Saint Grégoire de Nysse
La plus jeune voix d'une famille de saints
Grégoire naît vers 335 à Césarée, capitale de la Cappadoce, au sein de cette même famille remarquable qui donna Basile le Grand et leur sœur Macrine, tous deux vénérés comme saints. Basile, l'aîné, tient auprès de Grégoire, durant une bonne partie de sa jeunesse, le rôle d'une sorte de second père — c'est lui qui l'ordonne évêque, l'envoyant en 372 au siège modeste et peu prestigieux de Nysse, en partie pour que la famille compte un allié de plus parmi les évêques de Cappadoce, en pleine période de conflit doctrinal aigu sur la nature du Christ. Grégoire se révèle un administrateur moins assuré que son frère, mais un esprit théologique plus profond et plus original — une différence qui n'apparaît pleinement qu'après la mort de Basile, quand Grégoire trouve enfin sa pleine mesure d'écrivain.
Grégoire de Nysse, miniature du Ménologe de Basile II, Constantinople, v. 985, Bibliothèque apostolique vaticane — domaine public.
Trois étapes vers la « ténèbre lumineuse »
L'œuvre la plus durable de Grégoire, La Vie de Moïse, achevée vers la fin de sa vie, relit le récit biblique de Moïse — le buisson ardent, l'ascension du Sinaï, la demande de contempler la gloire de Dieu — non pas d'abord comme un récit historique, mais comme la carte du propre cheminement de l'âme vers Dieu. Il décrit ce cheminement en trois étapes : la purification, où l'âme se dépouille du péché et des distractions ; l'illumination, où elle commence à percevoir Dieu à travers des signes et des symboles, tout comme Moïse le rencontra d'abord dans la lumière du buisson ardent ; et enfin ce que Grégoire appelle une « ténèbre lumineuse » — le moment où l'esprit, ayant épuisé tout concept et toute image qu'il peut se former de Dieu, le rencontre plutôt dans une forme d'inconnaissance radieuse, suivant Moïse dans la nuée qui recouvrit le sommet du Sinaï. C'est une idée étonnamment paradoxale pour bâtir toute une spiritualité : plus l'âme s'approche de Dieu, moins elle est capable de décrire ce qu'elle trouve — et cette ténèbre même devient une forme de lumière plus profonde.
Père des Pères, père de la mystique
Grégoire meurt vers 394 ou 395, ayant survécu à son frère Basile et à leur vieil ami de famille Grégoire de Nazianze, les deux autres Pères cappadociens. Son héritage théologique mit plus de temps à être pleinement reconnu que le leur : Rome ne lui a jamais officiellement décerné le titre de Docteur de l'Église, accordé à Basile, mais le deuxième concile de Nicée, en 787, le loua de manière informelle comme « Père des Pères » — une estime considérable, bien que distincte de cette distinction officielle. C'est son écriture mystique, La Vie de Moïse en tête, que les générations suivantes de théologiens en vinrent à priser le plus, et qui lui valut le titre de « Père de la mystique » — la reconnaissance d'avoir façonné la manière dont des auteurs chrétiens, pendant des siècles, tentèrent de mettre en mots une expérience de Dieu qui, selon Grégoire lui-même, finit toujours par échapper aux mots. Sa fête est célébrée le 9 mars dans le calendrier occidental et le 10 janvier en Orient.






