Saint Fabien, pape
Une élection décidée par un oiseau, non par un scrutin
Rome, en 236 apr. J.-C., avait besoin d'un nouvel évêque, et le clergé de la ville s'était réuni pour en choisir un parmi les prétendants évidents — des prêtres expérimentés jouissant d'une véritable autorité dans la communauté. Fabien n'était pas l'un d'eux. Il venait simplement d'arriver de sa ferme, hors de la ville, sans doute pour des raisons n'ayant rien à voir avec la politique ecclésiastique, et se retrouva debout dans la foule le jour de l'élection. L'historien Eusèbe, écrivant le siècle suivant avec accès aux anciens registres de l'Église romaine, rapporte qu'une colombe descendit soudain de nulle part et se posa sur la tête de Fabien — et y demeura. L'assemblée, y voyant le signe que l'Esprit Saint avait déjà fait le choix à leur place, l'élut à l'unanimité et sur-le-champ. C'est l'une des promotions les plus étranges et les plus soudaines de l'histoire primitive de l'Église : un homme arrive paysan et repart pape.
Maître de Messkirch, « Heiliger Fabian als Papst und Märtyrer », vers 1535/40, Kunstsammlungen der Veste Coburg — domaine public.
Bâtir l'ossature administrative de l'Église romaine primitive
Quelles qu'aient été les circonstances de son élection, Fabien exerça sa charge avec sérieux pendant les quatorze années qu'il l'occupa — un pontificat d'une longueur et d'une stabilité inhabituelles pour une époque où les dirigeants chrétiens de Rome vivaient sous la menace constante de la persécution. Il divisa la ville en sept districts ecclésiastiques, chacun placé sous la responsabilité d'un diacre chargé d'organiser la charité envers les pauvres, de tenir les registres, et de veiller sur la communauté chrétienne de ce district. C'était un travail administratif de fond sur lequel les papes suivants allaient s'appuyer pendant des générations. Il envoya aussi sept évêques depuis Rome en Gaule comme missionnaires — des hommes dont la tradition française garde le souvenir sous le nom d'« apôtres des Gaules » — contribuant à implanter les structures de l'Église bien au-delà de l'Italie.
Rattrapé au début d'une nouvelle vague de persécution
Les quatorze années relativement stables de Fabien prirent fin brutalement en janvier 250 apr. J.-C., lorsque l'empereur Dèce lança une persécution à l'échelle de l'empire visant précisément les dirigeants de l'Église, sur l'idée que retirer les évêques ferait s'effondrer les communautés chrétiennes en dessous d'eux. Fabien fut parmi les premiers arrêtés, et il mourut en l'espace de quelques semaines — très probablement en prison plutôt que par exécution publique, bien que les sources anciennes ne donnent pas de récit détaillé de ses derniers jours. Sa mort, le 20 janvier 250, ouvrit une période durant laquelle le siège épiscopal de Rome resterait vacant pendant plus d'un an, car élire un successeur sous la persécution de Dèce était trop dangereux à tenter en toute sécurité.
Un saint reconnu bien avant l'existence du processus moderne
Fabien est vénéré aujourd'hui comme martyr et comme l'un des premiers papes canonisés non par un quelconque processus vatican formel — qui n'existait pas encore au IIIe siècle — mais par l'ancienne pratique de l'Église romaine reconnaissant ses propres martyrs par acclamation populaire peu après leur mort. Sa fête est célébrée le 20 janvier, date traditionnelle de son martyre. Certaines listes de référence plus tardives le dupliquent par erreur en un « Fabien II » distinct — il n'y eut jamais qu'un seul Fabien, élu par une colombe et tué à l'ouverture de l'une des persécutions les plus dures de Rome.






