missionnaire de Britto le mit en contact avec Thadiyathevan, un prince ou chef local qu'il finit par baptiser. La conversion entraîna des conséquences dépassant le cadre personnel : en acceptant le mariage chrétien, Thadiyathevan dut renoncer à toutes ses épouses sauf une, ne gardant que la première comme épouse légitime selon l'enseignement chrétien. Ce changement ne passa pas inaperçu. Un parent influent de l'une des épouses répudiées, humilié par ce renvoi, dénonça de Britto au souverain régional, le raja du Marava, présentant l'influence du missionnaire comme un affront direct à la maisonnée du prince et, par extension, à l'autorité même du souverain.

Arrestation et exécution près d'Oriyur

La dénonciation entraîna l'arrestation de Britto, et le 4 février 1693, il fut décapité près du village d'Oriyur, dans l'actuel Tamil Nadu. Il avait 45 ans et avait passé environ deux décennies en Inde du Sud au moment de sa mort. Cette exécution s'inscrivait dans un schéma plus large, bien documenté, de l'histoire de la mission de Madurai, où l'influence des missionnaires sur les convertis locaux se heurtait périodiquement aux intérêts politiques et familiaux des souverains régionaux — la mort de Britto compte parmi les martyres les mieux attestés de la mission, reposant sur des archives jésuites de l'époque plutôt que sur une légende tardive.

Une canonisation, deux siècles plus tard

Le pape Pie IX béatifie Jean de Britto en 1852, et le pape Pie XII le canonise en 1947, le déclarant officiellement saint de l'Église universelle près de 254 ans après son exécution. Sa fête est célébrée le 4 février dans la plupart des calendriers, bien qu'un petit nombre de sources la fixent au 11 février. Il est vénéré aujourd'hui comme patron de l'héritage de la mission de Madurai et des catholiques tamouls, une communauté qui fait remonter ses origines directement au travail missionnaire qu'il mena, avec ses prédécesseurs jésuites, à travers l'Inde du Sud.

Trivia

Qui était saint Jean de Britto ?
Jean de Britto (1647-1693) était un missionnaire jésuite portugais rattaché à la mission de Madurai, en Inde du Sud, connu pour avoir adopté le costume et le mode de vie d'un ascète hindou tamoul plutôt que les usages missionnaires européens, et pour son exécution finale près d'Oriyur, dans l'actuel Tamil Nadu.
Pourquoi Jean de Britto s'habillait-il comme un ascète hindou ?
Il suivit une stratégie missionnaire mise au point plus tôt sur la même mission par le jésuite italien Roberto de Nobili, adoptant le mode de vie, le costume et les usages des sannyasi indiens — ascètes errants — afin que le christianisme soit présenté à la société tamoule comme compatible avec la culture locale plutôt que comme une importation étrangère.
Qu'est-ce qui conduisit à l'exécution de Jean de Britto ?
Il baptisa un prince local, Thadiyathevan, qui, comme condition de sa conversion, renonça à toutes ses épouses sauf une ; un parent de l'une des épouses répudiées, outré de cette humiliation, dénonça de Britto au souverain régional, le raja du Marava, ce qui entraîna son arrestation et sa décapitation le 4 février 1693, près d'Oriyur.
Quand Jean de Britto fut-il canonisé ?
Le pape Pie IX le béatifia en 1852, et le pape Pie XII le canonisa en 1947, le reconnaissant officiellement comme saint de l'Église universelle près de deux siècles et demi après sa mort.
De quoi saint Jean de Britto est-il le patron, et quand est sa fête ?
Il est vénéré comme patron de la mission de Madurai et des catholiques tamouls, une communauté qui fait encore remonter ses origines directement à la mission qu'il servit ; sa fête est célébrée le 4 février, date de sa mort, selon la plupart des sources, bien que certains calendriers la fixent au 11 février.
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