Jésus-Christ Roi

Un roi qui redéfinit le mot sous interrogatoire
De tous les moments que les Évangiles auraient pu choisir pour aborder directement la royauté de Jésus, ils choisissent son procès — quelques heures avant son exécution, sous l'interrogatoire de l'homme qui a le pouvoir d'ordonner sa mort. Interrogé sans détour à ce sujet, Jésus ne nie pas le titre : « Mon royaume n'est pas de ce monde, répondit Jésus. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais maintenant mon royaume n'est point d'ici-bas » (Jean 18,36, Louis Segond). C'est une réponse qui accepte le mot « roi » tout en déplaçant entièrement ce sur quoi ce mot repose — non pas un territoire, non pas une armée, non pas le pouvoir que Pilate détient réellement sur lui.
Fresque de la Maiestas Domini, église Saint-Just-et-Saint-Pasteur, Ségovie — photo de José Luis Filpo Cabana, CC BY-SA 4.0.
Une royauté liée à la vérité, non à la force
Pilate insiste : « Pilate lui dit : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix » (Jean 18,37, Louis Segond). C'est une redéfinition frappante à offrir précisément au moment où elle présente le moins d'avantage pratique — Jésus ne gagne rien stratégiquement à revendiquer un royaume bâti sur la vérité plutôt que sur le pouvoir, se tenant comme il l'est devant quelqu'un qui pourrait simplement le faire mettre à mort quelle que soit sa réponse.
Un pape face à un monde en morceaux
Dix-neuf siècles plus tard, le pape Pie XI observait une Europe remodelée par la Première Guerre mondiale — des empires effondrés, un sécularisme montant, et un nationalisme se durcissant en idéologies qui finiraient par produire une seconde guerre mondiale. Dans son encyclique de 1925, Quas Primas, il soutint que bon nombre des maux de l'époque tenaient à une cause simple : sociétés et individus avaient chassé l'autorité du Christ aussi bien de leur vie privée que de leur politique, ne laissant plus d'autre instance à laquelle répondre que l'État ou la nation elle-même.
Une fête placée délibérément au bord du calendrier
Sa réponse fut d'instituer la fête du Christ Roi, célébrée à l'origine le dernier dimanche d'octobre, juste avant la Toussaint. En 1970, sa célébration fut déplacée au dernier dimanche de l'année liturgique de l'Église — un placement délibéré, clôturant tout un cycle annuel de lectures et de célébrations par un retour à cette même affirmation que Jésus fit sous interrogatoire deux mille ans plus tôt : un royaume assez réel pour mériter d'être reconnu, bâti sur rien que l'État puisse accorder ou reprendre.
Trivia
Qu'a réellement dit Jésus sur sa royauté lors de son procès ?
Comment Pilate a-t-il réagi, et qu'a répondu Jésus ensuite ?
Pourquoi le pape Pie XI a-t-il créé la fête du Christ Roi en 1925 ?
Quand cette fête est-elle célébrée ?



