Sainte Cécile — Musique céleste

Des noces chantées en silence pour Dieu
Cécile naquit dans une noble famille romaine au début du troisième siècle, et la tradition populaire la tient pour avoir été martyrisée vers 230 après J.-C. sous l'empereur Alexandre Sévère — bien que, comme pour de nombreux martyrs romains des premiers temps, les détails qui nous sont parvenus proviennent d'un récit bien plus tardif, la « Passio » du Ve siècle, plutôt que de sources contemporaines, si bien que les historiens traitent ces détails comme une tradition pieuse venue s'ajouter à un culte de vénération ancien et authentique. Malgré son vœu privé de virginité, ses parents la contraignirent à épouser un noble païen nommé Valérien, une union arrangée pour des raisons sociales et financières typiques de l'aristocratie romaine de son temps. Selon la légende, pendant la cérémonie même de son mariage, Cécile se tint à l'écart, chantant pour Dieu dans son cœur plutôt que de se joindre à la fête qui l'entourait — l'instant que la tradition retient comme le fondement de son patronage ultérieur sur la musique, même si le récit qui nous est parvenu ne dit rien d'elle jouant ou chantant réellement de la musique.
Représentation traditionnelle de sainte Cécile — domaine public.
Un mari converti par la condition d'un ange
La nuit de leurs noces, Cécile aurait confié à Valérien qu'un ange veillait sur elle et gardait sa virginité, et qu'il serait frappé s'il la touchait avec une intention impure. Lorsque Valérien demanda à voir cet ange de ses propres yeux, elle lui posa une condition précise : il devrait se rendre à la troisième borne de la Via Appia, l'antique voie menant au sud hors de Rome, et s'y faire baptiser par le pape Urbain Ier, qui vivait alors caché en raison de la persécution des chrétiens. Valérien s'y rendit, et se convertit ; Cécile amena ensuite son frère Tiburce à la même foi, et tous deux auraient vu l'ange dont elle avait parlé avant d'être arrêtés et martyrisés, avant elle, pour avoir enseveli les corps d'autres chrétiens exécutés — un acte de miséricorde qui constituait lui-même un crime capital selon la loi romaine de l'époque.
Un martyre qui dura trois jours
La légende veut que Cécile elle-même ait été condamnée à mourir étouffée dans la vapeur des bains romains situés sous sa propre maison, sur l'ordre du préfet Almachius, mais qu'elle en soit ressortie indemne toute une journée et toute une nuit, insensible à la chaleur. Condamnée ensuite à la décapitation, la hache du bourreau frappa trois fois sans parvenir à trancher entièrement sa tête — la loi romaine limitait un bourreau à trois coups — lui laissant trois blessures à la place. Elle survécut encore trois jours, employant ce temps, selon la tradition, à distribuer ses derniers biens aux pauvres et à demander que sa maison soit transformée en église, avant de mourir enfin, vers 230 après J.-C.
Des reliques retrouvées incorrompues
Au début du neuvième siècle, le pape Pascal Ier découvrit les reliques de Cécile, rapportées incorrompues, dans la catacombe de Saint-Praetextat, hors de Rome, et les fit transférer dans une basilique du Trastevere qui porte aujourd'hui son nom, bâtie sur ce que la tradition tient pour l'emplacement même de sa maison. Des siècles plus tard, en 1599, des ouvriers restaurant l'église auraient retrouvé son corps intact lorsque sa tombe fut ouverte — un événement que le sculpteur Stefano Maderno commémora par une statue de marbre sous l'autel, la représentant telle que les témoins l'auraient découverte, œuvre restée aujourd'hui l'une des images les plus visitées liées à son culte. La messe de sa fête, le 22 novembre, s'ouvre encore par une antienne rappelant la légende du jour de ses noces qui fit d'elle la patronne de la musique de l'Église : « pendant que les instruments jouaient, elle chantait dans son cœur, pour le Seigneur seul ». Son patronage s'est étendu au fil des siècles aux compositeurs, aux chœurs et aux facteurs d'instruments, et sa fête demeure particulièrement associée aux sociétés de musique sacrée, à l'image de la manière dont saint Luc devint le patron des peintres à travers une tradition elle aussi née longtemps après sa propre existence.
Une inspiration pour des siècles de compositeurs
L'association de Cécile à la musique devint si forte au fil des siècles que sa fête devint, dans de nombreuses villes d'Europe, l'occasion de somptueuses exécutions musicales en son honneur. Des confréries et académies de musiciens qui lui étaient dédiées virent le jour en Italie, en France et en Angleterre à partir de la Renaissance, commandant des œuvres nouvelles spécifiquement pour sa fête ; Georg Friedrich Haendel et Henry Purcell composèrent tous deux des odes pour les célébrations de la Sainte-Cécile à Londres, et d'innombrables autres compositeurs, à travers les siècles, écrivirent des messes, des motets et des pièces instrumentales portant son nom. Le tableau de Raphaël la représentant, au début du XVIe siècle, entourée d'instruments de musique et à l'écoute d'un chœur d'anges, devint l'une des images les plus influentes d'elle dans l'art occidental et contribua à faire de l'orgue, en particulier, son attribut le plus reconnaissable — bien que cet instrument n'ait rien eu, de son vivant dans la Rome antique, de la forme qu'il prendrait plus tard.
Chœurs, conservatoires et écoles de musique du monde catholique continuent aujourd'hui de porter son nom, et sa fête, chaque mois de novembre, demeure, dans de nombreux diocèses, l'occasion de concerts et de musique liturgique particuliers, honorant le lien entre beauté, prière et son que sa légende suggéra pour la première fois il y a près de dix-huit siècles.
Trivia
Qui était sainte Cécile ?
Pourquoi est-elle la patronne de la musique ?
Que raconte l'histoire de son mari Valérien ?
Comment fut-elle martyrisée ?







