Saint Bonaventure
Un théologien franciscain formé à Paris
Bonaventure naquit Giovanni di Fidanza en 1221 à Bagnoregio, petite ville d'Italie centrale. Il entra jeune dans l'ordre franciscain et poursuivit ses études puis son enseignement à l'université de Paris, alors centre intellectuel de la chrétienté occidentale, où il croisa la route de Thomas d'Aquin — les deux hommes étaient des contemporains proches, Bonaventure représentant la tradition théologique franciscaine, plus mystique et augustinienne, et Thomas d'Aquin l'approche dominicaine, plus systématiquement aristotélicienne. Leur amitié, selon la plupart des récits, était sincère, même si leurs deux ordres se disputaient parfois influence et prestige au sein de l'université.
Francisco de Zurbarán, « The Prayer of St. Bonaventura about the Selection of the New Pope », vers 1629, Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde — domaine public.
Une légende qu'il vaut mieux mettre de côté
Une histoire populaire veut que Bonaventure ait dû jusqu'à son propre nom à François d'Assise — qu'enfant gravement malade, il aurait été guéri par les prières de François, lequel, voyant l'enfant rétabli, se serait exclamé « O buona ventura ! » (« ô bonne fortune ! »), expression devenue plus tard le nom du frère. C'est une belle histoire, et une histoire tenace, mais les historiens la considèrent généralement comme un embellissement tardif plutôt qu'un fait documenté — aucune source contemporaine fiable ne la relie directement à l'enfance réelle de Bonaventure. Elle appartient à cette catégorie de légendes pieuses qui se développent au fil du temps autour des saints aimés, non au registre vérifié de sa vie.
Diriger les franciscains à travers une crise interne
En 1257, Bonaventure fut élu ministre général de l'ordre franciscain, à un moment où les franciscains étaient profondément divisés sur la manière d'interpréter strictement la vision originelle et radicale de la pauvreté chez François d'Assise. Bonaventure passa des années à maintenir la cohésion de l'ordre, traçant une voie médiane entre les factions voulant une pauvreté absolue et littérale et celles qui soutenaient que l'ordre grandissant avait besoin d'une souplesse pratique pour simplement fonctionner. Ses propres écrits sur le sujet, ainsi que sa biographie officielle de François, devinrent le récit de référence de l'ordre sur la vie de son fondateur.
L'ascension théologique du docteur séraphique
L'œuvre théologique de Bonaventure se distingue par son caractère mystique, plus particulièrement dans l'Itinerarium Mentis in Deum, « l'Itinéraire de l'esprit vers Dieu » — une méditation structurée décrivant l'ascension progressive de l'âme depuis le monde créé, à travers la connaissance de soi, jusqu'à la contemplation directe de Dieu. Plutôt que de citer isolément une phrase de cet argument dense et soigneusement construit, il vaut la peine d'en nommer simplement l'idée centrale : que tout, dans la création, examiné correctement, fonctionne comme une sorte d'échelle ramenant l'esprit en quête vers son créateur — un tempérament théologique très différent de la méthode plus systématique, en questions et réponses, qu'employait au même moment, dans la même ville, son ami Thomas d'Aquin.
Mort au milieu d'un concile
En 1273, le pape Grégoire X fit de Bonaventure un cardinal-évêque et l'associa aux préparatifs du deuxième concile de Lyon, convoqué en 1274 dans le but ambitieux de guérir le grand schisme qui divisait les Églises d'Occident et d'Orient depuis 1054. Bonaventure joua un rôle central lors des premières sessions du concile — puis il y mourut, à Lyon, avant que les travaux ne soient achevés. La réunion que le concile obtint sur le papier se révéla fragile et s'effondra en quelques années, mais la mort de Bonaventure en plein concile reste une image frappante : un théologien qui avait consacré sa vie à écrire sur le cheminement de l'âme vers l'union avec Dieu, mourant au beau milieu de l'effort inachevé de l'Église elle-même pour son unité interne.
Docteur de l'Église
Bonaventure fut canonisé en 1482 et proclamé docteur de l'Église en 1588, recevant le titre de « Doctor Seraphicus », le docteur séraphique, pour la qualité ardente et dévotionnelle de sa théologie. Sa fête est célébrée le 15 juillet, et il demeure l'une des figures centrales de la vie intellectuelle franciscaine — la preuve que l'ordre fondé par un saint qui ne possédait presque rien put aussi produire, en quelques décennies à peine, l'un des esprits théologiques les plus respectés du Moyen Âge.






