Saint Bonaventure

En 1274, un frère franciscain qui avait consacré sa carrière à écrire sur la lente ascension de l'âme vers Dieu se retrouva à présider l'un des conciles les plus décisifs du Moyen Âge — une tentative, après deux siècles de schisme, de réunir Rome et le christianisme oriental. Il ne vivrait pas assez pour savoir si cela tiendrait. Bonaventure mourut avant même que le deuxième concile de Lyon n'ait achevé ses travaux.

Un théologien franciscain formé à Paris

Bonaventure naquit Giovanni di Fidanza en 1221 à Bagnoregio, petite ville d'Italie centrale. Il entra jeune dans l'ordre franciscain et poursuivit ses études puis son enseignement à l'université de Paris, alors centre intellectuel de la chrétienté occidentale, où il croisa la route de Thomas d'Aquin — les deux hommes étaient des contemporains proches, Bonaventure représentant la tradition théologique franciscaine, plus mystique et augustinienne, et Thomas d'Aquin l'approche dominicaine, plus systématiquement aristotélicienne. Leur amitié, selon la plupart des récits, était sincère, même si leurs deux ordres se disputaient parfois influence et prestige au sein de l'université.

Un frère franciscain agenouillé en prière près d'une table portant une tiare papale ornée de joyaux, levant les yeux vers un ange en suspens, tandis que des cardinaux en robes rouges conversent en arrière-plan.

Francisco de Zurbarán, « The Prayer of St. Bonaventura about the Selection of the New Pope », vers 1629, Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde — domaine public.

Une légende qu'il vaut mieux mettre de côté

Une histoire populaire veut que Bonaventure ait dû jusqu'à son propre nom à François d'Assise — qu'enfant gravement malade, il aurait été guéri par les prières de François, lequel, voyant l'enfant rétabli, se serait exclamé « O buona ventura ! » (« ô bonne fortune ! »), expression devenue plus tard le nom du frère. C'est une belle histoire, et une histoire tenace, mais les historiens la considèrent généralement comme un embellissement tardif plutôt qu'un fait documenté — aucune source contemporaine fiable ne la relie directement à l'enfance réelle de Bonaventure. Elle appartient à cette catégorie de légendes pieuses qui se développent au fil du temps autour des saints aimés, non au registre vérifié de sa vie.

Diriger les franciscains à travers une crise interne

En 1257, Bonaventure fut élu ministre général de l'ordre franciscain, à un moment où les franciscains étaient profondément divisés sur la manière d'interpréter strictement la vision originelle et radicale de la pauvreté chez François d'Assise. Bonaventure passa des années à maintenir la cohésion de l'ordre, traçant une voie médiane entre les factions voulant une pauvreté absolue et littérale et celles qui soutenaient que l'ordre grandissant avait besoin d'une souplesse pratique pour simplement fonctionner. Ses propres écrits sur le sujet, ainsi que sa biographie officielle de François, devinrent le récit de référence de l'ordre sur la vie de son fondateur.

L'ascension théologique du docteur séraphique

L'œuvre théologique de Bonaventure se distingue par son caractère mystique, plus particulièrement dans l'Itinerarium Mentis in Deum, « l'Itinéraire de l'esprit vers Dieu » — une méditation structurée décrivant l'ascension progressive de l'âme depuis le monde créé, à travers la connaissance de soi, jusqu'à la contemplation directe de Dieu. Plutôt que de citer isolément une phrase de cet argument dense et soigneusement construit, il vaut la peine d'en nommer simplement l'idée centrale : que tout, dans la création, examiné correctement, fonctionne comme une sorte d'échelle ramenant l'esprit en quête vers son créateur — un tempérament théologique très différent de la méthode plus systématique, en questions et réponses, qu'employait au même moment, dans la même ville, son ami Thomas d'Aquin.

Mort au milieu d'un concile

En 1273, le pape Grégoire X fit de Bonaventure un cardinal-évêque et l'associa aux préparatifs du deuxième concile de Lyon, convoqué en 1274 dans le but ambitieux de guérir le grand schisme qui divisait les Églises d'Occident et d'Orient depuis 1054. Bonaventure joua un rôle central lors des premières sessions du concile — puis il y mourut, à Lyon, avant que les travaux ne soient achevés. La réunion que le concile obtint sur le papier se révéla fragile et s'effondra en quelques années, mais la mort de Bonaventure en plein concile reste une image frappante : un théologien qui avait consacré sa vie à écrire sur le cheminement de l'âme vers l'union avec Dieu, mourant au beau milieu de l'effort inachevé de l'Église elle-même pour son unité interne.

Docteur de l'Église

Bonaventure fut canonisé en 1482 et proclamé docteur de l'Église en 1588, recevant le titre de « Doctor Seraphicus », le docteur séraphique, pour la qualité ardente et dévotionnelle de sa théologie. Sa fête est célébrée le 15 juillet, et il demeure l'une des figures centrales de la vie intellectuelle franciscaine — la preuve que l'ordre fondé par un saint qui ne possédait presque rien put aussi produire, en quelques décennies à peine, l'un des esprits théologiques les plus respectés du Moyen Âge.

Trivia

Qui était saint Bonaventure ?
Un frère franciscain, théologien et ministre général de l'ordre franciscain du XIIIe siècle, né en 1221 à Bagnoregio, en Italie, et mort en 1274 à Lyon, resté dans les mémoires comme l'un des grands théologiens scolastiques et écrivains mystiques du Moyen Âge.
L'histoire selon laquelle François d'Assise aurait nommé Bonaventure « O buona ventura » est-elle vraie ?
C'est une légende tardive et contestée, non un fait vérifié — elle veut que François d'Assise ait guéri Bonaventure enfant d'une maladie et se serait exclamé « O buona ventura ! » (« ô bonne fortune ! »), lui donnant ainsi, selon la légende, son nom, mais les historiens la considèrent comme un embellissement pieux ajouté bien après la vie de Bonaventure.
Quel lien Bonaventure entretenait-il avec Thomas d'Aquin ?
Les deux hommes furent des contemporains proches et des amis à l'université de Paris, où Bonaventure enseignait la théologie franciscaine aux côtés de l'érudition dominicaine de Thomas d'Aquin — deux des plus grands esprits de leur époque travaillant en parallèle plutôt qu'en rivalité.
Comment Bonaventure est-il mort ?
Il mourut en 1274 à Lyon, durant le deuxième concile de Lyon, où il jouait un rôle clé dans la négociation d'une réunion entre les Églises d'Occident et d'Orient — une réunion qui, malgré les efforts du concile, se révéla finalement de courte durée.
Pourquoi Bonaventure est-il appelé le « docteur séraphique » ?
« Doctor Seraphicus », ou « docteur séraphique », est le titre honorifique que l'Église donna à Bonaventure lorsqu'il fut proclamé docteur de l'Église en 1588, reflétant le caractère profondément dévotionnel et mystique de sa théologie, distinct du style plus strictement analytique de certains de ses contemporains.
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