Saint Boniface de Tarse

Un intendant romain fut envoyé en mission vers l'Orient : acheter les ossements de martyrs chrétiens et les rapporter comme reliques sacrées. Il arriva à Tarse, vit des chrétiens torturés pour leur foi sous ses yeux et — selon le récit qu'on raconte à son sujet depuis plus de mille ans — se déclara chrétien sur-le-champ. C'est son propre corps qui devint la relique du voyage de retour vers Rome. L'histoire est saisissante. C'est aussi une histoire que l'Église elle-même ne considère plus comme fiable sur le plan historique.

Un saint qui n'est plus au calendrier

Il vaut mieux commencer par un fait que les récits populaires de cette histoire ont tendance à passer sous silence : Boniface de Tarse ne figure plus au calendrier romain général de l'Église catholique. Sa fête, autrefois célébrée le 14 mai, a été formellement supprimée lors de la réforme liturgique de 1969 sous le pape Paul VI — la même réforme qui a réexaminé le fondement historique d'un certain nombre de fêtes de saints traditionnels et en a discrètement écarté plusieurs dont les récits ne pouvaient s'appuyer sur des preuves fiables. Les sources de référence qui décrivent les Actes traditionnels de Boniface ne mâchent pas leurs mots sur les raisons de ce retrait : le récit y est qualifié de composition « totalement fabuleuse », c'est-à-dire inventée plutôt qu'attestée historiquement. Cet article raconte tout de même son histoire traditionnelle, parce qu'il s'agit d'une pièce de légende chrétienne réellement saisissante, dotée d'une longue histoire dévotionnelle — mais chaque partie de ce récit doit être lue comme une légende, non comme la trace d'événements réels.

Une miniature de manuscrit enluminé médiéval montrant un homme ligoté en train d'être torturé près d'une croix, un démon ailé planant au-dessus et des flammes brûlant en dessous, illustrant la Passion légendaire de saint Boniface de Tarse.

Passionnaire de Weissenau, Incipit passio Sancti Bonifatii, Fondation Bodmer, Coligny, v. 1170-1200 — domaine public.

Une mission qui tourne à la conversion

Selon la tradition, Boniface était l'intendant de la maison d'une riche Romaine nommée Aglaé et — selon la version de la légende — les deux étaient liés par une relation que le récit présente comme moralement trouble, ce que la suite de l'histoire est en partie censée racheter. Aglaé, souhaitant élever un sanctuaire à l'aide de reliques de martyrs chrétiens, envoya Boniface vers l'est, à Tarse en Cilicie (dans la Turquie actuelle), spécifiquement pour se procurer les restes de chrétiens morts pour leur foi. C'est le genre de tâche qui suppose une simple course : acheter des ossements, les rapporter — et c'est exactement ce qui fait fonctionner le retournement de l'histoire : arrivé à Tarse, Boniface se retrouva à assister en personne à ce que les martyrs qu'on l'avait envoyé chercher avaient déjà enduré.

Témoin de tortures, il proclame sa foi

Selon la légende, le spectacle de chrétiens torturés pour avoir refusé de renier leur foi bouleversa Boniface au point qu'il s'avança et se déclara lui-même chrétien devant les mêmes autorités qui menaient la persécution — un geste dont l'issue, sous le droit romain de l'époque, ne faisait aucun doute. Il fut arrêté, torturé et décapité. L'ironie la plus mordante de l'histoire tient dans ce qui suivit : les serviteurs qui avaient accompagné Boniface à Tarse, envoyés seulement pour rapporter des reliques de martyrs, avaient désormais leur propre dépouille de martyr à ramener chez eux. Les restes de Boniface furent transportés jusqu'à Rome, exactement comme le genre de relique qu'on l'avait initialement chargé de rapporter — et, selon la tradition, sa mort convertit également Aglaé, refermant l'histoire sur le même retournement qui l'avait ouverte.

Pourquoi l'Église traite aujourd'hui ce récit comme une légende, non comme une histoire

Aucun des détails précis de l'histoire de Boniface — la relation domestique avec Aglaé, les circonstances exactes à Tarse, ou même la date précise donnée pour sa mort vers 307 apr. J.-C. — ne repose sur une documentation contemporaine des faits. Contrairement au récit de sainte Blandine, qui nous est parvenu dans une lettre écrite par des témoins oculaires dans l'année ou les deux années suivant son martyre, les Actes de Boniface se lisent comme le genre de récit édifiant qui circulait dans les siècles suivants pour enseigner une leçon morale sur la conversion et la rédemption, non comme un document ancré dans des faits vérifiables. C'est exactement pour cette distinction que la réforme du calendrier de 1969 a retiré sa fête plutôt que de la laisser simplement en place par tradition. C'est un rappel utile : tous les noms figurant sur un ancien calendrier de saints ne reflètent pas un fait historique établi — certains témoignent de siècles de dévotion sincère bâtie autour d'un récit qui n'a jamais été conçu pour être lu comme un compte rendu.

Trivia

Qui était saint Boniface de Tarse ?
Selon une légende traditionnelle, il s'agissait d'un intendant au service d'une riche femme romaine nommée Aglaé, envoyé à Tarse en Cilicie pour recueillir les reliques de martyrs chrétiens ; il se serait converti sur place après avoir été témoin de leurs tortures, et aurait été exécuté pour s'être déclaré chrétien — la légende situe ces faits vers 307 apr. J.-C.
Saint Boniface de Tarse a-t-il été retiré du calendrier officiel de l'Église ?
Oui. Sa fête, autrefois célébrée le 14 mai, a été formellement retirée du calendrier romain général lors de la réforme liturgique de 1969, l'Église ayant estimé que son récit traditionnel manquait de fondement historique fiable ; certains ouvrages de référence qualifient le récit qui nous est parvenu de composition « totalement fabuleuse » plutôt que d'histoire documentée.
L'histoire de Boniface de Tarse est-elle considérée comme historiquement vraie ?
Non, pas telle qu'elle est traditionnellement racontée. Les historiens, tout comme la réforme du calendrier de l'Église elle-même, la traitent comme une légende pieuse plutôt que comme une histoire vérifiée — le genre de récit vivant et moralement édifiant qui circulait largement dans l'Église antique et médiévale sans jamais s'appuyer sur des événements documentés de façon fiable ou des sources contemporaines.
Saint Boniface de Tarse a-t-il un patronage établi ?
Non — contrairement à de nombreux martyrs anciens dont les légendes ont donné naissance à des patronages durables, aucun patronage établi n'est aujourd'hui rattaché à Boniface de Tarse, ce qui concorde avec son retrait du calendrier universel.
Pourquoi l'Église raconterait-elle une histoire légendaire au sujet d'un saint ?
De nombreux Actes des martyrs des premiers siècles chrétiens ont été composés des générations après les faits qu'ils décrivent, souvent pour transmettre une leçon morale à travers un récit vivant plutôt que pour consigner une histoire vérifiée — une distinction que l'Église elle-même établit aujourd'hui bien plus soigneusement que ne le faisaient les compilateurs médiévaux, et c'est précisément pour cette raison que des réformes du calendrier comme celle de 1969 ont retiré des figures telles que Boniface de Tarse.
✦   Link copied

Find us

Explore the full collection and bring sacred art into your home.