Saint Kilian

L'épouse d'un duc franc avait épousé son propre beau-frère — et lorsqu'un évêque missionnaire irlandais déclara sans détour, devant la cour, que ce mariage violait le droit de l'Église, c'est l'évêque qui finit par mourir. Pendant que le duc guerroyait au loin, son épouse, furieuse, fit assassiner discrètement Kilian et ses deux compagnons plutôt que de risquer que son mari entende l'affaire débattue à voix haute.

Un autre moine irlandais parti pour de bon

Kilian naît vers 640 à Mullagh, dans le comté de Cavan, en Irlande, et appartient à la même vaste tradition missionnaire qui avait déjà porté sur le continent européen, une génération plus tôt, des moines comme Colomban et Gall — les peregrini irlandais, qui quittaient leur patrie de façon définitive plutôt que de traiter le travail missionnaire comme une affectation temporaire. Le mot peregrinus, « pèlerin » ou « errant » en latin, désignait une pratique monastique spécifiquement irlandaise : quitter sa patrie pour toujours, comme forme de renoncement à soi entrepris pour le Christ, plutôt que de voyager vers une destination fixe pour ensuite en revenir. Les monastères irlandais de cette période étaient devenus des foyers de savoir et d'ascèse d'une vigueur singulière, et leurs moines se répandaient à travers l'Europe continentale, fondant monastères et églises de mission depuis la France jusqu'au nord de l'Italie.

Un panneau de retable peint vers 1520 représentant un saint évêque en habits pontificaux d'or et mitre, tenant une épée d'une main et une crosse de l'autre, conservé au Mainfränkisches Museum de Wurtzbourg.

Peintre franconien anonyme, Saint Kilian, panneau peint, v. 1520, Mainfränkisches Museum, Wurtzbourg — domaine public.

Kilian, cependant, était évêque plutôt que fondateur monastique, et sa mission prit une forme plus ouvertement épiscopale : vers 686, il se rendit d'abord à Rome, où la tradition veut qu'il ait reçu une mission pontificale de prêcher en Franconie, avant de partir pour le continent européen avec deux compagnons, le prêtre Colman et le diacre Totnan, visant à évangéliser la région franconienne centrée sur l'actuelle Wurtzbourg, en Bavière, Allemagne. La région était alors encore largement païenne, gouvernée par des ducs francs qui devaient une allégeance nominale à la couronne mérovingienne mais administraient leurs propres territoires avec une indépendance considérable.

Convertir un duc, et affronter son mariage

Le succès initial de la mission se concentra sur Gozbert, le duc franc local, que Kilian parvint à convertir au christianisme, avec une bonne partie de sa cour. Ce succès, pourtant, plaça presque immédiatement Kilian dans une position inconfortable. Gozbert était marié à Geilana, veuve de son propre frère défunt — un mariage que Kilian, appliquant le droit canon directement et sans grande diplomatie apparente, déclara au duc illégitime pour un souverain chrétien. C'est une confrontation dont l'écho au récit biblique de Jean-Baptiste défiant Hérode sur son mariage avec Hérodiade, l'ancienne épouse de son frère, est immédiatement reconnaissable — un parallèle que beaucoup de lecteurs remarquent aussitôt, bien qu'il s'agisse de deux épisodes historiques et bibliques distincts, et non d'une même histoire qui se répète.

Le droit canon de cette époque traitait le mariage avec la veuve d'un frère comme une forme d'inceste au regard des règles ecclésiastiques sur l'affinité — cette parenté créée par le mariage plutôt que par le sang — une catégorie d'union interdite que les nouveaux convertis du haut Moyen Âge jugeaient bien plus restrictive que les coutumes auxquelles ils étaient accoutumés. Pour un duc récemment converti, rompre un tel mariage représentait un coût politique et personnel réel, non une simple affaire de conscience privée — ce qui explique sans doute en partie la vigueur de la réaction de Geilana dès qu'il devint clair que Gozbert prenait au sérieux l'objection de Kilian.

Assassiné pendant l'absence du duc

Selon le récit traditionnel, Gozbert prit ce défi suffisamment au sérieux pour envisager de se séparer de Geilana, ce qui la mit dans une position qu'elle ne voulut pas accepter sans réagir. Pendant que Gozbert était absent de Wurtzbourg, en campagne militaire, Geilana fit secrètement assassiner Kilian, Colman et Totnan, calculant que l'affaire pourrait être close avant le retour de son mari, avant qu'il n'ait la chance d'agir lui-même sur le défi de Kilian. Le meurtre eut lieu vers 689, mettant fin à une mission qui, jusque-là, réussissait à peu près aussi bien que le travail de n'importe quel évêque missionnaire irlandais sur le continent.

