Saint Charles Borromée

En 1576, tandis que la peste ravage Milan et que tous ceux qui en ont les moyens fuient vers la campagne, l'archevêque de la ville fait l'inverse. Charles Borromée s'enfonce lui-même dans les quartiers contaminés, organise de ses propres mains la distribution de nourriture et de remèdes aux mourants, et tient bon tout au long d'une épidémie qui finira par porter son nom — la « peste de San Carlo ». Il était pourtant déjà l'un des prélats les plus puissants d'Europe. Rien ne l'obligeait à aller frapper lui-même à chaque porte.

Cardinal à vingt-deux ans

Charles Borromée naît le 2 octobre 1538 au château familial d'Arona, sur les rives du lac Majeur, dans le duché de Milan. Sa mère appartient à la puissante famille milanaise des Médicis — sans lien avec les Médicis florentins, mais tout aussi bien introduite — et son oncle, Giovanni Angelo Medici, devient le pape Pie IV en 1559. Le nouveau pape ne perd pas de temps pour promouvoir son neveu : en un an à peine, Charles devient cardinal et administrateur de l'archidiocèse de Milan, l'un des plus vastes et des plus importants d'Europe, alors qu'il est encore dans sa prime jeunesse et pas même ordonné prêtre. Une promotion aussi fulgurante aurait facilement pu produire un cardinal oisif et purement décoratif. Borromée en devint presque l'exact contraire.

Un évêque en habits d'or et mitre bénissant une foule de mères, d'enfants et de malades frappés par la peste, rassemblés devant un autel richement orné.

Anicet Charles Gabriel Lemonnier, Saint Charles Borromée portant secours aux pestiférés de Milan, v. 1784-85, National Galleries of Scotland — domaine public.

Clore le Concile de Trente

Plutôt que de simplement jouir des privilèges de sa charge, Borromée se met au travail au cœur même de la réponse de l'Église à la Réforme protestante. Le Concile de Trente — cet effort marathon, mené par à-coups pendant près de vingt ans pour définir la doctrine et réformer les pratiques de l'Église elle-même — avait déjà connu plusieurs blocages avant que Borromée ne s'implique étroitement dans ses dernières sessions, au début des années 1560, aidant à mener ce concile difficile jusqu'à sa clôture en 1563. Par la suite, il fait partie de l'équipe chargée de traduire les décisions du concile en un texte réellement utilisable par un curé de paroisse : le Catéchisme romain, publié en 1566, qui condense l'enseignement de Trente dans une référence pratique unique, façonnant l'instruction religieuse catholique pendant des siècles. Borromée n'est ordonné prêtre puis consacré évêque qu'une fois ce travail déjà bien engagé — un ordre des choses inhabituel pour un homme que l'histoire retient d'abord comme évêque.

Réformer un diocèse de l'intérieur

Une fois installé à Milan comme véritable archevêque en fonction — et non comme cardinal absent, administrant depuis Rome, pratique alors devenue courante — Borromée prend en charge ce siège prestigieux, jadis occupé, plus de mille ans auparavant, par saint Ambroise, et se lance dans un programme de réforme touchant presque tout : il tient des conciles provinciaux et des synodes diocésains, fonde des séminaires pour former correctement les prêtres, établit des écoles de doctrine chrétienne pour les enfants, et exige des visites régulières des paroisses pour vérifier que le clergé fait bien son travail. Cela lui vaut des ennemis. Un membre mécontent d'un ordre religieux tire même un jour sur lui pendant la prière, coup dont Borromée réchappe apparemment sans blessure grave — un détail qui, vrai ou embelli par la tradition, montre à quel point ses réformes bousculaient un clergé habitué à un certain relâchement.

Marcher vers la peste

Le moment qui définit véritablement Borromée survient en 1576, lorsque la peste éclate à Milan et se transforme rapidement en l'une des pires épidémies que la ville ait connues depuis des générations — les chroniqueurs l'appelleront plus tard la « peste de San Carlo » en son honneur. Alors que les habitants les plus aisés, et même certains clercs, quittent la ville pour des terres plus sûres, Borromée reste. Il organise les secours aux malades et aux mourants, fait acheminer nourriture et soins médicaux jusqu'aux foyers mis en quarantaine, et se rend en personne dans les quartiers contaminés plutôt que de tout diriger à distance en sécurité. C'est le genre de conduite qu'il est facile de louer dans l'abstrait, et véritablement rare de voir pratiquée au péril de sa propre vie — un cardinal-archevêque disposant de tous les moyens pour se protéger, choisissant plutôt de marcher vers le danger.

Un évêque qui pratiquait ce qu'il prêchait

Les propres paroles de Borromée nous sont parvenues d'un discours qu'il prononça vers la fin de sa vie, lors du dernier synode diocésain auquel il assista, plus tard conservé dans les Acta Ecclesiae Mediolanensis (Actes de l'Église de Milan). S'adressant à ses prêtres sur l'exemple que doit donner le clergé, il leur dit sans détour : « Assurez-vous d'abord de prêcher par votre manière de vivre. Sinon, les gens remarqueront que vous dites une chose tout en vivant autrement, et vos paroles ne récolteront qu'un rire cynique et un hochement de tête moqueur. » Lu à la lumière de l'année 1576, cela ressemble moins à une figure de style qu'à la description d'une exigence qu'il s'était déjà imposée à lui-même.

Borromée meurt le 3 ou le 4 novembre 1584 à Milan, épuisé par des années de travail acharné. Le pape Paul V le canonise en 1610, moins de vingt-six ans plus tard — un délai remarquablement rapide pour l'époque — et sa fête est célébrée le 4 novembre. On se souvient aujourd'hui de lui comme du patron des évêques, des cardinaux, des séminaristes et des catéchistes, des titres qui renvoient directement aux trois grands fronts de sa propre vie : gouverner l'Église, former ses prêtres et enseigner sa doctrine aux fidèles ordinaires.

Trivia

Qui était saint Charles Borromée ?
Neveu du pape Pie IV, né en 1538 près d'Arona dans le duché de Milan, il devint cardinal et archevêque de Milan à seulement 22 ans, contribua à clore le Concile de Trente, réforma son diocèse, et organisa personnellement les secours lors de la terrible peste de Milan en 1576.
Qu'a réellement fait Charles Borromée pendant la peste de Milan ?
Quand la peste frappa Milan en 1576 et qu'une grande partie de la noblesse — et même certains clercs — fuyaient la ville, Borromée resta, organisant nourriture, soins et accompagnement spirituel pour les malades et les mourants, et parcourant lui-même les rues contaminées plutôt que de diriger les secours à distance.
Quel rôle Charles Borromée a-t-il joué au Concile de Trente ?
Jeune cardinal travaillant en étroite collaboration avec son oncle le pape Pie IV, il contribua à mener les dernières sessions du concile jusqu'à leur clôture en 1563, puis participa à la rédaction du Catéchisme romain, publié en 1566 pour mettre l'enseignement du concile à la portée pratique des curés de paroisse.
Quand Charles Borromée a-t-il été canonisé et quelle est sa fête ?
Le pape Paul V le canonisa le 1er novembre 1610, moins de 26 ans après sa mort, et sa fête est célébrée le 4 novembre.
De quoi Charles Borromée est-il le saint patron ?
Il est vénéré comme patron des évêques, des cardinaux, des séminaristes et des catéchistes — un ensemble de patronages qui correspond exactement aux trois grands rôles de sa vie : chef d'Église, réformateur du clergé et auteur du Catéchisme romain.
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