Sainte Germaine Cousin

Sa propre belle-mère la faisait dormir dans une remise et manger ce qui restait dans l'écuelle du chien de la famille, puis l'envoyait seule garder les moutons dans une campagne réputée pour ses loups plutôt que de la laisser s'asseoir dans la même salle de classe que ses demi-frères et sœurs. Germaine Cousin avait, de naissance, une main déformée et une maladie de peau défigurante, que sa belle-mère traitait comme une raison de mépris supplémentaire. Et chaque jour, sans exception, Germaine laissait un troupeau sans surveillance en pleine campagne pour se glisser dans l'église du village et assister à la messe — sans jamais, selon la tradition, y perdre un seul mouton.

Une négligence documentée, non exagérée

Germaine Cousin naît en 1579 à Pibrac, un village près de Toulouse, dans le sud de la France, avec une main droite atrophiée et une maladie de peau qui la défigure visiblement dès l'enfance. Sa mère meurt alors qu'elle est encore jeune, et son père se remarie avec une femme qui ne cache pas son mépris pour la fillette. La cruauté qui suit n'est pas un enjolivement tardif venu se greffer sur un vague souvenir — elle est documentée dans les récits réunis pour la propre cause de canonisation de Germaine : sa belle-mère la fait dormir à l'écart du reste de la famille dans une remise, la nourrit si peu qu'elle aurait appris à manger les restes laissés dans l'écuelle du chien, et, selon la tradition, la laissa un jour plusieurs jours dans un caniveau. Plutôt que de l'envoyer à l'école aux côtés de ses demi-frères et sœurs, la famille met Germaine au travail à garder les moutons, seule, en pleine campagne, où loups et bandits représentent un danger bien réel.

Une peinture à l'huile du XVIIIe siècle représentant un berger pieds nus tendant la main vers une femme auréolée portant un nourrisson dans ses bras, avec des moutons et un ange visibles à proximité.

Giuseppe Cades, Scène de la vie de sainte Germaine Cousin, huile sur toile, avant 1799 — domaine public.

Une foi que personne ne lui a enseignée

Ce qui rend l'histoire de Germaine remarquable, ce n'est pas seulement la négligence — c'est ce qu'elle en fit. Sans aucune instruction religieuse d'un foyer qui ne lui avait rien donné d'autre non plus, Germaine développa une vie de dévotion que les enquêteurs de sa cause trouvèrent réellement frappante, vu le peu de soutien dont elle disposait : assistance quotidienne à la messe, confession et communion hebdomadaires, une habitude de prière entièrement construite de sa propre initiative dans une maison qui ne lui en offrait aucun modèle. Pour se rendre à la messe, elle devait laisser son troupeau sans surveillance en pleine campagne chaque jour, un risque que sa belle-mère n'aurait certainement pas approuvé, si seulement elle avait pris la peine de le remarquer.

La tradition populaire entourant Germaine veut qu'un ange gardien ait veillé sur ses moutons pendant qu'elle se rendait à l'église, et qu'en toutes ses années de bergère, elle n'ait jamais perdu un seul animal aux loups qui représentaient pourtant une menace locale bien réelle. Ce détail relève de la légende pieuse née autour de son culte plutôt que de quoi que ce soit de documenté à l'époque — il mérite d'être raconté comme partie de la mémoire qu'on garde d'elle, mais il faut préciser clairement qu'il s'agit de tradition, non de fait vérifié, venue s'ajouter à une vie dont les aspects les plus durs sont, eux, déjà bien attestés sans cela.

