Saint Kilian
Un autre moine irlandais parti pour de bon
Kilian naît vers 640 à Mullagh, dans le comté de Cavan, en Irlande, et appartient à la même vaste tradition missionnaire qui avait déjà porté sur le continent européen, une génération plus tôt, des moines comme Colomban et Gall — les peregrini irlandais, qui quittaient leur patrie de façon définitive plutôt que de traiter le travail missionnaire comme une affectation temporaire. Kilian, cependant, était évêque plutôt que fondateur monastique, et sa mission prit une forme plus ouvertement épiscopale : vers 686, il partit pour le continent européen avec deux compagnons, le prêtre Colman et le diacre Totnan, visant à évangéliser la région franconienne centrée sur l'actuelle Wurtzbourg, en Bavière, Allemagne.
Peintre franconien anonyme, Saint Kilian, panneau peint, v. 1520, Mainfränkisches Museum, Wurtzbourg — domaine public.
Convertir un duc, et affronter son mariage
Le succès initial de la mission se concentra sur Gozbert, le duc franc local, que Kilian parvint à convertir au christianisme, avec une bonne partie de sa cour. Ce succès, pourtant, plaça presque immédiatement Kilian dans une position inconfortable. Gozbert était marié à Geilana, veuve de son propre frère défunt — un mariage que Kilian, appliquant le droit canon directement et sans grande diplomatie apparente, déclara au duc illégitime pour un souverain chrétien. C'est une confrontation dont l'écho au récit biblique de Jean-Baptiste défiant Hérode sur son mariage avec Hérodiade, l'ancienne épouse de son frère, est immédiatement reconnaissable — un parallèle que beaucoup de lecteurs remarquent aussitôt, bien qu'il s'agisse de deux épisodes historiques et bibliques distincts, et non d'une même histoire qui se répète.
Assassiné pendant l'absence du duc
Selon le récit traditionnel, Gozbert prit ce défi suffisamment au sérieux pour envisager de se séparer de Geilana, ce qui la mit dans une position qu'elle ne voulut pas accepter sans réagir. Pendant que Gozbert était absent de Wurtzbourg, en campagne militaire, Geilana fit secrètement assassiner Kilian, Colman et Totnan, calculant que l'affaire pourrait être close avant le retour de son mari, avant qu'il n'ait la chance d'agir lui-même sur le défi de Kilian. Le meurtre eut lieu vers 689, mettant fin à une mission qui, jusque-là, réussissait à peu près aussi bien que le travail de n'importe quel évêque missionnaire irlandais sur le continent.
Une cathédrale bâtie sur des reliques redécouvertes
Les reliques de Kilian et de ses deux compagnons furent redécouvertes à Wurtzbourg quelques années après leur mort, et cette découverte devint le fondement d'une vénération locale majeure qui s'est poursuivie, sous une forme ou une autre, jusqu'à aujourd'hui. La cathédrale de Wurtzbourg, le Kiliansdom, lui est dédiée et demeure une cathédrale en activité, effectivement utilisée aujourd'hui — non une ruine ni une pièce de musée, mais le centre vivant du diocèse né de son martyre.
Une fête bien vivante, treize siècles plus tard
La fête de Kilian est célébrée le 8 juillet, et à Wurtzbourg elle est marquée par la Kiliani, une importante fête régionale qui attire chaque année de grandes foules — un exemple frappant du souvenir d'un évêque missionnaire du VIIe siècle resté véritablement vivant dans la vie civique et religieuse locale, plutôt que de s'effacer en un simple nom sur un calendrier. Il est vénéré aujourd'hui comme le saint patron de Wurtzbourg et de la région plus large de Franconie, ce même territoire qu'il était parti évangéliser avec deux compagnons et, selon la plupart des récits, très peu d'idée de la manière dont la mission finirait.






