La Basilique Saint-Pierre

Pourquoi cet édifice se dresse là où il se dresse
Bien avant que Bramante ou Michel-Ange ne trace le moindre plan, ce lieu était déjà un lieu de pèlerinage. La tradition veut que l'apôtre Pierre ait été martyrisé à Rome, près d'un cirque construit par l'empereur Néron, et enterré à proximité, sur la colline du Vatican. Les premiers chrétiens marquèrent la tombe, et au IVe siècle, l'empereur Constantin fit bâtir la première grande basilique directement au-dessus — choisissant de construire sur une colline en pente peu commode plutôt que de déplacer l'église vers un terrain plus facile, précisément pour que l'autel puisse se dresser au-dessus de la tombe de l'apôtre. Chaque version de Saint-Pierre construite depuis a conservé cette même priorité : l'emplacement n'a jamais été négociable.
Photo de Sonse, « St. Peter's Basilica and Gardens of Vatican City », recadrée, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
L'Écriture donne à la tradition son ossature théologique. Jésus dit à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les Portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle » (Matthieu 16,18, Bible de Jérusalem) — un jeu de mots dans le grec original entre le nom de Pierre et le mot pour pierre. Des siècles d'interprétation chrétienne ont lu ce verset comme désignant le rôle unique de Pierre dans la fondation de l'Église, et une basilique bâtie littéralement au-dessus de sa tombe a toujours été comprise comme cette promesse rendue visible dans la pierre.
Des fouilles menées sous la basilique au milieu du XXe siècle donnèrent à cette tradition quelque chose de plus proche d'une preuve physique. Des archéologues travaillant sous le pontificat de Pie XII mirent au jour une ancienne nécropole romaine directement sous le maître-autel, ainsi qu'un ensemble d'ossements qui avaient été enveloppés dans un tissu pourpre et or et placés à l'intérieur d'un mur marqué de graffitis chrétiens anciens invoquant Pierre par son nom. En 1968, le pape Paul VI annonça que ces restes étaient crus, sur la base du poids conjugué des preuves archéologiques et historiques, appartenir à l'apôtre — une déclaration soigneusement mesurée qui traite l'identification comme bien étayée plutôt qu'absolument certaine, ce qui est à peu près aussi loin que l'archéologie et la tradition ancienne peuvent honnêtement aller ensemble.
Deux églises, à douze cents ans d'écart
L'édifice que voient les visiteurs aujourd'hui n'est pas la basilique de Constantin — dès le XVe siècle, cette structure millénaire s'effondrait, et le pape Jules II prit la décision radicale de la démolir et de recommencer. Donato Bramante présenta le premier plan en 1506, envisageant un dôme immense inspiré de l'antique Panthéon de Rome. Les progrès furent lents et le plan changea plusieurs fois de mains avant que Michel-Ange, déjà septuagénaire, ne prenne la direction en tant qu'architecte en chef en 1547 et devienne le principal concepteur du dôme. Il ne vécut pas assez pour le voir achevé — à sa mort en 1564, seul le tambour soutenant le dôme était terminé —, mais Giacomo della Porta mena le projet à son terme en 1590. L'ensemble de la basilique ne fut consacré formellement qu'en 1626, sous le pape Urbain VIII : un unique projet de construction qui, à ce moment-là, avait survécu à tous ceux qui l'avaient commencé.
Ce que le dôme continue de représenter
Le dôme de Michel-Ange reste le plus haut du monde, visible depuis presque toute Rome, et il est devenu l'une des silhouettes les plus reconnaissables de l'architecture religieuse, où que ce soit. Mais son importance n'a jamais vraiment été une question d'échelle pour elle-même. Un édifice aussi grand, construit aussi lentement, directement au-dessus de la tombe d'un pêcheur, a toujours eu pour but de formuler un argument dans la pierre : que l'Église fondée par le Christ sur Pierre a perduré, physiquement et visiblement, pendant deux mille ans — et que ce qui reposait sur cette colline valait qu'on y bâtisse la plus grande église du monde pour le protéger.
Ce qui remplit l'espace intérieur
L'intérieur porte un poids égal à celui du dôme au-dessus de lui. Juste à l'entrée se dresse la Pietà de Michel-Ange, sculptée alors que l'artiste n'avait qu'une vingtaine d'années, montrant Marie tenant le corps du Christ après la crucifixion — la seule œuvre que Michel-Ange ait jamais signée, selon une anecdote célèbre, après avoir surpris des visiteurs en train de l'attribuer à quelqu'un d'autre. Tout au fond, sous le dôme, directement au-dessus du site traditionnel de la tombe de Pierre, s'élève l'immense baldaquin de bronze du Bernin, un dais aussi haut qu'un immeuble de dix étages, marquant le maître-autel réservé à l'usage du pape lui-même. À l'extérieur, la vaste colonnade du Bernin enserre la place Saint-Pierre dans une large ellipse que l'artiste lui-même décrivait comme s'ouvrant tels deux bras accueillants, attirant les pèlerins vers l'église en son centre.
Une église, non la cathédrale du pape
Malgré toute son échelle et sa symbolique, Saint-Pierre porte un détail qui surprend régulièrement les visiteurs : ce n'est techniquement pas la cathédrale du pape. Ce titre revient plutôt à l'archibasilique Saint-Jean-de-Latran, ailleurs à Rome, qui abrite la véritable cathèdre du pape en tant qu'évêque de Rome. Saint-Pierre demeure néanmoins le lieu des liturgies les plus importantes de l'Église, des messes papales et des canonisations, ainsi que l'édifice que la plupart des visiteurs imaginent en premier lorsqu'ils pensent à l'Église catholique — un rappel que le rang pratique d'un édifice en droit canonique et sa place dans l'imaginaire populaire ne coïncident pas toujours exactement.
Trivia
Pourquoi la basilique Saint-Pierre a-t-elle été construite à cet endroit précis ?
Combien de temps a duré la construction de la basilique actuelle ?
A-t-on retrouvé là les restes réels de Pierre ?
La basilique Saint-Pierre est-elle la cathédrale du pape ?






