Saint Augustin d'Hippone

Il est assis dans un jardin à Milan, en pleurs devant une vie qu'il n'arrive pas à réparer, quand il entend ce qui ressemble à une voix d'enfant par-dessus le mur, répétant sans cesse les mêmes mots : « Prends et lis. » Il n'y a pas d'enfant. Augustin saisit un livre des lettres de Paul posé non loin, l'ouvre au hasard et lit le premier passage sur lequel se pose son regard — et l'homme brillant, errant et inquiet que ce livre décrit cesse d'errer, là, sur-le-champ, pour toujours.

Un esprit inquiet avant d'être un cœur inquiet

Augustin naquit en 354 à Thagaste, petite ville de l'Afrique romaine du Nord, dans l'actuelle Algérie. Intelligent, ambitieux, il n'avait, selon son propre témoignage ultérieur, strictement aucun intérêt pour la foi chrétienne de sa mère — Monique, qui passa des décennies dans les larmes et la prière pour un fils qui s'éloignait toujours davantage de tout ce en quoi elle croyait. Il se forma à la rhétorique, poursuivit une carrière, une maîtresse et une adhésion aux manichéens, une secte qui lui offrait, face au problème du mal, des réponses nettes que le christianisme, à ses yeux, ne lui donnait pas. Rien de tout cela ne l'apaisa. Selon son propre récit dans les Confessions, il passa par Carthage, Rome, puis finalement Milan, toujours en quête de ce qui ferait taire le vacarme dans sa propre tête.

Un évêque barbu en vêtements dorés lève les yeux dans son bureau, tenant une plume dans une main et un cœur enflammé dans l'autre, sous un halo lumineux inscrit VERITAS.

Philippe de Champaigne, « Saint Augustin », vers 1645–1650, Los Angeles County Museum of Art — domaine public.

L'évêque qui sut le retenir

À Milan, Augustin alla écouter prêcher l'évêque de la ville — non par foi, mais par curiosité professionnelle pour sa technique oratoire. Ce qu'il trouva chez Ambroise fut une manière de lire l'Écriture, allégorique plutôt que littérale, qui donna enfin à l'esprit exercé d'Augustin quelque chose à quoi se raccrocher. Il fallut encore des années de débat intérieur avant la scène du jardin de 386, quand il entendit le chant de l'enfant, ouvrit au hasard les lettres de Paul, et lut un passage appelant à renoncer « aux excès et à l'ivrognerie » pour « revêtir le Seigneur Jésus Christ », un texte qui lui parut écrit pour lui, personnellement. Ambroise le baptisa lors de la vigile pascale de 387, aux côtés du propre fils d'Augustin, Adéodat.

Du converti à l'évêque d'une ville assiégée

Augustin retourna en Afrique du Nord, fut ordonné prêtre presque malgré lui par une communauté d'Hippone qui insistait, et en devint l'évêque vers 395 ou 396. Il y passa le reste de sa vie, écrivant sans relâche et polémiquant tout autant — contre les manichéens qu'il avait autrefois suivis, contre les donatistes qui divisaient l'Église d'Afrique du Nord sur la manière de traiter le clergé ayant flanché sous la persécution, et contre Pélage, moine britannique dont l'enseignement sur l'autosuffisance humaine pour atteindre le salut, Augustin passa des années à démonter méthodiquement. Cette dernière controverse produisit certains de ses écrits les plus profonds sur la grâce, ce qui valut plus tard à l'Église de le surnommer « docteur de la grâce ». Il mourut en 430, à l'intérieur d'Hippone, tandis que les armées vandales assiégeaient la ville hors de ses murs.

Deux livres qui ont survécu à un empire

Les Confessions d'Augustin, écrites vers 397-400, restent saisissantes par leur caractère personnel — un évêque racontant publiquement ses propres péchés et doutes pour décrire le fonctionnement de la grâce, des siècles avant que l'autobiographie ne devienne un genre littéraire reconnu. Sa phrase la plus citée résume en une seule ligne tout l'argument du livre : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi. » Son autre grande œuvre, La Cité de Dieu, fut une réponse directe à ceux qui rendaient le christianisme responsable de la chute de Rome face aux Wisigoths en 410, soutenant qu'aucune cité terrestre, pas même Rome, n'avait jamais été destinée à abriter le véritable espoir humain.

Docteur de l'Église, et quadruplement en réputation

Le pape Boniface VIII proclama officiellement Augustin docteur de l'Église en 1298, le classant aux côtés d'Ambroise, de Jérôme et de Grégoire le Grand parmi les quatre docteurs originels de l'Église d'Occident — bien que la vénération populaire d'Augustin comme saint fût déjà établie depuis des siècles, bien avant l'existence de procédures formelles de canonisation. Sa fête, le 28 août, marque l'anniversaire de sa mort. Il est aujourd'hui vénéré comme patron des théologiens, des imprimeurs — en hommage à l'ampleur de son œuvre écrite — et, par tradition, des brasseurs, sur l'idée qu'un homme si honnête sur sa propre jeunesse dissolue savait exactement ce qu'il demandait aux autres d'abandonner.

Trivia

Qui était saint Augustin d'Hippone ?
Un professeur de rhétorique nord-africain devenu évêque, né en 354 et mort en 430, dont l'autobiographie Les Confessions et le chef-d'œuvre théologique La Cité de Dieu ont fait de lui l'un des penseurs les plus influents de l'histoire du christianisme.
Qu'est-ce que le moment « tolle lege » dans la conversion d'Augustin ?
Dans un jardin à Milan en 386, Augustin entendit ce qu'il prit pour une voix d'enfant répétant « tolle, lege » — latin pour « prends et lis » — et ouvrit au hasard un livre des lettres de Paul à Romains 13, 13-14, un passage qu'il lut comme adressé directement à son propre combat intérieur ; il raconte lui-même cette scène au livre VIII des Confessions.
Pourquoi Augustin est-il appelé le « docteur de la grâce » ?
Ses écrits abondants sur la grâce divine et le libre arbitre humain, développés notamment dans ses controverses avec un maître nommé Pélage, ont façonné si profondément la théologie occidentale que l'Église lui donna plus tard ce titre, en plus de le proclamer docteur de l'Église en 1298.
Quelles sont les œuvres les plus célèbres d'Augustin ?
Les Confessions, récit autobiographique sincère de sa jeunesse et de sa conversion, et La Cité de Dieu, vaste défense du christianisme écrite après le sac de Rome en 410 — deux textes encore lus aujourd'hui, près de 1 600 ans plus tard, comme des œuvres fondatrices de la pensée occidentale.
Pourquoi saint Augustin est-il le saint patron des brasseurs ?
La tradition rattache ce patronage à sa propre jeunesse ouvertement dissolue avant sa conversion, sur l'idée qu'il connaissait de première main les tentations de l'excès ; il est aussi patron des théologiens et des imprimeurs, ce dernier patronage tenant à l'ampleur de son œuvre écrite.
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