Sainte Macrine la Jeune
L'aînée de dix enfants, dans une famille qui produisit des saints
Macrine naît vers l'an 327, très probablement près de Césarée de Cappadoce — une région de l'actuelle Turquie centrale qui allait produire une part disproportionnée de la théologie de l'Église primitive. Elle est l'aînée des dix enfants de Basile l'Ancien et d'Emmélie, et l'arbre généalogique de cette famille se lit presque comme un annuaire de l'Église du IVe siècle : parmi ses frères se trouvent Basile le Grand, Grégoire de Nysse et Pierre de Sébaste, tous trois vénérés plus tard comme saints et évêques à part entière, et sa grand-mère — elle aussi nommée Macrine, et elle aussi vénérée comme sainte — avait survécu cachée, des décennies plus tôt, à la persécution dioclétienne. Être la fille aînée d'une telle famille impliquait certaines attentes. Macrine, il s'avère, avait d'autres projets pour la façonner.
Statue de sainte Macrine, colonnade de la place Saint-Pierre, Cité du Vatican, sculpteur inconnu, XVIIe siècle. Photographie d'Alf van Beem, 2012 — domaine public (CC0).
Un époux qui ne pouvait pas mourir
Vers l'âge de douze ans, selon la coutume ordinaire de l'époque, Macrine est fiancée à un jeune homme choisi par son père. Mais avant que le mariage ne puisse avoir lieu, son fiancé meurt. Pour la plupart des jeunes femmes dans sa situation, cela aurait simplement signifié attendre qu'on arrange une nouvelle union. Macrine refuse toute proposition ultérieure. Son raisonnement, tel que son frère Grégoire le rapportera plus tard, est saisissant : elle considérait ses fiançailles comme un mariage réel devant Dieu, et puisque son futur époux n'était, à ses yeux, qu'absent et non pas définitivement perdu, épouser quelqu'un d'autre reviendrait à une infidélité. Elle se disait plutôt liée à un époux qui ne pouvait pas mourir — un langage qui annonçait déjà la vie consacrée et célibataire qu'elle avait choisie, plutôt que tout futur mariage arrangé. Ses parents, fait notable, ne forcèrent pas les choses. Macrine obtint gain de cause, et le reste de sa vie prit forme autour de cette décision précoce.
Transformer le domaine familial en monastère
Avec sa mère devenue veuve, Emmélie, Macrine transforme le domaine rural familial d'Annésoi, dans la région du Pont, en communauté monastique — l'un des détails notables de son histoire étant qu'elle y accueillait des femmes de toutes conditions sociales sur un pied de véritable égalité, à une époque où les distinctions de classe étaient rarement mises de côté avec autant de résolution, même dans la vie religieuse. Ce n'était pas simplement un couvent pour femmes de bonne naissance se retirant du monde ; d'anciennes servantes et des femmes de la propre extraction aristocratique de Macrine y vivaient et y priaient côte à côte. Macrine dirigea la communauté pendant des décennies, façonnant personnellement son rythme de prière et de travail partagé, plutôt qu'à travers une règle monastique plus large imposée de l'extérieur.
Son influence dépassa largement les murs d'Annésoi. On lui attribue la formation religieuse de son frère cadet Pierre de Sébaste, qui grandit largement sous sa direction après la mort de leur père. Et selon le propre récit de Grégoire de Nysse, c'est Macrine qui détourna leur frère Basile — le futur Basile le Grand, l'une des figures majeures de la théologie du IVe siècle — de l'ambition séculière et de la fierté rhétorique qu'il avait ramenées de ses études, pour l'orienter vers la voie ascétique et monastique qui le rendit célèbre. Si le récit de Grégoire est exact, la femme qui façonna le monachisme de Basile, et à travers lui une bonne part de la pratique monastique du christianisme oriental, fut sa sœur aînée, œuvrant discrètement depuis un domaine familial du Pont plutôt que depuis une quelconque chaire publique.
