Saint Édouard le Martyr
Un roi enfant pris dans une dispute de succession
Édouard est le fils aîné du roi Edgar d'Angleterre, né vers 962, et son accès au trône n'a jamais été pleinement assuré. Edgar avait régné sur un royaume exceptionnellement stable et prospère pour l'époque — un règne dont on garda ensuite un souvenir assez élogieux pour que le désordre suivant sa mort paraisse d'autant plus frappant par contraste. L'identité de la mère d'Édouard reste incertaine dans les sources conservées, et certains chroniqueurs allèrent jusqu'à mettre en doute la légitimité de sa naissance, un doute que les partisans ultérieurs de son demi-frère rival se firent un plaisir d'entretenir.
James William Edmund Doyle, Édouard assassiné à Corfe, tiré de « A Chronicle of England », 1864 — domaine public.
Lorsque Edgar meurt en 975, Édouard devient roi à environ douze ou treize ans — mais sa prétention est contestée par les partisans de son jeune demi-frère Æthelred, dont la mère, la reine Ælfthryth, veuve d'Edgar, a toutes les raisons de vouloir voir son propre fils sur le trône à sa place. Les deux camps rivaux se répartirent à peu près selon les lignes de la politique interne de l'Église de l'époque : un mouvement de réforme du monachisme anglais, calqué sur des modèles continentaux plus stricts, avait acquis une influence considérable sous Edgar, et Édouard bénéficiait du soutien des réformateurs, tandis que les opposants à la réforme tendaient plutôt à soutenir le camp d'Æthelred — la dispute de succession se trouvait donc mêlée à un authentique conflit contemporain sur la forme que devait prendre la vie religieuse anglaise. Le court règne d'Édouard, à peine deux ans et demi, se déroule sur fond de cette rivalité non résolue entre deux camps de nobles, chacun soutenant un prétendant différent à la couronne.
Une coupe offerte à la porte du château
En mars 978, Édouard chevauche jusqu'au château de Corfe, dans le Dorset, où séjourne son demi-frère Æthelred avec Ælfthryth. Ce qui se passe exactement ensuite n'est pas consigné avec assez de détails contemporains pour être reconstitué avec certitude, mais les grandes lignes de l'événement ne font guère débat : Édouard est assassiné à la porte du château ou à proximité, poignardé alors qu'il est encore à cheval. Des récits médiévaux plus tardifs habillèrent la scène de détails vifs et empreints de sympathie — une coupe de bienvenue offerte à la porte, un couteau dissimulé sous une cape — mais il faut reconnaître honnêtement qu'il s'agit là d'enjolivements narratifs tardifs, ajoutés à un meurtre dont le déroulement précis ne fut, en réalité, guère consigné par quiconque écrivait à l'époque.
Ce sur quoi les sources contemporaines s'accordent, c'est que le corps d'Édouard fut enterré à la hâte et sans cérémonie royale à Wareham — une sépulture bien peu digne d'un roi consacré, et un détail frappant en soi, qui laisse penser que ceux qui contrôlaient les suites immédiates du drame avaient intérêt à minimiser plutôt qu'à honorer ce qui venait de se produire. Ce traitement ne dura pas : dès l'année suivante, des rapports de miracles associés au site circulaient déjà, et le sentiment grandissant qu'un roi légitime avait été injustement tué mit en mouvement le processus qui devait finalement conduire au transfert des restes d'Édouard vers une sépulture bien plus honorable.
Une belle-mère accusée des générations plus tard
C'est ici que l'histoire devient véritablement incertaine, et il vaut mieux résister à la tentation de réduire cette incertitude à une méchante bien commode. Ce sont des chroniqueurs écrivant après la conquête normande — plus d'un siècle après la mort d'Édouard — qui rejetèrent fermement la faute sur la reine Ælfthryth, en faisant le cerveau d'un meurtre conçu pour dégager le trône au profit de son propre fils. Les historiens modernes restent véritablement partagés sur la part de fait réel et mémorisé que reflète cette accusation, face à un récit politiquement commode qui s'est durci avec le temps, d'autant plus que le règne troublé d'Æthelred lui-même donna par la suite à des auteurs plus tardifs toutes les raisons de faire remonter son pouvoir à un péché originel commis à Corfe. La réponse honnête est que personne, aujourd'hui, ne sait avec certitude qui a ordonné la mort d'Édouard, ni même si elle fut préméditée plutôt qu'un acte de violence soudain et opportuniste.
Æthelred, monté sur le trône à environ dix ans dans la foulée du drame, finit par gagner le surnom de « l'Indécis » (the Unready) — une étiquette qui, en vieil anglais, signifiait en réalité quelque chose de plus proche de « mal conseillé » que littéralement « impréparé » — et son règne resta dans les mémoires comme une période désastreuse marquée par de nouvelles invasions vikings et une instabilité intérieure persistante. Cette réputation permit aux chroniqueurs des générations suivantes de lire commodément tout son règne troublé comme un châtiment divin découlant du péché commis pour l'installer sur le trône, qu'Æthelred lui-même, alors simple enfant, ait porté ou non une quelconque responsabilité réelle dans ce qui s'était passé à Corfe.
Une sainteté par sacrilège, non par persécution
Ce qui fit d'Édouard un saint aux yeux du monde médiéval n'était pas un refus de renier sa foi, comme ce fut le cas pour une figure telle que saint Edmond le Roi ; c'était le meurtre d'un roi légitimement couronné et consacré, ce que la conception chrétienne médiévale de la royauté traitait en soi comme un acte de sacrilège, quel qu'ait été le mobile réel du meurtrier. Cette catégorie de martyre — une sainteté rattachée à la mise à mort injuste d'un souverain légitime plutôt qu'à une persécution religieuse au sens strict — n'était pas propre à Édouard ; une poignée d'autres rois anglais et européens du haut Moyen Âge reçurent une vénération similaire après des morts violentes à motivation politique, ce qui montre à quel point cette époque prenait au sérieux le caractère sacré de la royauté consacrée elle-même.
Des miracles furent bientôt rapportés sur sa tombe, ses restes furent formellement transférés à l'abbaye de Shaftesbury en 979, et sa vénération se répandit assez vite pour qu'Édouard soit reconnu comme saint par l'acclamation populaire médiévale plutôt que par un quelconque processus vatican formel — la même voie qui produisit de nombreux premiers martyrs royaux anglais. L'abbaye de Shaftesbury devint de ce fait un lieu de pèlerinage important, et le culte d'Édouard s'y perpétua pendant des siècles, jusqu'à ce que l'abbaye, comme tant d'institutions monastiques anglaises, soit supprimée pendant la Réforme sous Henri VIII ; l'emplacement exact de ses restes aujourd'hui a fait l'objet de controverses dans l'histoire plus récente, plusieurs fouilles et identifications du XXe siècle continuant d'alimenter le débat. Sa fête est célébrée le 18 mars, et il est également honoré comme saint au sein de l'Église orthodoxe. Aucun patronage individuel bien établi ne lui est resté attaché, mais son histoire demeure l'un des mystères non résolus les plus durables de l'Angleterre anglo-saxonne, enveloppé de onze siècles de dévotion.





