Saint Jean-Baptiste de La Salle
Un chanoine qui choisit la salle de classe
Jean-Baptiste de La Salle naît à Reims en 1651, dans une famille assez riche et bien introduite pour lui obtenir un canonicat à la cathédrale de la ville — une position ecclésiastique confortable, respectée, à l'avenir tout tracé. Il est ordonné prêtre en 1678 et obtient peu après un doctorat en théologie, des titres qui lui auraient permis de poursuivre presque n'importe quelle carrière que l'Église pouvait offrir. Rien dans ses origines ne laissait présager la fondation d'écoles pour enfants pauvres. Mais son engagement auprès d'un groupe d'enseignants travaillant avec les pauvres l'attire peu à peu, et durablement, vers l'éducation. Ce qui commença comme un simple soutien financier et organisationnel à un groupe de maîtres d'école en difficulté se transforma, presque contre ses propres intentions initiales, en quelque chose de bien plus exigeant : il invita les enseignants à vivre dans sa propre maison familiale afin de pouvoir les former et les soutenir de plus près, une décision qui scandalisa certains de ses proches les plus soucieux des convenances sociales.
Médaillon en vitrail de saint Jean-Baptiste de La Salle, église Saint-Sulpice, Paris — domaine public.
Cette proximité se révéla décisive. Vivre aux côtés d'hommes qui ne possédaient aucun de ses propres avantages de naissance ou d'éducation convainquit peu à peu La Salle que guider l'œuvre depuis une distance confortable ne suffisait pas, et il finit par renoncer entièrement à son canonicat et à son héritage familial — distribuant l'argent aux pauvres pendant une famine plutôt que de le garder comme filet de sécurité pour les écoles — choisissant de vivre parmi les maîtres qu'il formait plutôt que de diriger leur travail à distance, confortablement installé.
Le premier ordre enseignant sans un seul prêtre
En 1680, cet engagement prend forme institutionnelle : La Salle fonde les Frères des Écoles chrétiennes, une congrégation religieuse entièrement vouée à l'enseignement. Ce qui rendait cette fondation structurellement inhabituelle pour son époque, c'est qu'aucun des Frères n'était prêtre ordonné — la première fois qu'une congrégation masculine d'enseignants était organisée ainsi. C'était un choix délibéré, qui gardait la communauté tout entière tournée vers la salle de classe plutôt que vers les charges sacramentelles qu'aurait entraînées l'ordination, et qui permit à la congrégation de croître autour d'un unique objectif, sans partage.
La Salle exigea aussi que les Frères se forment spécifiquement à l'enseignement plutôt que d'apprendre le métier sur le tas, et il ouvrit ce qui compta parmi les premiers instituts de formation des maîtres en Europe pour le rendre possible. Il consigna une grande partie de ce qu'il avait appris dans un manuel pratique, La Conduite des écoles chrétiennes, exposant en détail tout, de la gestion de classe à l'organisation des leçons — un degré d'attention systématique à la pédagogie qui n'avait guère de précédent à l'époque, et sur lequel les réformateurs de l'éducation s'appuieront directement par la suite.
Enseigner en français, et regrouper les élèves par niveau
Les méthodes de La Salle furent aussi marquantes que l'institution bâtie pour les mettre en œuvre. L'enseignement de son époque se donnait par défaut en latin, ce qui excluait de fait les enfants pauvres n'ayant reçu aucune éducation classique préalable — La Salle enseigna en français à la place, rendant la lecture et l'instruction élémentaire véritablement accessibles à des élèves qui, autrement, n'auraient eu aucun chemin vers l'école. Il regroupait également les élèves selon leur niveau plutôt que de les instruire tous ensemble sans distinction, une idée d'organisation aujourd'hui si fondamentale à l'école moderne qu'on oublie facilement qu'il a fallu, un jour, que quelqu'un l'invente. Ces deux innovations plaçaient les écoles de La Salle nettement en avance sur leur temps, et les deux pratiques devinrent des traits standard du modèle de classe qui lui succéda.
Résistance, pauvreté, et une mission qui n'a jamais faibli
Rien de tout cela ne se fit sans opposition. Les écoles de La Salle entraient en concurrence directe avec des maîtres d'école indépendants, souvent peu encadrés, qui voyaient dans l'instruction gratuite des pauvres une menace pour leur propre gagne-pain, et il essuya tout au long de sa carrière des procès à répétition ainsi que l'hostilité de guildes d'enseignants rivales. Les Frères eux-mêmes vivaient volontairement dans une pauvreté réelle, traversant de nombreuses années difficiles avec bien peu de moyens, et La Salle affronta plusieurs crises personnelles sérieuses au sein de la jeune congrégation, y compris des périodes où des Frères découragés quittèrent la communauté et où toute l'entreprise sembla proche de l'effondrement. Il maintint néanmoins les écoles ensemble, insistant sur le fait que la mission comptait plus que n'importe quel revers individuel — une insistance qui, au fil des décennies suivantes, se révéla assez durable pour survivre à chacune de ces crises initiales.
Un héritage officiellement reconnu des siècles plus tard
La Salle meurt à Rouen en 1719, un vendredi saint, un détail que ses premiers biographes trouvèrent particulièrement juste pour un homme qui avait renoncé à la richesse et au prestige pour consacrer sa vie à l'instruction des autres. Il est canonisé en 1900, et un demi-siècle plus tard, en 1950, le pape Pie XII le déclare officiellement saint patron des enseignants — une reconnaissance qui n'arriva, fort à propos, qu'après que des générations entières d'enseignants eurent déjà mis ses méthodes en pratique. Sa fête est célébrée le 7 avril.