Une cathédrale bâtie sur des reliques redécouvertes

Les reliques de Kilian et de ses deux compagnons furent redécouvertes à Wurtzbourg quelques années après leur mort, et cette découverte devint le fondement d'une vénération locale majeure qui s'est poursuivie, sous une forme ou une autre, jusqu'à aujourd'hui. La cathédrale de Wurtzbourg, le Kiliansdom, lui est dédiée et demeure une cathédrale en activité, effectivement utilisée aujourd'hui — non une ruine ni une pièce de musée, mais le centre vivant du diocèse né de son martyre.

Le culte de Kilian se répandit bien au-delà de Wurtzbourg dans les siècles qui suivirent, avec des églises portant son nom jusqu'en Irlande, au Luxembourg et dans certaines régions d'Italie, suivant les mêmes routes missionnaires et de pèlerinage qu'avaient empruntées ses compagnons moines irlandais pour parcourir le continent. On le représente habituellement dans l'art comme un évêque tenant une épée, en référence à son martyre, aux côtés de sa crosse — ce bâton en forme de houlette de berger qui symbolise l'autorité pastorale d'un évêque sur son troupeau. Cette association de l'épée et de la crosse résume l'essentiel de son histoire : un pasteur d'âmes tué pour avoir insisté, ouvertement et à ses propres dépens, que même la maison d'un souverain n'échappait pas à la loi qu'il avait été envoyé prêcher.

Une fête bien vivante, treize siècles plus tard

La fête de Kilian est célébrée le 8 juillet, et à Wurtzbourg elle est marquée par la Kiliani, une importante fête régionale qui attire chaque année de grandes foules — un exemple frappant du souvenir d'un évêque missionnaire du VIIe siècle resté véritablement vivant dans la vie civique et religieuse locale, plutôt que de s'effacer en un simple nom sur un calendrier. Il est vénéré aujourd'hui comme le saint patron de Wurtzbourg et de la région plus large de Franconie, ce même territoire qu'il était parti évangéliser avec deux compagnons et, selon la plupart des récits, très peu d'idée de la manière dont la mission finirait.

Son histoire s'inscrit dans un mouvement plus vaste d'évêques et de moines missionnaires irlandais qui redessinèrent la carte religieuse de l'Europe du haut Moyen Âge, un mouvement qu'il vaut la peine de rapprocher d'autres saints ayant porté l'Évangile loin de chez eux au prix d'un risque personnel réel, tel saint Pierre Canisius, qui affronta sa propre part d'hostilité des siècles plus tard en défendant l'enseignement catholique dans l'Allemagne de la Réforme. Le cas de Kilian se distingue même au sein de cette large tradition missionnaire par la manière directe dont sa mort fut liée à un unique acte de courage moral — un refus tout simple de se taire face à un mariage illégitime, prononcé dans le seul foyer de Franconie où le dire à voix haute comportait le plus grand risque.

Trivia

Qui était saint Kilian ?
Kilian (v. 640-689) était un évêque missionnaire irlandais qui, avec ses compagnons Colman et Totnan, évangélisa la région franconienne autour de Wurtzbourg, dans l'actuelle Bavière, en Allemagne, convertissant le duc local avant d'y être assassiné vers 689.
Pourquoi saint Kilian fut-il assassiné ?
Kilian dit au duc Gozbert de Wurtzbourg que son mariage avec Geilana, veuve de son propre frère, violait le droit canon ; pendant que Gozbert était parti en campagne militaire, Geilana fit secrètement tuer Kilian et ses compagnons Colman et Totnan plutôt que de laisser l'affaire être publiquement soulevée à nouveau.
L'histoire de Kilian et Geilana ressemble-t-elle à un récit biblique ?
Les lecteurs remarquent souvent l'écho de Jean-Baptiste et d'Hérodiade — dans les deux récits, un prédicateur qui conteste publiquement le mariage illégitime d'un souverain est tué à l'instigation de l'épouse qu'il a confrontée, bien qu'il s'agisse de deux épisodes historiques et bibliques distincts, non du même événement.
Qu'advint-il des reliques de Kilian ?
Ses reliques, ainsi que celles de Colman et Totnan, furent redécouvertes à Wurtzbourg quelque temps après leur mort et devinrent le centre d'une vénération majeure ; la cathédrale de Wurtzbourg, le Kiliansdom, lui est dédiée et demeure une cathédrale en activité aujourd'hui.
De quoi saint Kilian est-il le saint patron, et quand est sa fête ?
Il est le saint patron de Wurtzbourg et de la région plus large de Franconie ; sa fête, le 8 juillet, est encore marquée aujourd'hui à Wurtzbourg par la Kiliani, une importante fête régionale organisée en son honneur.
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