Sainte Rose Philippine Duchesne
Une ambition d'enfance retardée par une révolution
Rose Philippine Duchesne naît le 29 août 1769 à Grenoble, en France, dans une famille aisée, et entre en religion jeune femme chez les Visitandines, attirée dès ses débuts par l'idée d'un travail missionnaire en terres lointaines. Cette ambition devra attendre. La Révolution française déferle dans les années 1790, supprimant les ordres religieux à travers tout le pays et fermant purement et simplement les couvents, et la communauté de Duchesne se disperse avec le reste — elle passe les années révolutionnaires à vivre discrètement, abritant certaines de ses anciennes sœurs, et à préserver la vie religieuse sous quelque forme que les circonstances le permettent encore. Lorsque cela redevient possible, une fois passée la phase la plus violente de la Révolution, elle œuvre à faire renaître une communauté religieuse sur le site de son ancien couvent, avant de rejoindre finalement la toute jeune Société du Sacré-Cœur, congrégation enseignante, en 1804 — plus d'une décennie après que les bouleversements eurent, pour la première fois, interrompu ses projets.
Artiste inconnu, portrait de Rose Philippine Duchesne, fin XIXe ou début XXe siècle, Société du Sacré-Cœur — domaine public.
Une porte qui s'ouvre enfin
Duchesne passe les années suivantes à réclamer à ses supérieures une mission en Amérique, une demande restée longtemps sans réponse alors même qu'elle poursuit son travail en France. Elle finit par l'obtenir en 1818, lorsqu'elle est envoyée, avec une poignée d'autres Religieuses du Sacré-Cœur, dans le Territoire de la Louisiane — devenu entre-temps partie des jeunes États-Unis — pour y établir les premières maisons et écoles de la congrégation sur la frontière américaine. Elle a alors près de 49 ans, un âge auquel la plupart des missionnaires, à toute époque, achèvent une carrière plutôt qu'ils n'en commencent une. Elle et ses compagnes s'installent à Saint-Charles, dans le Missouri, où elles ouvrent une école dans une cabane en rondins qui devient la première école gratuite à l'ouest du Mississippi, enseignant aux filles des colons puis, bientôt, à des enfants amérindiens également. Au fil des années suivantes, elle contribue à fonder plusieurs autres écoles et couvents sur la frontière du Missouri, dans des conditions de dénuement matériel réel, et rarement avec le confort ou les moyens qu'elle avait connus en France.
Apprendre à prier dans une langue qui n'était pas la sienne
Dans ses dernières années de ministère actif, alors qu'elle est déjà bien avancée dans la soixante-dizaine, Duchesne s'installe dans une mission auprès des Potawatomi, à Sugar Creek, au Kansas, où elle s'efforce d'apprendre un peu de leur langue et de leurs coutumes, même si l'âge et une santé déclinante limitent désormais ce qu'elle peut encore accomplir dans l'enseignement actif. Ce qu'elle peut faire, et fait sans relâche, c'est prier — de longues heures de silence, jour après jour, une habitude que les Potawatomi qui l'entourent remarquent et à laquelle ils donnent un nom : ils l'appellent, dans un récit souvent rendu par « Quah-kah-ka-num-ad », « la femme qui prie toujours ». C'est un surnom plutôt qu'un titre officiel, mais il est devenu l'un des détails les plus durables attachés à sa mémoire, résumant une femme dont la contribution, dans le grand âge, était passée de l'enseignement actif à une forme de dévotion constante et visible, que la communauté autour d'elle reconnaissait et respectait.
Canonisation et un patronage d'un genre inhabituel
Rose Philippine Duchesne meurt à Saint-Charles, dans le Missouri, le 18 novembre 1852, après avoir passé plus de trois décennies sur la frontière américaine, à la suite d'une vie déjà bien remplie en France. Le pape Jean-Paul II la canonise en 1988, et sa fête est célébrée le 18 novembre. Elle ne porte pas un patronage unique et formellement établi comme certains saints — on l'honore avant tout au sein de la Société du Sacré-Cœur comme une figure fondatrice de ses missions américaines —, mais son histoire a pris, chez ceux qu'elle touche, une forme de patronage informel qui lui est propre : la preuve qu'une vocation missionnaire exigeante et physiquement éprouvante peut commencer, et non s'achever, à un âge où l'on dit à la plupart des gens que leurs années de labeur sont derrière elles.






