Saint Pierre-Julien Eymard
Une vocation que son père ne voulait pas
Pierre-Julien Eymard naît le 4 février 1811 à La Mure, dans l'Isère, au sud-est de la France. Son entrée en religion ne se fait pas sans heurts : il entre chez les Oblats de Marie Immaculée en 1829, contre la volonté expresse de son père — une décision qui dit déjà quelque chose de l'obstination qui reparaîtra, avec des conséquences bien plus grandes, des décennies plus tard. Il ne reste pas chez les Oblats — il est plus tard ordonné prêtre diocésain, puis rejoint en 1839 les Pères maristes, la congrégation religieuse au sein de laquelle il passera les dix-sept années suivantes de son sacerdoce.
Portrait photographique de saint Pierre-Julien Eymard, avant 1868, photographe non identifié, via la Congrégation du Saint-Sacrement — domaine public.
Ce qu'il vit dans les quartiers pauvres de Paris
C'est à Paris, dans les années 1850, que le ministère d'Eymard prend le tournant qui définira le reste de sa vie. En poste dans les quartiers les plus pauvres de la ville, il se trouve confronté directement à une forme d'abandon religieux silencieux : des enfants atteignant l'adolescence sans jamais avoir été correctement préparés à leur première communion, des adultes complètement éloignés des sacrements bien qu'habitant à quelques pas d'une église paroissiale. Ce n'était pas que les églises manquaient. C'était que l'Eucharistie elle-même, aux yeux d'Eymard, était devenue presque une pensée seconde dans la vie paroissiale ordinaire — présente, techniquement, mais non traitée comme le centre de quoi que ce soit.
En 1849, à la basilique Notre-Dame-des-Victoires à Paris, il découvre l'Association des Adorateurs nocturnes, un groupe voué à une adoration eucharistique continue, jour et nuit. Cette expérience le convainc que l'adoration du Saint-Sacrement doit être davantage qu'une dévotion pratiquée en marge — elle doit devenir le centre organisateur d'une vie religieuse tout entière.
Quitter les Maristes
Ses supérieurs maristes ne partagent pas cette conviction, du moins pas assez pour soutenir la construction d'une communauté entièrement nouvelle autour d'elle ; la vision qu'Eymard décrit dépasse ce pour quoi le charisme mariste avait été conçu, et il est écarté de Paris. Plutôt que de laisser mourir son idée, Eymard demande — et obtient — la permission de quitter les Maristes en 1856, à quarante-cinq ans, pour fonder quelque chose à lui : la Congrégation du Saint-Sacrement, connue familièrement sous le nom de Sacramentins. Deux ans plus tard, en 1858, en collaboration avec Marguerite Guillot, il fonde une branche féminine sœur, les Servantes du Saint-Sacrement.
Il vaut la peine d'être honnête sur ce qui suivit, plutôt que de sauter directement à une réussite bien lissée. Les premières années de la nouvelle congrégation furent véritablement difficiles : problèmes financiers, fondations qui échouèrent purement et simplement, conflits internes dans la communauté naissante, et un épuisement physique qui coûta cher à Eymard lui-même. Il fallut sept années de ce genre d'épreuves avant que le pape Pie IX n'accorde à la congrégation son approbation ecclésiastique formelle en juin 1863 — un rappel qu'un fondateur qui quitte un ordre établi pour suivre une conviction ne se garantit rien, sinon, au moins au début, un chemin plus difficile.
« Réellement et substantiellement présent »
Les propres écrits d'Eymard sur l'Eucharistie furent plus tard rassemblés en un recueil en plusieurs volumes, dont un ouvrage intitulé « La Présence réelle ». Dans une section appelée « Le Voile eucharistique », il formule en termes simples la conviction qui avait porté toute la seconde partie de sa vie : le Christ, écrit-il, « est réellement et substantiellement présent dans la Sainte Eucharistie ». C'est une phrase qui se lit presque comme un résumé de tout le reste de sa vie — le ministère dans les quartiers pauvres, la rupture avec les Maristes, les années épuisantes des débuts de la nouvelle congrégation — tout cela organisé autour de cette seule affirmation sur ce qu'est réellement l'Eucharistie, et non ce qu'elle représente seulement.
Canonisation et le titre qui s'ensuivit
Eymard meurt le 1er août 1868, de retour dans sa ville natale de La Mure, épuisé par les exigences de l'œuvre qu'il avait entreprise. Le pape Pie XI le béatifie le 12 juillet 1925, et le pape Jean XXIII le canonise le 9 décembre 1962. Le pape Jean-Paul II lui donnera plus tard le titre d'« apôtre de l'Eucharistie », une appellation bien trouvée pour un prêtre dont tout le ministère d'adulte, une fois sa voie trouvée, ne s'écarta plus jamais de ce sujet.
Eymard ne porte pas de patronage traditionnel marqué comme tant d'autres saints — aucun métier, aucune situation de vie, aucun pays ne l'invoque formellement — et il ne serait pas honnête de lui en inventer un. Sa fête est célébrée le 2 août, décalée d'un jour par rapport à sa date réelle de décès pour éviter de coïncider avec celle de saint Alphonse de Liguori. Ce dont on se souvient de lui n'est pas un patronage, mais un seul argument, soutenu par toute sa vie : que l'Eucharistie mérite d'être le centre de la dévotion chrétienne, et non sa marge silencieuse.






