Saint Luc l'Évangéliste — Peintre

Un médecin païen qui rejoignit Paul
Luc naquit à Antioche, l'une des grandes cités de l'Empire romain d'Orient, dans une famille païenne, et exerça comme médecin — un Grec de Syrie qui ne rencontra jamais personnellement Jésus durant son ministère terrestre. Ce seul fait rend Luc singulier parmi les évangélistes : contrairement à Matthieu et Jean, traditionnellement comptés parmi les Douze Apôtres, Luc dut composer son récit de seconde main, en s'appuyant sur le témoignage de témoins oculaires — une méthode qu'il expose lui-même ouvertement dans les premières lignes de son Évangile, où il dit avoir tout examiné avec soin depuis l'origine afin d'en écrire « un récit ordonné ». Après avoir entendu saint Paul parler du Christ, Luc embrassa la foi et ne quitta plus son côté, devenant l'un de ses plus proches compagnons de voyage lors de ses missions à travers l'Asie Mineure et la Grèce, et le suivant jusqu'à son martyre à Rome, vers l'an 67. L'épître aux Colossiens le nomme « le médecin bien-aimé », un titre resté attaché à son nom depuis lors, et qui traduit combien Paul appréciait sa compagnie, en particulier durant sa dernière captivité.
Représentation traditionnelle de saint Luc l'Évangéliste — domaine public.
Le plus long Évangile, et le récit qui le prolonge
Luc est l'auteur de l'Évangile qui porte son nom — le plus long des quatre — ainsi que du livre des Actes, qui relate les toutes premières années de la communauté chrétienne après l'ascension de Jésus, de la Pentecôte aux missions de Paul jusqu'à son arrestation finale à Rome. Ensemble, ces deux œuvres constituent la plus grande contribution d'un seul auteur au Nouveau Testament, plus importante encore que l'ensemble des lettres de Paul, rédigée par un homme contraint de s'en remettre entièrement au témoignage d'autrui pour des événements qu'il n'avait pas personnellement vécus. L'Évangile de Luc se distingue par son attention aux pauvres, aux femmes et aux marginaux — il est le seul à rapporter la parabole du bon Samaritain et celle du fils prodigue, et il donne beaucoup plus de détails que les autres Évangiles sur les événements entourant la naissance de Jésus et le rôle de Marie, ce qui nourrira plus tard directement la tradition associant Luc à son image.
Un peintre, selon une tradition bien plus tardive
Luc est aujourd'hui également vénéré comme le patron des peintres et des artistes, des médecins, des chirurgiens, et de plusieurs autres professions. Selon la tradition, il fut la première personne à peindre le visage de Marie, produisant une icône si précieuse que des copies en furent vénérées à travers tout le monde chrétien pendant des siècles — mais cette réputation artistique ne fut reconnue qu'à partir du sixième siècle, et selon certains récits pas avant le huitième, bien après sa propre existence, et aucun écrit de son époque ne le mentionne comme peintre. Dans l'orthodoxie orientale en particulier, la tradition de Luc comme peintre d'icônes de Marie et de Jésus s'ancra profondément dans l'art et la pratique dévotionnels, de nombreuses icônes conservées dans des églises orthodoxes de Russie, de Grèce et d'ailleurs étant présentées, par la tradition locale, comme son œuvre originale ou une copie fidèle — des affirmations qui témoignent surtout de la profondeur de la dévotion plutôt que d'un fait historique vérifié.
Le symbole du bœuf, et un héritage transporté à travers les siècles
Dans l'art chrétien, Luc est traditionnellement représenté par le bœuf ailé, l'un des quatre êtres vivants décrits dans l'Apocalypse et, plus tôt encore, dans la vision d'Ézéchiel — symbole lié aux thèmes sacrificiels et sacerdotaux qui traversent son Évangile, par opposition aux symboles traditionnellement donnés aux trois autres évangélistes (un homme pour Matthieu, un lion pour Marc, un aigle pour Jean). La tradition veut que Luc soit mort à quatre-vingt-quatre ans, célibataire et sans enfants, et ait été enseveli à Thèbes, en Grèce. Ses reliques furent plus tard transférées à Constantinople sous l'empereur byzantin Constance II, puis finalement à la basilique Sainte-Justine de Padoue, où elles demeurent aujourd'hui aux côtés de reliques que l'on croit être celles de l'apôtre Matthias. Les Églises orthodoxe orientale et catholique romaine le vénèrent toutes deux le 18 octobre, honorant un médecin devenu historien puis, selon la légende plus tardive, peintre — une figure rare dont on se souvient autant pour la méthode rigoureuse et fondée sur l'enquête derrière son écriture que pour l'art dévotionnel qui s'est développé autour de son nom des siècles plus tard.
Patron d'une profession fondée sur l'observation attentive
La double réputation de Luc, à la fois médecin et évangéliste, en a fait naturellement un patron pour les professionnels de la médecine tout au long de l'histoire de l'Église, et des corporations de médecins et de chirurgiens du Moyen Âge et de la Renaissance se placèrent fréquemment sous sa protection, commandant souvent des retables le représentant avec son bœuf ailé aux côtés d'instruments médicaux. Les académies de peinture l'adoptèrent elles aussi largement comme patron à partir de la fin du Moyen Âge ; l'Accademia di San Luca de Rome, fondée au XVIe siècle et toujours en activité aujourd'hui comme l'une des plus anciennes académies d'art d'Europe, tire son nom directement de lui. Cette combinaison de patronages, médecine et art réunis en un seul saint, reflète quelque chose de véritablement propre à l'Évangile de Luc : l'attention d'un médecin aux détails et à la souffrance humaine, alliée à ce que les générations suivantes en vinrent à percevoir comme une sensibilité presque artistique envers les gens, en particulier les oubliés et les marginaux, dont il choisit de préserver les histoires.
Trivia
Qui était saint Luc l'Évangéliste ?
Quel est le lien de Luc avec la médecine ?
Pourquoi est-il considéré comme le patron des peintres ?
Comment et où mourut-il ?







