Notre-Dame de Paris

Deux ouvriers ont commencé à poser une première pierre sur une île au milieu de la Seine en 1163, et il faudrait attendre près de deux siècles avant que la dernière pierre de la cathédrale qu'ils commençaient tout juste ne soit posée. Notre-Dame de Paris a depuis survécu à une révolution qui a tenté de l'effacer, à un quasi-effondrement qu'un roman a contribué à inverser, et — plus récemment — à un incendie qui a bien failli achever ce que la révolution avait commencé.
Notre-Dame de Paris
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Près de deux siècles de construction

La première pierre de Notre-Dame fut posée en 1163, sous le règne de Louis VII, sous la direction de l'évêque Maurice de Sully — mais la cathédrale qu'il commença ne fut achevée ni de son vivant, ni de celui de son successeur, ni du suivant. La nef était pour l'essentiel achevée vers 1250, les tours vers 1260, et le travail sur les chapelles latérales et autres raffinements se poursuivit jusqu'au XIVe siècle. Des carrières entières, et parfois des vies entières, furent consacrées à un édifice dont ses tout premiers tailleurs de pierre ne verraient jamais l'achèvement. Ce qui naquit de cette patience fut l'une des œuvres majeures de l'architecture gothique française : des arcs-boutants soutenant des murs de pierre s'élevant vers le ciel, d'immenses rosaces emplissant l'intérieur de lumière colorée, et une façade occidentale dont les tours jumelles devinrent la silhouette que la plupart des gens imaginent en entendant le mot « cathédrale ».

Les deux tours et la rosace de la façade occidentale de la cathédrale Notre-Dame de Paris, vues depuis l'autre rive de la Seine.

Photo de Dietmar Rabich, « Paris, Notre-Dame -- 2014 », recadrée, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Notre-Dame fut bâtie sur l'île de la Cité, une petite île de la Seine qui avait déjà servi de site religieux pendant des siècles avant que l'évêque de Sully n'y pose la première pierre. Son style gothique était, dans les années 1160, encore un langage architectural véritablement nouveau, mis au point quelques décennies plus tôt seulement à l'abbaye royale de Saint-Denis, aux portes de Paris. Notre-Dame contribua à le populariser à une échelle civique grandiose : l'arc-boutant, en particulier, constituait une avancée technique qui permit aux bâtisseurs d'élever les murs plus haut et de les percer de davantage de verre que les églises romanes antérieures ne pouvaient en supporter en toute sécurité, puisque les arcs-boutants détournaient la poussée du toit de pierre loin des murs. Le résultat fut un intérieur qui paraissait, selon les critères de l'époque, presque en apesanteur.

Les trois grandes rosaces de la cathédrale, en particulier celle du transept nord, conservent encore en grande partie leurs verres du XIIIe siècle. Ses statues et ses portails sculptés racontaient des histoires bibliques à une population qui, à l'époque médiévale, ne savait pour la plupart pas lire — les tympans de la façade occidentale représentent le Jugement dernier et des scènes de la vie de la Vierge Marie en relief de pierre, conçus pour être compris d'un seul coup d'œil.

Une révolution, un roman et un quasi-effondrement

Vers la fin du XVIIIe siècle, Notre-Dame était tombée dans un état de délabrement sérieux, et la Révolution française aggrava considérablement les choses : des révolutionnaires endommagèrent ou détruisirent bon nombre de ses statues, et l'édifice fut pendant un temps entièrement détourné du culte catholique. Durant la phase la plus radicale de la Révolution, elle fut redédiée à un « culte de la Raison », ses trésors furent pillés ou fondus, et la rangée de statues de la façade occidentale représentant les rois bibliques de Juda fut prise pour une galerie de monarques français et décapitée par une foule révolutionnaire — plusieurs des têtes véritables, retrouvées dans une cave parisienne dans les années 1970, sont aujourd'hui exposées au musée de Cluny. Au début du XIXe siècle, de véritables propositions de démolition furent avancées. Ce qui contribua à la sauver fut, en partie, un roman — « Notre-Dame de Paris » de Victor Hugo, publié en 1831, ranima l'attachement du public pour la cathédrale et contribua à lancer la grande restauration que l'architecte Eugène Viollet-le-Duc mena à partir des années 1840, notamment l'ajout de la flèche et de nombre des gargouilles que la plupart des visiteurs supposent aujourd'hui médiévales.

