La Dormition de la Vierge Marie

Une vieille légende, tenace à travers les siècles, raconte que les apôtres — dispersés aux quatre coins du monde connu pour prêcher l'Évangile — furent soudain transportés sur des nuées jusqu'à une petite maison de Jérusalem, réunis au chevet d'une femme mourante qu'aucun d'eux ne s'attendait à perdre. Un seul, Thomas, arriva trop tard. Ce qu'il trouva à la place d'un corps est le premier indice d'une question à laquelle l'Église, depuis, n'a jamais répondu qu'à moitié : l'histoire de Marie s'est-elle seulement terminée par une mort ?
The Dormition of the Virgin Mary
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Deux noms pour un même départ

En Orient chrétien, ce qui est arrivé à Marie à la fin de sa vie porte le nom de Dormition — littéralement, son « endormissement ». En Occident, on parle d'Assomption. Les deux termes renvoient à la même fête, célébrée le 15 août, et à la même conviction de fond : Marie aurait été élevée corps et âme à la gloire céleste, plutôt que de simplement reposer en terre comme n'importe quelle dépouille humaine. Mais ces deux noms recouvrent une nuance théologique bien réelle, même si elle reste étroite. L'enseignement orthodoxe affirme sans détour que Marie mourut d'une mort naturelle, comme son Fils avant elle, avant que son corps ne soit relevé et emporté au ciel. Le dogme catholique, défini des siècles plus tard, se garde soigneusement de trancher sur ce point précis — une réserve qui, on le verra, fut voulue et non accidentelle.

Une icône montrant la Vierge Marie allongée sur un lit funéraire entourée d'apôtres en pleurs, avec le Christ debout derrière elle tenant son âme, représentée sous la forme d'un petit enfant enveloppé de blanc.

Le Greco, Dormition de la Vierge, v. 1567, église de la Dormition-de-la-Vierge, Ermoúpolis, Syros — domaine public.

Un dogme prudent sur ce qu'il ne dit pas

L'Assomption n'est devenue un dogme catholique formellement défini qu'en 1950, lorsque le pape Pie XII publia la constitution apostolique Munificentissimus Deus. Sa formule dogmatique est précise : Marie, « à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste ». Remarquez ce qu'elle ne dit pas : à aucun moment il n'est affirmé que Marie serait morte. Ce silence fut un choix délibéré, laissant la question de sa mort au rang d'une opinion pieuse largement répandue chez les catholiques, plutôt qu'à celui d'un article de foi obligatoire — bien que des papes plus récents, dont Jean-Paul II, aient personnellement évoqué une mort naturelle de sa part. Cette nuance compte pour quiconque cherche à distinguer l'enseignement défini de l'Église de la tradition pieuse : le dogme, c'est l'Assomption elle-même ; la manière dont elle serait morte, et même le fait qu'elle soit morte, demeure, bien intentionnellement, une question ouverte.

Thomas, et un tombeau vide

Bien avant 1950, pourtant, la piété populaire avait déjà sa propre réponse, vivante et imagée, conservée dans un ensemble de textes que les spécialistes regroupent sous le nom de Transitus Mariae (« le passage de Marie »), rédigés entre le IVe et le VIe siècle sous des titres comme De Obitu S. Dominae ou De Transitu Virginis. Ce sont des textes apocryphes — extérieurs à la Bible, jamais reconnus par l'Église comme Écriture — mais leur récit a nourri des siècles d'art sacré, dont l'icône reproduite ci-dessus. On y voit les apôtres, dispersés à travers le monde par leurs missions respectives, miraculeusement réunis au chevet de Marie mourante à Jérusalem. Tous, sauf Thomas, retardé, qui n'arrive qu'après qu'elle a déjà été mise au tombeau. Lorsqu'on ouvre celui-ci pour lui, il est vide — rempli de fleurs, selon certaines versions — refermant sur la vie de Marie le même motif que le récit de Pâques avait refermé, autrefois, sur celle de son fils. C'est un beau récit, mais la Catholic Encyclopedia le rappelle sans détour : le dogme de l'Assomption ne repose pas réellement sur ces légendes ; il s'appuie plutôt sur la vénération ancienne et quasi universelle de cette croyance au sein de l'Église, et sur un raisonnement théologique portant sur ce qui convient à la mère choisie pour porter Dieu.

Là où l'Orient et l'Occident ne s'accordent pas tout à fait

Comparée à Notre-Dame de Fátima ou à Notre-Dame de Lourdes — des apparitions que l'Église catholique n'a examinées et prudemment reconnues que des années plus tard — la Dormition/Assomption est un cas où deux traditions chrétiennes anciennes s'accordent déjà sur presque tout, et ne divergent que sur un point précis et limité. La théologie orthodoxe affirme pleinement la mort de Marie comme une réalisation concrète de la résurrection promise à tout chrétien ; l'enseignement catholique laisse ce même détail ouvert, par choix, traitant la manière dont elle est morte comme une tradition plutôt que comme un dogme. Ni l'un ni l'autre camp ne considère cela comme un différend à trancher : moins un désaccord que deux réponses apparentées à une question qu'aucun des deux ne semble pressé de refermer.

Trivia

Quelle est la différence entre la Dormition et l'Assomption de Marie ?
Les deux termes désignent la même fête du 15 août et la même croyance fondamentale — que Marie fut élevée corps et âme à la gloire céleste à la fin de sa vie terrestre — mais l'enseignement orthodoxe affirme qu'elle est d'abord morte d'une mort naturelle, tandis que le dogme catholique, défini en 1950, laisse volontairement cette question ouverte.
Qu'a réellement déclaré le pape Pie XII en 1950 ?
Dans la constitution apostolique Munificentissimus Deus, il a défini comme dogme que Marie, « à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste » — une formule qui prend soin de ne jamais affirmer qu'elle serait morte au préalable.
Pourquoi certaines Églises orthodoxes célèbrent-elles la fête le 28 août plutôt que le 15 août ?
Les deux dates marquent la même fête ; les Églises qui suivent encore l'ancien calendrier julien pour leur année liturgique célèbrent le 15 août « à l'ancien style », qui correspond aujourd'hui au 28 août dans le calendrier grégorien utilisé par la majeure partie du monde.
D'où vient l'histoire de Thomas et du tombeau vide ?
Du Transitus Mariae, un ensemble de textes apocryphes (extérieurs aux Écritures) rédigés entre le IVe et le VIe siècle — non de la Bible, et non cités par l'Église comme fondement du dogme de l'Assomption lui-même.
La Dormition ou l'Assomption sont-elles racontées quelque part dans la Bible ?
Aucun livre canonique ne la relate directement ; le dogme catholique s'appuie plutôt sur la vénération ancienne et quasi universelle de cette croyance dans l'Église, ainsi que sur un raisonnement théologique lié à la sainteté unique de Marie, non sur un verset biblique précis ni sur les légendes apocryphes plus tardives.
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