Sainte Jeanne d'Arc

Des voix auxquelles on a cru une jeune paysanne
Jeanne d'Arc grandit à Domrémy, un petit village du nord-est de la France, durant l'une des périodes les plus sombres de la guerre de Cent Ans, alors que de vastes portions du pays étaient sous contrôle anglais et que l'héritier légitime du trône de France, Charles VII, n'avait pas encore été couronné. Adolescente, Jeanne rapporta avoir entendu des voix et vécu des visions qu'elle attribuait à saint Michel, sainte Catherine d'Alexandrie et sainte Marguerite d'Antioche, lui disant de soutenir Charles et d'aider à chasser les Anglais. La guerre durait déjà depuis près d'un siècle lorsque Jeanne naquit vers 1412, et la France elle-même était en pratique coupée en deux : un territoire fidèle à Charles au sud et au centre, et un territoire contrôlé par l'Angleterre et ses alliés bourguignons au nord, y compris Paris elle-même.
John Everett Millais, « Jeanne d'Arc », 1865 — domaine public.
Se faire seulement écouter demanda de la persévérance. Jeanne s'adressa d'abord, en 1428, à un commandant de garnison local, Robert de Baudricourt, qui la renvoya ; elle revint l'année suivante et obtint enfin une escorte jusqu'à la cour royale de Chinon. Avant qu'on ne la laisse approcher Charles ou son armée, des clercs de Poitiers passèrent plusieurs semaines à l'examiner — l'interrogeant sur ses voix, sa conduite et ses affirmations de virginité, une femme revendiquant une guidance divine directe n'étant pas quelque chose qu'une cour médiévale prenait pour argent comptant. Ce qui est remarquable n'est pas seulement qu'une paysanne de dix-sept ans ait affirmé cela — c'est que la cour royale, après un véritable examen, choisit de la croire suffisamment pour agir en conséquence.
De jeune villageoise à meneuse sur le champ de bataille
En 1429, Jeanne se rendit à la ville assiégée d'Orléans et joua un rôle central pour briser le siège anglais — un tournant de la guerre qui renversa presque du jour au lendemain des années de pertes françaises. Elle continua d'accompagner les forces françaises à travers d'autres victoires, et en quelques mois, Charles VII fut couronné à Reims, exactement comme ses voix l'auraient prédit. Son autorité dans ces campagnes venait moins d'un rang militaire formel que de la pure conviction qu'elle projetait, et du moral que cette conviction donnait visiblement aux soldats autour d'elle.
Elle portait une armure faite à sa mesure et brandissait une bannière plutôt qu'une épée dans la plupart des engagements, et selon son propre témoignage, elle évitait de tuer personnellement même au cœur de la bataille — son rôle, tel qu'elle-même et ses soldats le comprenaient, était de conduire et d'inspirer plutôt que de combattre au corps à corps. Des commandants aguerris qui avaient passé des années à combattre les Anglais se retrouvèrent, dans les faits, à recevoir des ordres d'une adolescente sans formation militaire, tant le moral et l'élan de l'armée étaient devenus inséparables de sa présence à sa tête.
Capturée, jugée et exécutée à dix-neuf ans
Le succès de Jeanne fut de courte durée. Elle fut capturée par des forces bourguignonnes alliées à l'Angleterre en 1430 et livrée pour être jugée par un tribunal ecclésiastique aligné sur les intérêts anglais, sous des accusations incluant l'hérésie et le port de vêtements masculins. Le procès était politiquement motivé dès le départ, visant à discréditer le roi qu'elle avait aidé à couronner en la discréditant elle-même. Elle fut brûlée sur le bûcher à Rouen le 30 mai 1431, à environ dix-neuf ans.
Le procès-verbal du procès lui-même est, ironiquement, l'une des grandes raisons pour lesquelles l'histoire de Jeanne nous est parvenue avec autant de détails. Des notaires consignèrent des minutes très complètes de ses interrogatoires, et ce qui en ressort n'est pas une jeune fille égarée ou brisée, mais quelqu'un d'assez vif pour déjouer les pièges théologiques tendus par un clergé formé. Interrogée à un moment sur le point de savoir si elle croyait être en état de grâce divine — une question sans réponse sûre, puisqu'affirmer une certitude relevait déjà de l'hérésie et la nier aurait sapé sa mission — elle aurait répondu que si elle ne l'était pas, que Dieu l'y mette, et que si elle l'était, que Dieu l'y maintienne. Charles VII, dont elle avait aidé à assurer le trône, ne fit aucun effort sérieux pour la racheter ou la secourir une fois tombée aux mains des Bourguignons — un fait qui trouble les historiens depuis lors.
Un verdict annulé, et une canonisation des siècles plus tard
L'histoire ne s'arrête pas au bûcher. En 1456, un nouveau procès ordonné par l'Église examina la conduite du procès original et annula entièrement le verdict, déclarant Jeanne innocente. La sainteté formelle mettrait bien plus longtemps à venir — le pape Benoît XV la canonisa le 16 mai 1920, presque cinq siècles après sa mort. Aujourd'hui, elle est honorée comme patronne de la France, une paysanne dont les visions revendiquées furent crues assez longtemps pour changer le cours d'une guerre, et dont l'exécution l'Église elle-même qualifierait plus tard d'injustice.
Jeanne est devenue l'une des femmes les plus représentées de l'art occidental et l'une des patronnes les plus fréquemment invoquées de France, honorée aux côtés de figures comme sainte Geneviève de Paris comme protectrice de la nation. Au-delà de la France, on la nomme souvent patronne des soldats et, développement plus récent, des femmes engagées dans les armées. Sa fête tombe le 30 mai, anniversaire de son exécution — un choix qui transforme la date de sa mort en date que l'Église a choisie pour célébrer sa vie, comme elle le fait pour d'autres martyrs dont la mort est devenue, avec le recul, le commencement plutôt que la fin de leur histoire.
Trivia
Qu'est-ce qui, selon Jeanne d'Arc, la guidait ?
Jeanne d'Arc a-t-elle réellement mené des troupes au combat ?
Pourquoi Jeanne d'Arc a-t-elle été exécutée ?
Quand Jeanne d'Arc a-t-elle été déclarée sainte ?







