Sainte Syncletique d'Alexandrie
Une fortune donnée, une vie délibérément cachée
Les dates traditionnelles de Syncletique — née vers 270, morte vers 350 à environ 80 ans — relèvent de la reconstruction plutôt que d'un fait historique établi, et il vaut mieux le dire d'emblée. Sa famille, d'origine macédonienne, s'était installée à Alexandrie, en Égypte romaine, où elle naquit dans une richesse considérable. Elle eut deux frères morts en bas âge, et une sœur, aveugle depuis son plus jeune âge, avec laquelle elle resta étroitement liée toute sa vie. Après la mort de leurs parents, Syncletique prit une décision qui bouleversait tout ce à quoi sa position sociale semblait la destiner : elle donna la fortune familiale, se coupa les cheveux, et se retira avec sa sœur aveugle dans un tombeau ou une crypte aménagée aux portes de la ville, choisissant délibérément le genre d'anonymat qu'une jeune femme riche et, dit-on, belle, n'était jamais censée rechercher à son époque.
Ménologe de Basile II, Vénérable Syncletique d'Alexandrie, vers 985, Bibliothèque vaticane (Vat. gr. 1613) — domaine public.
Une maîtresse malgré elle
Cette tentative de disparaître ne réussit pas, du moins pas durablement. Malgré les efforts de Syncletique pour vivre dans une réclusion véritable, sa réputation se répandit, et des femmes se mirent à venir la chercher pour recevoir un enseignement spirituel. Elle finit par être connue comme une « Amma » — le pendant féminin du titre d'« Abba » donné aux maîtres spirituels masculins du mouvement monastique du désert, qui transformait alors la vie religieuse chrétienne à travers l'Égypte et l'ensemble du monde méditerranéen. Qu'elle ait exercé ce type d'autorité d'enseignement reconnue, à égalité avec les pères du désert dont les noms sont aujourd'hui bien mieux retenus, constitue l'un des détails les plus singuliers et les plus importants de son histoire.
Vingt-huit de ses paroles sont conservées dans les Apophtegmes des Pères du désert, compilation du VIe siècle rassemblant les enseignements attribués aux premiers guides du mouvement monastique. Ses paroles se distinguent au sein de ce recueil par leur usage marqué d'images maritimes et de travail domestique — le genre d'images concrètes et pratiques qui parlaient à des gens n'ayant jamais mis les pieds dans une salle de classe, mais qui connaissaient les navires, les outils et le travail du foyer. L'un des exemples les plus cités, tiré de cette tradition, compare l'humilité aux clous qui assemblent la charpente d'un navire : sans elle, enseignait-elle, le salut n'est pas possible, pas plus qu'un navire ne peut être construit sans clous.
Un enseignement qui prenait la souffrance au sérieux
Au-delà de l'image du clou et du navire, les paroles conservées de Syncletique reviennent sans cesse à un thème que beaucoup de pères du désert, y compris la figure fondatrice du mouvement, saint Antoine le Grand, mettaient eux aussi en avant : la vie spirituelle est une lutte continue, non un renoncement spectaculaire unique suivi de la paix. On se souvient d'elle pour avoir décrit le chemin ascétique par étapes, comparant les premiers efforts de discipline personnelle à l'allumage d'un feu avec du bois humide — difficile, fumant, lent à prendre, mais cédant finalement la place à une flamme plus stable, exigeant bien moins d'efforts à entretenir. Elle enseignait aussi, plus crûment, que se retirer du monde ne met pas fin à la tentation mais la déplace plutôt : un moine ou une moniale en réclusion doit encore livrer les mêmes combats intérieurs que quiconque, simplement sans les distractions habituelles permettant d'adoucir ou de retarder ce combat.
Cet enseignement prend un poids supplémentaire au regard de la manière dont Syncletique elle-même mourut. La tradition rapporte qu'elle endura environ trois années de maladie avant sa mort, une affection douloureuse touchant la bouche et la gorge, qui finit par la priver de la parole durant ses derniers mois. Les générations suivantes de ses admirateurs lurent cette souffrance prolongée non comme une contradiction de son enseignement sur la discipline et la persévérance, mais comme sa leçon ultime et la plus exigeante — une femme qui avait passé des décennies à enseigner aux autres comment tenir bon dans l'épreuve, affrontant une maladie qui lui donnait toutes les raisons de mettre à l'épreuve ce même enseignement sur elle-même.
Ce que l'on peut, et ne peut pas, affirmer avec certitude
La source biographique centrale sur la vie de Syncletique, connue simplement sous le nom de « Vie de Syncletique », a traditionnellement été attribuée à Athanase d'Alexandrie, le grand théologien mort en 373. Cette attribution se heurte à un problème immédiat : le texte ne fut en réalité publié que vers 450, soit près de huit décennies après la mort d'Athanase, ce qui rend son attribution à lui presque certainement fausse. Certains chercheurs sont allés plus loin encore, suggérant que « Syncletique » pourrait fonctionner dans cette littérature davantage comme une figure composite ou littéraire représentant un idéal de sagesse ascétique que comme une personne historique précisément documentée dont la biographie pourrait être jugée fiable dans ses détails. La position honnête est mixte : ses paroles appartiennent à une tradition des Apophtegmes raisonnablement bien attestée, citée et recopiée pendant des siècles, tandis que le récit détaillé de sa vie — ses circonstances familiales exactes, la forme précise de sa jeunesse — mérite une réelle prudence plutôt qu'un récit présenté comme un fait établi.
Aucun miracle rapporté, et une vénération fondée sur autre chose
Un dernier détail distingue Syncletique de la plupart des saints de son époque, ancienne ou non : aucun miracle, de son vivant ou après sa mort, ne lui est attribué nulle part dans la tradition. Elle mourut après une maladie de trois ans, traditionnellement décrite comme une forme de cancer affectant la bouche et la gorge, vers l'âge de 80 ans. Sa vénération — partagée par les traditions catholique, orthodoxe orientale, orthodoxe orientale non chalcédonienne et anglicane, et marquée par une fête le 5 janvier dans le calendrier catholique et le 6 janvier dans la tradition orthodoxe — repose entièrement sur son enseignement et son exemple, non sur une quelconque intercession miraculeuse. Dans une littérature monastique pleine de prodiges spectaculaires, cette absence mérite en elle-même d'être remarquée : l'autorité de Syncletique venait de ce qu'elle disait et de la manière dont elle vivait, non de quoi que ce soit de plus extraordinaire.






