Saint Fulgence de Ruspe
Un évêque devenu porte-parole par l'exil
Fulgence, né vers 462 ou 467 à Telepte, en Afrique du Nord, devient évêque de Ruspe dans la province romaine de Byzacène à une époque où les souverains vandales de la région sont des ariens convaincus — adeptes d'une théologie qui niait la pleine et égale divinité du Christ auprès du Père — et ouvertement hostiles aux évêques nicéens qui la défendaient. En 508, le roi arien Thrasamund s'attaque directement à cette opposition, exilant environ soixante évêques orthodoxes vers la Sardaigne. Fulgence figure parmi eux, et c'est en exil, plus que dans son propre diocèse, qu'il accomplit une part de son travail le plus décisif : organiser la communauté déplacée et parler en son nom, transformant un bannissement punitif en un véritable centre de résistance à la théologie arienne.
Anonyme, S. Fulgentius Episcopus Rufpensis, XVIIe siècle, huile sur toile — domaine public.
L'Augustin de poche
Ce dont on se souvient de Fulgence, au-delà de l'exil lui-même, c'est la remarquable constance de son écriture théologique, composée pour l'essentiel en défense directe de l'orthodoxie nicéenne face aux arguments ariens. Il puisa si abondamment et si fidèlement dans la pensée de saint Augustin d'Hippone que des auteurs plus tardifs lui donnèrent un surnom resté célèbre : « l'Augustin de poche », hommage à la manière dont ses propres arguments suivaient de près ceux d'Augustin, un siècle après la mort de celui-ci. C'est un héritage plus modeste et plus discret qu'un martyre spectaculaire, mais il compta sur le moment — une voix nicéenne cohérente et solidement argumentée, maintenue par écrit, à une époque où des souverains ariens tenaient le terrain de son propre diocèse.
Un dossier mince, raconté honnêtement
Fulgence meurt le 1er janvier 533, à Ruspe, et fut vénéré comme saint selon la même reconnaissance ancienne et informelle typique de son époque, bien avant que l'Église ne développe son processus de canonisation formel ultérieur. Il ne reçut jamais le titre de docteur de l'Église, et aucun patronage établi ne s'attacha jamais à son nom. Au-delà de l'exil en Sardaigne et de son œuvre théologique, le dossier qui subsiste sur sa vie est réellement mince — ce qu'il vaut mieux dire clairement plutôt que d'enjoliver. Sa fête est célébrée le 1er janvier, et ce qui reste de son héritage tient moins d'une histoire que d'un corps d'arguments : soixante évêques exilés qui continuèrent à fonctionner comme une communauté, et parmi eux un théologien qui maintint vivante, par l'écrit, la défense augustinienne de la grâce, tandis que le terrain sous le christianisme nicéen d'Afrique du Nord continuait de se dérober.






