Saint Marcellin Champagnat
Né l'année où débuta la Révolution
Marcellin Champagnat naît le 20 mai 1789 à Marlhes, en France — la même année que le début de la Révolution française, une coïncidence de calendrier qui fait que toute son enfance se déroule sur fond d'un pays en train de bouleverser puis de reconstruire sa relation avec l'Église catholique. Il est ordonné prêtre le 22 juillet 1816, entrant dans le ministère au sein d'une France qui cherche encore, au lendemain de la Révolution, à définir ce que seraient la vie paroissiale et l'enseignement catholique.
Ravery, Portrait de Marcellin Champagnat, fondateur des Frères Maristes, 1840 — domaine public.
Un adolescent mourant qui ne connaissait rien de la foi
L'événement qui va réorienter le sacerdoce de Champagnat survient tôt, et il survient à un seul chevet. Il est appelé auprès d'un garçon de seize ans mourant — et découvre, à sa véritable détresse, que ce garçon ignore presque tout des éléments les plus élémentaires de l'enseignement catholique, bien qu'il ait nominalement grandi dans la foi. Ce n'est pas l'échec isolé d'une seule famille ou d'une seule paroisse ; c'est le symptôme exact du vide que la France rurale post-révolutionnaire avait creusé en matière d'éducation religieuse, en particulier pour les enfants dont les familles n'avaient aucun accès à un enseignement catholique formel. Champagnat, déjà connu pour ce qu'il décrivait comme un « grand zèle pour les pauvres », quitte ce chevet convaincu que l'Église a besoin de quelque chose qui n'existe pas encore : des frères religieux dont toute la vocation serait d'enseigner à des enfants comme ce garçon, avant qu'il ne soit trop tard.
Deux disciples dans une chambre louée
Champagnat n'attend pas longtemps pour agir sur cette conviction. Le 2 janvier 1817 — à peine quelques mois après son ordination — il réunit ses deux premiers disciples et fonde les Petits Frères de Marie, l'ordre qui deviendra les Frères Maristes. On peut difficilement imaginer début plus modeste pour un ordre religieux : deux jeunes gens, un jeune prêtre, et un engagement commun à enseigner à des enfants que l'Église, sinon, ne parvenait pas à atteindre.
L'année suivante, en 1818, Champagnat ouvre la première école mariste, et la manière dont il la conçoit révèle exactement le problème qu'il cherchait à résoudre. Il bâtit l'emploi du temps de l'école autour des rythmes de la vie agricole rurale, afin que les enfants dont les familles avaient besoin du travail à certaines périodes de l'année puissent tout de même y assister. Il fixe les frais de scolarité à un niveau accessible à la plupart des familles locales, et pour celles qui ne pouvaient rien payer du tout, il offre l'instruction gratuitement. Ce n'était pas un engagement abstrait envers l'enseignement catholique en général — c'était une réponse concrète, destinée précisément aux enfants laissés pour compte.
Une pièce d'un projet mariste plus vaste
Champagnat n'agissait pas seul lorsqu'il fonda ses frères enseignants. Il faisait partie d'un petit groupe de séminaristes de Lyon, dont Jean-Claude Colin, qui s'étaient engagés ensemble à bâtir une famille mariste plus large — prêtres, frères, sœurs et, plus tard, une branche laïque — tous placés sous le patronage de Marie et modelés sur l'idée de travailler discrètement et efficacement plutôt que de rechercher la reconnaissance, une approche que les membres du groupe résumaient parfois en disant vouloir être présents dans l'Église comme Marie elle-même l'avait été aux origines de l'Église primitive : réelle, essentielle, mais rarement au centre de l'attention. Les frères enseignants de Champagnat devinrent la branche de cette famille mariste plus large spécifiquement consacrée à l'éducation, tandis que Colin fondait de son côté les Pères Maristes ; les deux projets grandirent côte à côte, partageant un nom et une vision spirituelle commune, tout en se développant comme des instituts formellement distincts.
La présence plutôt que la punition
Ce qui rendait l'approche pédagogique de Champagnat singulière, selon les témoignages des frères formés directement par lui, n'était pas un programme particulier mais une manière d'être : il exigeait que ses frères connaissent individuellement leurs élèves, traitent la discipline comme une formation plutôt qu'une punition, et restent simplement, visiblement présents parmi les enfants plutôt que de gouverner à distance. C'était un modèle nettement plus doux que la discipline scolaire habituelle de l'époque, et il reflétait la conviction propre de Champagnat, tirée directement de cette première rencontre au chevet d'un mourant, que les enfants se sentant méconnus et indésirables aux yeux des adultes qui les entouraient étaient précisément ceux les plus susceptibles d'être perdus pour la foi. Cette même insistance sur une présence simple, directe et personnelle est demeurée une marque caractéristique de l'éducation mariste, bien longtemps après que l'ordre se soit répandu bien au-delà de la France rurale.
Reconnu, béatifié, canonisé
Champagnat meurt le 6 juin 1840, après avoir passé ses dernières décennies à faire croître l'ordre bien au-delà de cette première chambre louée, en un réseau grandissant d'écoles maristes. La reconnaissance officielle de l'Église suivit au cours du siècle et demi suivant : le pape Benoît XV le déclare Vénérable le 11 juillet 1920, le pape Pie XII le béatifie le 29 mai 1955, et le pape Jean-Paul II le canonise le 18 avril 1999.
Le miracle reconnu pour sa canonisation est remarquablement bien documenté selon les critères modernes. Le frère Heriberto Weber souffrait d'une grave affection pulmonaire ; après qu'une neuvaine implorant l'intercession de Champagnat eut été menée par les Frères Maristes et leurs élèves, Weber guérit — une guérison confirmée le 26 juillet 1976 par radiographie et analyse médicale, montrant que la maladie avait tout simplement disparu. C'est le genre de cas que l'Église traite comme un fondement authentique pour une canonisation, précisément parce qu'il a été examiné et documenté par des moyens médicaux ordinaires, et non affirmé sur la seule foi.
Patron de l'enseignement mariste
La fête de Champagnat est célébrée le 6 juin, jour anniversaire de sa mort, et il est aujourd'hui vénéré comme patron des Frères Maristes et de l'enseignement mariste dans le monde entier — un réseau mondial d'écoles qui a grandi, en deux siècles, à partir des deux disciples qu'il réunit dans les mois qui suivirent la découverte, au chevet d'un adolescent mourant, de tout ce que l'ignorance de la foi pouvait signifier pour l'Église.






