Saint Fabien, pape
Une élection décidée par un oiseau, non par un scrutin
Rome, en 236 apr. J.-C., avait besoin d'un nouvel évêque. Le pape Anthère, prédécesseur immédiat de Fabien, était mort après un pontificat de guère plus d'un mois — l'un de plusieurs pontificats étonnamment brefs dans cette période mouvementée de l'histoire de l'Église primitive, une époque où les communautés chrétiennes de Rome ne bénéficiaient que d'une tolérance officielle intermittente et où la direction pouvait changer sans grand préavis. Le clergé de la ville s'était réuni pour choisir le successeur d'Anthère parmi les prétendants évidents — des prêtres expérimentés jouissant d'une véritable autorité dans la communauté. Fabien n'était pas l'un d'eux. Il venait simplement d'arriver de sa ferme, hors de la ville, sans doute pour des raisons n'ayant rien à voir avec la politique ecclésiastique, et se retrouva debout dans la foule le jour de l'élection.
Maître de Messkirch, « Heiliger Fabian als Papst und Märtyrer », vers 1535/40, Kunstsammlungen der Veste Coburg — domaine public.
L'historien Eusèbe, écrivant le siècle suivant avec accès aux anciens registres de l'Église romaine, rapporte qu'une colombe descendit soudain de nulle part et se posa sur la tête de Fabien — et y demeura. Eusèbe établit ici délibérément un écho avec les récits évangéliques de la colombe descendant lors du baptême du Christ, symbole largement compris dans l'écriture chrétienne primitive comme représentant l'Esprit Saint ; que le clergé rassemblé en 236 ait consciemment fait ce même rapprochement sur le moment, ou que les historiens n'aient encadré le récit ainsi qu'après coup, l'effet fut le même. L'assemblée, y voyant le signe que l'Esprit Saint avait déjà fait le choix à leur place, l'élut à l'unanimité et sur-le-champ. C'est l'une des promotions les plus étranges et les plus soudaines de l'histoire primitive de l'Église : un homme arrive paysan et repart pape.
Bâtir l'ossature administrative de l'Église romaine primitive
Quelles qu'aient été les circonstances de son élection, Fabien exerça sa charge avec sérieux pendant les quatorze années qu'il l'occupa — un pontificat d'une longueur et d'une stabilité inhabituelles pour une époque où les dirigeants chrétiens de Rome vivaient sous la menace constante de la persécution, et l'un des plus longs règnes de tout pape avant que la légalisation ultérieure du christianisme par Constantin ne rende la charge considérablement plus sûre à occuper. Il divisa la ville en sept districts ecclésiastiques, chacun placé sous la responsabilité d'un diacre chargé d'organiser la charité envers les pauvres, de tenir les registres, et de veiller sur la communauté chrétienne de ce district. Cette structure donna à la communauté chrétienne romaine, encore largement informelle, quelque chose de plus proche d'une véritable administration locale, coordonnant les secours aux veuves, aux orphelins et aux pauvres à travers une ville qui, en dehors des périodes de persécution active, voyait sa population chrétienne croître régulièrement. C'était un travail administratif de fond sur lequel les papes suivants allaient s'appuyer pendant des générations. Il envoya aussi sept évêques depuis Rome en Gaule comme missionnaires — des hommes dont la tradition française garde le souvenir sous le nom d'« apôtres des Gaules », parmi eux saint Denis de Paris et saint Gatien de Tours — contribuant à implanter les structures de l'Église bien au-delà de l'Italie, un effort missionnaire dont les effets sur la christianisation ultérieure de la Gaule demeurent encore traçables dans les dédicaces de certains des plus anciens sièges épiscopaux de France.
Rattrapé au début d'une nouvelle vague de persécution
Les quatorze années relativement stables de Fabien prirent fin brutalement en janvier 250 apr. J.-C., lorsque l'empereur Dèce lança une persécution à l'échelle de l'empire visant précisément les dirigeants de l'Église, sur l'idée que retirer les évêques ferait s'effondrer les communautés chrétiennes en dessous d'eux. L'édit de Dèce exigeait des citoyens de tout l'empire qu'ils accomplissent un sacrifice public aux dieux romains et obtiennent un certificat attestant qu'ils l'avaient fait, une politique qui rendait bien plus difficile d'échapper à la détection en tant que chrétien pratiquant qu'à l'époque des vagues de persécution antérieures, plus sporadiques. Fabien, en tant que dirigeant chrétien le plus visible dans la capitale de l'empire, fut parmi les premiers visés par une arrestation, et il mourut en l'espace de quelques semaines — très probablement en prison plutôt que par exécution publique, bien que les sources anciennes ne donnent pas de récit détaillé de ses derniers jours.
Sa mort, le 20 janvier 250, ouvrit une période durant laquelle le siège épiscopal de Rome resterait vacant pendant plus d'un an, car élire un successeur sous la persécution de Dèce était trop dangereux à tenter en toute sécurité — la charge de pape était, en pratique, une cible trop visible et trop dangereuse à pourvoir tant que la persécution restait à son paroxysme. Cyprien de Carthage, évêque d'Afrique du Nord écrivant durant cette même persécution, décrivit la mort de Fabien en des termes qui soulignaient l'honneur de son martyre, faisant partie d'une plus large correspondance entre évêques de l'époque cherchant à déterminer comment l'Église devait répondre à la crise que Dèce avait provoquée.
Un saint reconnu bien avant l'existence du processus moderne
Fabien est vénéré aujourd'hui comme martyr et comme l'un des premiers papes canonisés non par un quelconque processus vatican formel — qui n'existait pas encore au IIIe siècle — mais par l'ancienne pratique de l'Église romaine reconnaissant ses propres martyrs par acclamation populaire peu après leur mort. Sa fête est célébrée le 20 janvier, date traditionnelle de son martyre. Certaines listes de référence plus tardives le dupliquent par erreur en un « Fabien II » distinct — il n'y eut jamais qu'un seul Fabien, élu par une colombe et tué à l'ouverture de l'une des persécutions les plus dures de Rome.