La restauration de Viollet-le-Duc fut, à sa manière, controversée même à l'époque — il ne se contenta pas de réparer ce qui existait auparavant, mais y ajouta des éléments de sa propre création, dont la flèche même qui devait plus tard s'effondrer dans l'incendie de 2019, ainsi qu'un autoportrait sculpté parmi les statues d'apôtres qui entouraient jadis sa base. Quels que soient les débats sur ses méthodes, cette restauration donna à Notre-Dame la silhouette que la majeure partie du monde en vint à reconnaître, et elle demeura largement inchangée pendant bien plus d'un siècle par la suite.

L'incendie, et ce qui a suivi

Le 15 avril 2019, un incendie se déclara dans les combles de la cathédrale et se propagea rapidement, faisant s'effondrer la flèche du XIXe siècle et détruisant la majeure partie de la charpente en bois — une perte suivie en temps réel par une foule stupéfaite le long de la Seine et par un public mondial au-delà. La charpente du toit, surnommée « la forêt » en raison du nombre considérable de poutres de chêne anciennes qu'elle contenait, dont beaucoup dataient de la construction médiévale d'origine, fut presque entièrement perdue. Les tours de pierre, la façade et les grandes rosaces survécurent, ainsi que la plupart des reliques et des œuvres d'art de la cathédrale, grâce aux pompiers et à une chaîne de bénévoles qui s'employèrent à sortir les trésors du bâtiment en feu.

S'ensuivit une restauration de cinq ans qui rassembla environ deux mille artisans, architectes et spécialistes œuvrant à reconstruire la charpente et la flèche selon des techniques et des matériaux historiquement fidèles, y compris des outils manuels traditionnels et des méthodes de charpente pratiquement inchangées depuis le Moyen Âge. Les forêts françaises fournirent le chêne d'une nouvelle « forêt » de poutres. Notre-Dame rouvrit au public le 7 décembre 2024 — non pas comme une pièce de musée figée dans le temps, mais comme une cathédrale de nouveau en activité, ayant survécu à une révolution, à des siècles d'intempéries, et à un incendie qui a bien failli emporter toute la structure avec lui.

Pourquoi elle compte encore

Notre-Dame n'a jamais été simplement un site touristique qui se trouvait abriter une église. Elle est dédiée, comme son nom le dit clairement, à Marie — Notre Dame — et elle fut construite, pierre après pierre, sur deux siècles, par des gens qui ne la verraient jamais achevée, pour un dessein qui n'avait rien à voir avec leur propre reconnaissance. C'est en partie pourquoi sa quasi-perte en 2019 a touché tant de personnes qui n'avaient jamais mis les pieds à Paris : les édifices construits avec ce genre de patience sont rares, et en perdre un, même partiellement, donnait l'impression de perdre quelque chose qui ne pouvait simplement être remplacé. Son retour en 2024 a dit le contraire — qu'une telle patience peut encore se trouver aujourd'hui.

Elle demeure, avant tout, une cathédrale en activité plutôt qu'un monument gardé sous verre : la messe y est célébrée quotidiennement, des pèlerins viennent encore vénérer ses reliques, dont une relique vénérée comme un fragment de la Couronne d'épines, et ses cloches — dont plusieurs ont survécu à l'incendie — résonnent encore au-dessus de la Seine. Les lecteurs curieux d'autres lieux façonnés par des siècles de dévotion catholique pourront aussi lire l'article sur Notre-Dame du Perpétuel Secours, l'une des images mariales les plus largement reproduites au monde — rappel que la dévotion à Marie a pris des formes physiques très différentes à travers l'histoire de l'Église, d'une simple icône assez petite pour tenir dans la main jusqu'à une cathédrale qu'il fallut deux siècles et des milliers de mains pour élever.

Trivia

Que signifie le nom Notre-Dame ?
« Notre-Dame » désigne la Vierge Marie, à qui la cathédrale est dédiée.
Combien de temps a duré la construction de Notre-Dame ?
Les travaux commencèrent en 1163 sous l'évêque Maurice de Sully et étaient pour l'essentiel achevés vers 1260, bien que les travaux sur les chapelles et autres détails se soient poursuivis jusqu'au XIVe siècle — près de deux siècles au total.
Que s'est-il passé à Notre-Dame en 2019 ?
Un incendie le 15 avril 2019 détruisit la flèche de la cathédrale et la majeure partie de sa charpente en bois, bien que les deux tours, la façade et les rosaces aient survécu.
Notre-Dame a-t-elle rouvert depuis l'incendie ?
Oui — Notre-Dame a rouvert au public le 7 décembre 2024, après une restauration de cinq ans qui a rassemblé environ deux mille artisans et spécialistes.
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