Saint Pierre d'Alcantara
Quatre-vingt-dix minutes de sommeil, par choix
Pierre d'Alcantara naît Pedro Garavito en 1499 dans la ville d'Alcántara, en Estrémadure, et entre chez les franciscains encore jeune homme. Ce qui le rend célèbre, tout au long de sa vie adulte, c'est un degré d'austérité physique qui tranche même dans une culture religieuse qui prisait déjà le jeûne et le renoncement. Selon la tradition, il ne dormait qu'environ quatre-vingt-dix minutes par nuit, assis plutôt qu'allongé ; il allait pieds nus toute l'année, une pratique qui donnera plus tard le terme « déchaux » aux franciscains suivant son exemple ; il mangeait très peu ; et il laissait, dit-on, volontairement la fenêtre de sa cellule ouverte au froid, transformant l'inconfort lui-même en pénitence.
Pier Leone Ghezzi, Un miracle de saint Pierre d'Alcantara, XVIIIe siècle, Walters Art Museum — domaine public.
Il vaut mieux replacer cette austérité dans son siècle plutôt que de l'admirer sans recul ou de la juger à l'aune d'aujourd'hui. Pierre vécut la Contre-Réforme catholique, une période où bon nombre de réformateurs religieux poussaient vers des formes de vie monastique plus strictes et plus visiblement exigeantes, en contraste délibéré avec ce qu'ils percevaient comme le relâchement de leur époque. Certains lecteurs modernes pourront voir dans des pratiques comme la privation quasi totale de sommeil quelque chose qui ressemble davantage à de l'automutilation qu'à de la sainteté — c'est une réaction légitime, et ce n'est pas ici le lieu d'en dissuader qui que ce soit. Les faits de la vie de Pierre sont simplement présentés ici comme de l'histoire, non comme un modèle à imiter.
Réformer les franciscains de l'intérieur
Pierre ne se contentait pas d'austérité personnelle — il fut un authentique réformateur institutionnel. Convaincu que la vie franciscaine en Espagne s'était éloignée de la rigueur originelle de l'ordre, il œuvra à établir une branche plus stricte des franciscains observants, un mouvement qui prit le nom de réforme « alcantarine », plus tard rattachée à la tradition plus large des franciscains déchaux. Cet effort fut officiellement reconnu en 1561, un an avant sa mort, lorsque la réforme fut érigée en Province de Saint-Joseph, avec Pierre lui-même comme supérieur.
L'ami dont Thérèse d'Ávila avait besoin
La relation la plus documentée de Pierre fut celle qu'il noua avec Thérèse d'Ávila, qui traversait à l'époque de leur amitié sa propre entreprise, difficile, de réforme du Carmel. L'autobiographie de Thérèse, notamment ses chapitres 27 et 30, est la source principale reliant les deux personnages, et elle ne décrit pas Pierre comme un admirateur distant — elle le décrit comme un véritable réconfort à une période où ses expériences mystiques suscitaient la méfiance de certains de ses supérieurs et confesseurs. Pierre, selon son propre récit, défendit ces expériences comme authentiquement inspirées par l'Esprit Saint, plutôt que comme de l'illusion ou pire.
En avril 1562, Pierre écrivit à Thérèse une lettre d'encouragement. Quatre mois plus tard, en août 1562, elle fonda Saint-Joseph d'Ávila, le premier couvent de son ordre carmélite réformé — une fondation qui donnera naissance à tout le mouvement des carmélites déchaussées. Pierre mourut deux mois plus tard seulement, le 18 octobre 1562, à Arenas de San Pedro, ayant ainsi vécu assez longtemps pour voir tout juste naître une réforme qu'il avait aidé à encourager, sans en connaître le plein épanouissement.
Une apparition posthume, et une tempête de neige
Les écrits de Thérèse rapportent aussi une apparition de Pierre après sa mort, au cours de laquelle il lui aurait confié que ses pénitences terrestres lui avaient valu une grande récompense au ciel — le libellé exact varie quelque peu selon les traductions des œuvres de Thérèse, aussi cet épisode est-il présenté ici comme un récit rapporté plutôt que comme une citation unique et fixe.
L'histoire de la tempête de neige relève de la même catégorie de témoignage. Selon le récit même de Thérèse, Pierre se retrouva un jour pris dans une tempête assez violente pour ensevelir le sol tout autour de lui — sauf que, selon l'histoire, la neige juste au-dessus de lui restait suspendue au lieu de tomber, formant comme un toit protecteur au-dessus de sa tête, le laissant intact. Ce récit vient de Thérèse elle-même, rapportant en témoin ce que Pierre lui aurait confié directement, ce qui le distingue d'un folklore inventé plus tard et attaché à des saints morts des siècles auparavant. Il s'agit néanmoins d'une affirmation de miracle, non d'un événement historique vérifiable, et il doit être lu ainsi, même si celle qui le rapporte fut elle-même canonisée.
Fête et patronage
Pierre d'Alcantara fut béatifié en 1622 par le pape Grégoire XV et canonisé le 28 avril 1669 par le pape Clément IX. Sa fête est célébrée le 19 octobre dans le calendrier romain général depuis la réforme de 1969, bien que certains calendriers plus anciens ou locaux la marquent le 22 octobre. Il est vénéré comme patron du Brésil, titre déclaré en 1826, et de la région espagnole d'Estrémadure, déclarée en 1962 — deux patronages spécifiques et régionaux plutôt qu'un patronage universel, ce qui convient bien à un saint dont la vie fut définie moins par un acte spectaculaire unique que par une discipline personnelle acharnée, poursuivie durant des décennies.






