Bienheureux Fra Angelico
Un peintre devenu frère, ou un frère qui se trouvait peindre
Fra Angelico naquit Guido di Pietro vers 1395 à Rupecanina, dans la campagne toscane, et dès le début de sa vingtaine il était déjà actif comme peintre à Florence avant d'entrer chez les dominicains, au couvent de Fiesole, probablement vers 1420, prenant le nom religieux de Fra Giovanni. « Fra Angelico » — à peu près, « le frère angélique » — ne fut jamais son nom religieux véritable ; c'est un surnom populaire qui s'est imposé après sa mort, un témoignage de la manière dont ses contemporains associaient si étroitement sa peinture à une dévotion authentique plutôt qu'à un simple savoir-faire technique. On le désigne aussi parfois par l'honorifique « Il Beato Angelico », reflétant sa béatification ultérieure.
Fra Angelico, L'Annonciation, fresque, vers 1440-1445, couvent de San Marco, Florence — domaine public.
En tant que dominicain, la vie d'Angelico suivit les rythmes ordinaires de l'ordre — prière communautaire, étude, obéissance aux supérieurs — et sa peinture se développa aux côtés de cette formation religieuse plutôt qu'à l'écart d'elle. Il se forma dans les traditions d'atelier florentines, absorbant les innovations du début de la Renaissance qui l'entouraient, notamment un intérêt croissant pour la perspective et l'espace naturaliste, tout en conservant la clarté dévotionnelle et la luminosité du fond d'or plus associées à la tradition antérieure du retable gothique. Il en résulta un style singulier, capable de paraître presque étonnamment moderne dans son usage de l'espace architectural tout en restant résolument tourné vers la prière plutôt que vers l'exposition.
Des fresques destinées à un public d'un seul
Le chef-d'œuvre d'Angelico vint dans les années 1440, lorsque la communauté dominicaine s'installa dans un couvent reconstruit, San Marco, à Florence, financé en grande partie par Cosme de Médicis. Angelico dirigea la décoration de l'ensemble du complexe, et la partie la plus remarquable de ce projet est aussi celle que les touristes ordinaires visitent le moins, encore aujourd'hui : des dizaines de petites fresques, une par pièce, peintes directement sur les murs des cellules individuelles où les frères dormaient, étudiaient et priaient en solitude.
Ce n'étaient pas des commandes destinées à afficher la richesse du couvent ou le talent d'Angelico aux yeux de visiteurs extérieurs. Chaque fresque de cellule dépeint une scène de la vie du Christ — la Crucifixion, la Transfiguration, le Noli me tangere — rendue avec une simplicité et une sobriété tranquille qui contrastent délibérément avec les compositions plus élaborées et chargées, courantes dans les commandes publiques de l'époque. Les historiens de l'art lisent depuis longtemps cette sobriété comme intentionnelle : une fresque destinée à être vue quotidiennement, seul, par un unique frère cherchant à entrer dans la scène par la prière, requiert un langage visuel différent de celui d'un retable destiné à impressionner une assemblée. La plus célèbre de toutes ces images, l'Annonciation en haut de l'escalier principal du couvent, obtient son effet par une simplicité presque nue — Gabriel agenouillé devant Marie dans une loggia sans ornement, sans rien de l'encombrement décoratif typique des commandes religieuses les plus grandioses de l'époque.
Rome, et une chapelle vaticane qui survécut à son peintre
La réputation d'Angelico finit par le conduire à Rome, où le pape Eugène IV puis le pape Nicolas V l'employèrent pour d'importantes commandes, dont des fresques pour une chapelle privée du Vatican — la chapelle Nicoline — représentant des scènes de la vie des premiers martyrs-diacres saint Étienne et saint Laurent. Il travailla aussi à la cathédrale d'Orvieto sur un cycle de fresques achevé plus tard par Luca Signorelli. Ces commandes papales montrent un registre différent du travail d'Angelico — plus public, plus monumental — mais la même combinaison de sophistication technique et de sérieux dévotionnel indéniable qui marquait ses fresques de cellules à Florence.
Il mourut à Rome le 18 février 1455, et fut enterré dans l'église dominicaine de Santa Maria sopra Minerva, où sa tombe se trouve toujours.
D'un peintre respecté au patron des artistes
La réputation de sainteté véritable de Fra Angelico circula pendant des siècles aux côtés de sa réputation de peintre — les premiers biographes, dont Giorgio Vasari au seizième siècle, le décrivirent comme un homme d'une humilité exceptionnelle qui pleurait, dit-on, en peignant des scènes de la Crucifixion et refusait de retoucher son travail une fois commencé, traitant l'acte même de peindre comme une forme de prière plutôt qu'un simple métier. Que chaque détail de ces récits anciens soit strictement documenté ou ait pris, au fil des siècles, quelque vernis légendaire, le fil constant qui traverse cinq cents ans de témoignages reste le même : contemporains et générations suivantes n'ont jamais vu de véritable séparation entre l'excellence artistique d'Angelico et sa sainteté personnelle.
Cette réputation finit par devenir une reconnaissance formelle. Le pape Jean-Paul II le béatifia le 3 octobre 1982, et deux ans plus tard, en 1984, le déclara patron des artistes catholiques, citant explicitement, dans ses propres mots, l'intégrité parfaite de la vie d'Angelico ainsi que la beauté presque divine des images qu'il peignait. Sa fête est célébrée le 18 février, date de sa mort — et ses fresques de cellules à San Marco demeurent, à ce jour, visibles par quiconque est disposé à gravir le même escalier que les frères jadis, un rare exemple d'art dévotionnel privé du quinzième siècle ayant survécu essentiellement dans son cadre d'origine.






