Saint Grégoire de Nazianze
Une amitié qui façonna une théologie
Grégoire naît vers 329 près de Nazianze, en Cappadoce, une région d'Asie Mineure qui produisit, en une seule génération, une concentration remarquable de grands penseurs chrétiens. Sa formation le mena bien au-delà de la Cappadoce avant de l'y ramener : après une première scolarité près de chez lui, il partit étudier la rhétorique et la philosophie à Césarée, à Alexandrie, puis enfin à Athènes, alors l'un des grands centres du savoir classique dans le monde antique, qui attirait des étudiants de toute la Méditerranée. C'est à Athènes que son amitié avec Basile se mua en un partenariat qui allait façonner leurs deux carrières, les deux hommes étudiant, dit-on, si étroitement ensemble qu'ils décrivaient ne connaître, en somme, que deux chemins : celui de leurs études, et celui de l'église. Parmi leurs condisciples à Athènes se trouvait un jeune Julien, futur empereur, dont l'abandon ultérieur du christianisme Grégoire allait combattre par écrit avec une réelle amertume — un fil étrange reliant une salle de classe partagée à un conflit bien plus tardif et bien plus acéré.
Pierre Paul Rubens, Saint Grégoire de Nazianze (modello pour le plafond de l'église des jésuites d'Anvers), 1621 ; aujourd'hui à la Stiftung Friedenstein Gotha, Allemagne, après sa restitution en 2024 au terme de plusieurs décennies au Buffalo AKG Art Museum — domaine public.
Cette amitié cappadocienne, nouée avec Basile, connu plus tard sous le nom de Basile le Grand, allait durer toute leur vie. Avec le frère cadet de Basile, Grégoire de Nysse, tous trois sont aujourd'hui vénérés comme les Pères cappadociens — un trio dont l'écriture théologique contribua, plus que presque toute autre, à clarifier et à défendre l'enseignement de l'Église sur la Trinité, au cœur d'un siècle de conflits doctrinaux acharnés.
Le chemin de Grégoire vers Constantinople ne fut pas une ascension simple à travers les rangs de l'Église. Son propre père, également nommé Grégoire et lui-même évêque, l'avait ordonné prêtre quelque peu contre son gré, et Grégoire fuit un temps cette responsabilité avant de finir par l'accepter — un schéma de réticence envers les charges publiques qui allait se répéter tout au long de sa vie, et qui contraste étrangement avec la vigueur avec laquelle il défendait la théologie une fois réellement en chaire. Il traversa aussi le bref règne de l'empereur Julien, plus tard surnommé « l'Apostat » pour avoir abandonné le christianisme et tenté de faire revivre la religion romaine traditionnelle ; Grégoire écrivit après sa mort plusieurs discours vivement critiques contre Julien, défendant la foi que celui-ci avait tenté de marginaliser.
Une voix isolée dans une capitale hostile
En 379, Grégoire est appelé à Constantinople pour conduire une petite communauté chrétienne nicéenne, à un moment où les grandes églises de la ville sont contrôlées par des évêques ariens — l'arianisme étant la doctrine selon laquelle le Christ serait un être créé, et non pleinement divin. Grégoire n'a pas de cathédrale à lui ; il prêche depuis une chapelle privée qu'il baptise l'Anastasia, « Résurrection ». C'est dans cette petite pièce qu'il prononce ses célèbres Discours théologiques, une série de sermons exposant, avec une clarté peu commune, la pleine divinité du Christ et son égalité au sein de la Trinité, aux côtés du Père et de l'Esprit Saint. Il exerce brièvement la charge de patriarche de Constantinople durant cette période, à la tête d'une Église dont les plus grands édifices appartiennent encore à ses adversaires théologiques, et il préside un temps le premier concile de Constantinople en 381, l'assemblée qui développa et réaffirma le symbole de Nicée encore récité aujourd'hui dans les églises, avant que des querelles de factions parmi les évêques réunis, portant sur son élection même, ne le conduisent à démissionner plutôt que de laisser ce différend détourner l'attention des travaux réels du concile.
Le seul titre qu'il partage avec l'apôtre Jean
Le concile de Chalcédoine, en 451, accorde à Grégoire une distinction rarement répétée dans l'histoire chrétienne : le titre de « Théologien ». Dans l'Orient chrétien, cet honneur précis a traditionnellement été réservé à deux figures seulement — l'apôtre Jean, auteur du quatrième évangile, et Grégoire lui-même. C'est la reconnaissance de l'influence considérable qu'exercèrent ses Discours théologiques sur le vocabulaire et le raisonnement que l'Église emploierait, pendant des siècles, pour décrire la Trinité — des discours prononcés dans des circonstances véritablement difficiles, et non depuis une position de confort ou de puissance institutionnelle.
Docteur de l'Église, célébré aux côtés de Basile
Grégoire renonce au siège de Constantinople peu après son arrivée, usé par les luttes politiques qui accompagnaient la charge, et passe ses dernières années en Cappadoce, dans une retraite relative, continuant d'écrire. Cette retraite ne signifiait pas le silence : il consacra ces années à produire un vaste corpus de poésie, dont une œuvre autobiographique inhabituelle, en vers, racontant sa propre vie et ses propres épreuves — une forme que peu de Pères de l'Église employèrent aussi largement que lui pour méditer sur la foi, l'amitié et la déception. L'Église le reconnaît par la suite comme Docteur de l'Église, pour le poids théologique durable de ses écrits. Sa fête, le 2 janvier, est célébrée conjointement avec son vieil ami Basile le Grand — un rapprochement bien mérité pour deux hommes dont l'amitié, née sur les bancs d'école, contribua à produire l'une des réflexions théologiques les plus claires que l'Église primitive ait jamais formulées.






