Saint Vincent de Paul

Le Paris du XVIIe siècle ne manquait pas de gens qui plaignaient les pauvres. Ce qui manquait, c'était quelqu'un pour frapper réellement à leur porte. Vincent de Paul organisa des laïques en petits groupes disciplinés qui allaient faire exactement cela — nourrir, soigner et visiter les malades et les indigents chez eux — et de cette idée simple et concrète naquit l'une des institutions charitables les plus importantes de l'histoire de l'Église.

D'une ferme paysanne à la prêtrise

Vincent naît en 1581 à Pouy, un petit village de Gascogne, dans le sud-ouest de la France, au sein d'une famille paysanne de condition modeste. Ordonné prêtre jeune, il traverse au début de sa carrière une série de postes — précepteur, aumônier d'une maison noble — qui l'exposent peu à peu à la fois à l'extrême pauvreté de la France rurale et à l'indifférence confortable des foyers qu'il sert. Ce contraste semble avoir façonné le reste de son œuvre : plutôt que de rester à l'abri d'institutions bâties pour les gens à l'aise, il n'a cessé de bâtir de nouvelles structures tournées précisément vers ceux que tout le monde avait cessé de regarder.

Un portrait rapproché d'un prêtre âgé au visage marqué et buriné, à la barbe et à la moustache blanches, coiffé d'une calotte noire et vêtu d'un simple col clérical blanc.

Anonyme, portrait de saint Vincent de Paul, XVIIe siècle, Musée Carnavalet, Paris — domaine public.

Organiser la charité, plutôt que se contenter de la ressentir

La véritable innovation de Vincent n'était pas la compassion — beaucoup de gens dans la France du XVIIe siècle plaignaient sincèrement les pauvres. C'était l'organisation. Il forma des Confréries de la Charité, groupes structurés de laïques dans chaque paroisse, chargées à tour de rôle et de façon disciplinée de visiter, nourrir et soigner les malades et les indigents chez eux, plutôt que d'attendre que les pauvres viennent à eux. En 1625, il fonda la Congrégation de la Mission — des prêtres, surnommés plus tard Vincentiens ou Lazaristes, spécialement consacrés à l'évangélisation et au service des pauvres des campagnes que le clergé citadin atteignait rarement.

Bâtir un genre de vie religieuse entièrement nouveau

Le travail des Confréries finit par exiger une structure plus permanente, et en 1633, Vincent s'associa à une veuve nommée Louise de Marillac pour fonder les Filles de la Charité. C'était un type de communauté religieuse véritablement inédit : plutôt que de vivre enfermées derrière les murs d'un couvent comme la plupart des religieuses de l'époque, les Filles de la Charité prononçaient des vœux renouvelés chaque année et vivaient et travaillaient directement dans le monde, dans les hôpitaux, dans les foyers privés et dans les rues. Ce fut le premier institut non cloîtré de femmes consacré à l'action charitable, et il devint le modèle que d'innombrables congrégations ultérieures de religieuses actives allaient suivre.

Une phrase associée à son esprit, sinon à ses mots exacts

Une formule souvent attribuée à Vincent — selon laquelle la charité est plus grande que toute règle, et que chaque règle existe pour servir la charité plutôt que l'inverse — capture bien l'esprit de tout ce qu'il a bâti, même si le libellé exact qui circule aujourd'hui ne peut être rattaché avec certitude à une lettre ou à une conférence précise parmi sa correspondance conservée. Mieux vaut la considérer comme un résumé fidèle de sa démarche que comme une citation vérifiée : chacune des structures qu'il fonda, des Confréries aux Filles de la Charité en passant par la Congrégation de la Mission, fut bâtie pour se plier aux besoins des pauvres, et non l'inverse.

Canonisé un siècle après sa mort

Vincent de Paul meurt à Paris en 1660 et est canonisé en 1737. Sa fête est célébrée le 27 septembre. Il est honoré aujourd'hui comme patron des sociétés et organisations caritatives en général — un patronage qui reflète moins un miracle unique qu'une méthode de travail tout entière, encore visible aujourd'hui dans la Société de Saint-Vincent-de-Paul et dans d'innombrables autres organisations caritatives qui font remonter leur démarche directement à son modèle de miséricorde organisée, de porte à porte.

Trivia

Qu'a fondé saint Vincent de Paul ?
Il fonda la Congrégation de la Mission en 1625, une communauté de prêtres consacrés à l'évangélisation des pauvres des campagnes, puis, en 1633, avec Louise de Marillac, les Filles de la Charité, premier institut féminin non cloîtré consacré à l'action charitable directe.
Qui était Louise de Marillac ?
Une veuve et proche collaboratrice de Vincent de Paul qui l'aida à organiser et à diriger les laïques des Confréries de la Charité pour former les Filles de la Charité en 1633 ; elle est elle-même canonisée sainte et honorée comme cofondatrice de la communauté.
Qu'est-ce qui rendait les Filles de la Charité inhabituelles pour leur époque ?
Contrairement aux religieuses traditionnelles, qui vivaient cloîtrées dans des couvents, les Filles de la Charité prononçaient des vœux renouvelés chaque année et vivaient et travaillaient directement au milieu des pauvres, dans les hôpitaux, les foyers et les rues — une structure spécialement conçue pour leur permettre de servir hors des murs du cloître.
Quand Vincent de Paul fut-il canonisé, et de quoi est-il le patron ?
Il fut canonisé en 1737, et il est aujourd'hui reconnu comme patron des sociétés et organisations caritatives de toutes sortes, un titre bien mérité tant sa vie fut consacrée à bâtir des structures permettant à d'autres de poursuivre son œuvre de charité après lui.
Qu'étaient les Confréries de la Charité que Vincent de Paul organisa ?
Des groupes laïcs, en majorité féminins, que Vincent organisa dans les paroisses pour visiter, nourrir et soigner les pauvres et les malades de porte à porte, de façon régulière et organisée — un modèle de charité laïque structurée qui précéda la fondation des Filles de la Charité et l'alimenta directement.
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