La Basilique Saint-Pierre

Pourquoi cet édifice se dresse là où il se dresse
Bien avant que Bramante ou Michel-Ange ne trace le moindre plan, ce lieu était déjà un lieu de pèlerinage. La tradition veut que l'apôtre Pierre ait été martyrisé à Rome, près d'un cirque construit par l'empereur Néron, et enterré à proximité, sur la colline du Vatican. Les premiers chrétiens marquèrent la tombe, et au IVe siècle, l'empereur Constantin fit bâtir la première grande basilique directement au-dessus — choisissant de construire sur une colline en pente peu commode plutôt que de déplacer l'église vers un terrain plus facile, précisément pour que l'autel puisse se dresser au-dessus de la tombe de l'apôtre. Chaque version de Saint-Pierre construite depuis a conservé cette même priorité : l'emplacement n'a jamais été négociable.
Photo de Sonse, « St. Peter's Basilica and Gardens of Vatican City », recadrée, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
L'Écriture donne à la tradition son ossature théologique. Jésus dit à Pierre : « tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle » (Matthieu 16,18, Louis Segond) — un jeu de mots dans le grec original entre le nom de Pierre et le mot pour pierre. Des siècles d'interprétation chrétienne ont lu ce verset comme désignant le rôle unique de Pierre dans la fondation de l'Église, et une basilique bâtie littéralement au-dessus de sa tombe a toujours été comprise comme cette promesse rendue visible dans la pierre.
Deux églises, à douze cents ans d'écart
L'édifice que voient les visiteurs aujourd'hui n'est pas la basilique de Constantin — dès le XVe siècle, cette structure millénaire s'effondrait, et le pape Jules II prit la décision radicale de la démolir et de recommencer. Donato Bramante présenta le premier plan en 1506, envisageant un dôme immense inspiré de l'antique Panthéon de Rome. Les progrès furent lents et le plan changea plusieurs fois de mains avant que Michel-Ange, déjà septuagénaire, ne prenne la direction en tant qu'architecte en chef en 1547 et devienne le principal concepteur du dôme. Il ne vécut pas assez pour le voir achevé — à sa mort en 1564, seul le tambour soutenant le dôme était terminé —, mais Giacomo della Porta mena le projet à son terme en 1590. L'ensemble de la basilique ne fut consacré formellement qu'en 1626, sous le pape Urbain VIII : un unique projet de construction qui, à ce moment-là, avait survécu à tous ceux qui l'avaient commencé.
Ce que le dôme continue de représenter
Le dôme de Michel-Ange reste le plus haut du monde, visible depuis presque toute Rome, et il est devenu l'une des silhouettes les plus reconnaissables de l'architecture religieuse, où que ce soit. Mais son importance n'a jamais vraiment été une question d'échelle pour elle-même. Un édifice aussi grand, construit aussi lentement, directement au-dessus de la tombe d'un pêcheur, a toujours eu pour but de formuler un argument dans la pierre : que l'Église fondée par le Christ sur Pierre a perduré, physiquement et visiblement, pendant deux mille ans — et que ce qui reposait sur cette colline valait qu'on y bâtisse la plus grande église du monde pour le protéger.