L'élève devenu son biographe
Le portrait le plus détaillé de Macrine nous vient de son frère Grégoire de Nysse, qui écrivit deux œuvres où elle apparaît directement. La première, la Vie de Macrine (Vita Sanctae Macrinae), est un mémoire biographique composé peu après sa mort en 379 — Grégoire lui rendit visite alors qu'elle mourait, et le texte se lit à la fois comme un témoignage oculaire et comme un hommage dévotionnel à une sœur qu'il considérait manifestement comme sa supérieure spirituelle. La seconde, le Dialogue sur l'âme et la résurrection (De Anima et Resurrectione), est quelque chose de plus rare : un dialogue philosophique où Macrine, et non Grégoire, tient le rôle de l'enseignante, traitant des questions de la mort, de l'âme et de la résurrection corporelle, tandis que son frère éploré joue le rôle de l'élève qui la presse d'objections. C'est l'un des très rares dialogues philosophiques de l'Antiquité qui nous soient parvenus où une femme tient la voix principale d'enseignement — un détail réellement remarquable, indépendamment de toute question de sainteté, dans l'histoire de la littérature philosophique antique.
Une conversation sur un lit de mort, non un journal intime
La Vie de Grégoire relate les dernières heures de Macrine avec un luxe de détails, y compris des paroles qui lui sont directement attribuées. Alors qu'elle agonisait, il écrit qu'elle pria à voix haute : « Toi, Seigneur, tu nous as libérés de la crainte de la mort. Tu as fait du terme de cette vie le commencement pour nous de la vraie vie... » Et voyant Grégoire arriver à son chevet après une longue absence, elle aurait dit : « Cette faveur aussi, tu me l'as accordée, ô Dieu, et tu ne m'as pas privée de mon désir, car tu as suscité ton serviteur pour visiter ta servante. » Ces paroles doivent être lues avec les bonnes attentes : elles proviennent du mémorial littéraire que Grégoire consacra à sa sœur, écrit après sa mort pour édifier les lecteurs de la Vie, non d'un journal ou d'une lettre de la main de Macrine elle-même. Cela ne les rend pas pour autant sans valeur historique — Grégoire était présent, et la biographie antique de ce genre intégrait régulièrement des paroles remémorées comme un élément légitime du genre — mais cela signifie que le libellé exact reflète le souvenir que Grégoire garda de ce moment, plutôt qu'une transcription mot pour mot.
Fait, légende et une lecture honnête de l'hagiographie
La biographie centrale de Macrine — sa famille, la communauté d'Annésoi, son rôle dans la formation de ses frères, les circonstances de sa mort — repose sur un fondement réellement solide, au regard des critères de l'hagiographie antique : une source contemporaine et oculaire, écrite par un frère qui l'avait connue toute sa vie et se trouvait littéralement à son chevet lorsqu'elle mourut. C'est un terrain considérablement plus ferme que celui sur lequel reposent bien des saints de cette période. En même temps, la Vie de Macrine demeure de l'hagiographie au sens technique du terme — un texte écrit pour édifier et présenter son sujet comme un modèle de sainteté, avec la mise en forme littéraire que ce genre implique naturellement. La lecture honnête tient les deux à la fois : une vie bien documentée, filtrée par l'art mémorial d'un frère dévoué.
Macrine est vénérée comme sainte antérieure au processus de congrégation dans les traditions catholique romaine, orthodoxe orientale, orthodoxe orientale non chalcédonienne, ainsi que dans plusieurs traditions anglicanes et luthériennes, sa fête étant célébrée le 19 juillet, tant dans le calendrier romain que byzantin. Elle ne possède aucun patronage romain universel solidement établi — elle est parfois invoquée officieusement par des femmes discernant une vocation religieuse ou par des étudiantes en Écriture sainte, mais il s'agit là d'une coutume populaire plutôt que d'un titre formellement promulgué, qu'il convient de noter comme tel sans l'exagérer. Sa grand-mère et homonyme, sainte Macrine l'Ancienne, est elle aussi présente sur ce blog, pour un tout autre type de courage — survivre à la persécution dans la clandestinité plutôt que fonder un monastère en temps de paix. À elles deux, deux générations d'une même famille ont laissé une empreinte considérable sur la manière dont l'Église primitive concevait la foi, le savoir et la forme qu'une vie religieuse pouvait prendre.