Morte à vingt-deux ans

Germaine meurt en 1601, à 22 ans, retrouvée par son propre père dans la dépendance où elle avait dormi la majeure partie de sa courte vie. En 1644, quand sa tombe dans l'église paroissiale est rouverte pour y enterrer quelqu'un d'autre, des témoins rapportent avoir trouvé son corps remarquablement préservé et les fleurs qu'elle tenait dans les mains encore fraîches — des témoignages consignés dans la documentation réunie plus tard pour sa cause, et qu'il vaut mieux comprendre comme ce que ces témoins rapportèrent à l'époque plutôt que comme quelque chose que la médecine légale moderne aurait vérifié. Quelle que soit la nature exacte de cette découverte de 1644, elle marqua le début d'une dévotion à Germaine qui grandit régulièrement au cours des deux siècles suivants, soutenue par de nombreux évêques français plaidant en sa faveur, et par une cause documentant plus de 400 miracles et grâces attribués à son intercession.

Canonisation et patronages

Le pape Pie IX béatifia Germaine Cousin le 7 mai 1854, et la canonisa le 29 juin 1867. Les patronages qui suivirent découlent directement des spécificités de sa propre vie, plutôt que de sonner comme des titres génériques ajoutés après coup : elle est vénérée comme patronne des enfants maltraités et négligés et des victimes de maltraitance infantile en particulier, ainsi que des pauvres, des bergères et des bergers, et des personnes en situation de handicap ou de difformité physique. À une époque bien plus consciente de la maltraitance infantile qu'à celle de sa canonisation, l'histoire de Germaine — le récit documenté de la cruauté subie par une enfant dans sa propre famille, affrontée avec une résilience et une foi que sa famille ne lui avait jamais donné de raison de développer — a pris un poids renouvelé, précisément dans ce contexte de protection de l'enfance. Sa fête est célébrée le 15 juin. Pour en savoir plus sur la manière dont l'Église a reconnu des saints à travers différentes formes de souffrance et de besoin, voir le Répertoire des saints patrons.

Trivia

Qui était sainte Germaine Cousin ?
Germaine Cousin était une bergère de Pibrac, près de Toulouse, née en 1579 avec une main déformée et une maladie de peau défigurante, qui subit une cruauté documentée de la part de sa belle-mère et mourut en 1601 à 22 ans, restée dans la mémoire pour une dévotion profonde et autodidacte malgré une totale négligence familiale.
Comment Germaine Cousin était-elle traitée par sa famille ?
Selon les récits réunis pour sa cause de canonisation, sa belle-mère la faisait dormir dans une remise, la nourrissait si peu qu'elle aurait appris à manger dans l'écuelle du chien de la famille, et l'aurait, selon la tradition, une fois laissée plusieurs jours dans un caniveau ; la mère de Germaine étant morte jeune, elle fut envoyée garder les moutons de la famille plutôt que d'aller à l'école.
Est-il vrai qu'un ange gardien protégeait le troupeau de Germaine pendant qu'elle était à la messe ?
Ce détail vient de la tradition pieuse attachée à son culte plutôt que d'une documentation historique indépendante — l'histoire veut qu'un ange ait veillé sur ses moutons pendant qu'elle s'échappait chaque jour pour aller à la messe, et qu'aucun animal n'ait jamais été perdu aux loups pourtant bien présents dans la région, mais il faut le comprendre comme une légende venue s'ajouter à une vie par ailleurs documentée, non comme un fait vérifié.
Le corps de Germaine Cousin fut-il retrouvé incorrompu après sa mort ?
Des témoignages de 1644, lorsque sa tombe dans l'église paroissiale fut rouverte pour un autre enterrement, décrivent son corps comme remarquablement préservé et les fleurs qu'elle tenait dans les mains comme encore fraîches ; ces éléments figurent dans la documentation réunie plus tard pour sa cause, et doivent être compris comme ce que les témoins de l'époque rapportèrent, plutôt que comme un fait vérifié par la science médico-légale moderne.
De quoi sainte Germaine Cousin est-elle la patronne, et quand fête-t-on sa mémoire ?
Elle est la patronne des enfants maltraités et négligés, des victimes de maltraitance infantile, des pauvres, des bergères et des bergers, et des personnes en situation de handicap ou de difformité physique ; sa fête est célébrée le 15 juin.
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