Bienheureuse Natalia Tułasiewicz
Une étudiante en lettres dans la Pologne occupée
Natalia Tułasiewicz naquit le 9 avril 1906 à Rzeszów, en Pologne. Elle étudia la littérature polonaise et la musique à l'université de Poznań, rédigeant sa thèse sur les liens entre la musique et la poésie d'Adam Mickiewicz, le grand poète romantique national polonais — le genre de sujet académique qui présuppose un pays stable, doté d'universités et d'une vie culturelle intactes. Cette hypothèse s'effondra avec l'invasion allemande de 1939. Au début des années 1940, la Pologne se trouvait sous une brutale occupation nazie, et une partie de la machinerie de cette occupation consistait en la réquisition massive de civils polonais, en particulier de jeunes femmes, pour le travail forcé en Allemagne même.
Plaque commémorative avec portrait en relief de bronze de Natalia Tułasiewicz, ul. Śniadeckich 30, Poznań (installée en 2003), photographiée par le contributeur Wikimedia « Jerzy », 2007 — domaine public. Aucun portrait photographique confirmé du domaine public n'a pu être localisé, ce qui explique le recours à cette effigie commémorative sculptée.
Avant que la guerre ne se referme sur elle, Natalia était déjà active dans les milieux catholiques laïcs de Poznań, engagée dans un travail éducatif et de jeunesse lié à l'Église plutôt que dans une carrière universitaire au sens strict. Ce passé compta par la suite. Les qualités qui faisaient d'elle une bonne professeure de lettres — la patience, la capacité à tenir un auditoire en haleine, l'habitude de trouver du sens dans des textes difficiles — se révélèrent être précisément celles dont un ministère clandestin avait besoin à l'intérieur d'un camp de travail, où il n'y avait ni chaire, ni ornements liturgiques, ni couverture légale pour quoi que ce soit qui ressemblât à une vie religieuse organisée.
Se porter volontaire pour la déportation
En 1943, plutôt que d'attendre d'être happée par cette réquisition ou de tenter d'y échapper, Natalia s'y porta volontaire. Elle fut affectée à l'usine d'encre Günther Wagner Pelikan de Hanovre, rejoignant les rangs des Polonaises envoyées travailler dans l'industrie allemande en conditions de guerre. Sa raison d'y aller n'était pas la soumission au régime occupant — c'était l'inverse. Liée à l'Armée de l'intérieur polonaise, la principale organisation de résistance clandestine du pays, elle y alla précisément comme émissaire : une laïque formée, positionnée pour offrir aux Polonaises déportées ce que le système de travail nazi n'avait aucune intention de leur fournir — un soutien pastoral et spirituel clandestin, délivré discrètement, au péril réel de sa personne, au cœur même d'une usine de l'économie de guerre allemande.
Le danger n'avait rien d'abstrait. La politique d'occupation nazie envers la Pologne traitait toute activité catholique ou nationaliste organisée parmi la main-d'œuvre déportée comme une menace directe à la sécurité, et sa découverte signifiait l'interrogatoire, le système concentrationnaire, ou pire — non un avertissement suivi d'une réaffectation. Natalia s'y engagea en pleine conscience de ce calcul. Son rôle, tel que la résistance l'avait conçu, consistait à tenir de petites réunions informelles, à préserver la foi et le sentiment d'identité des femmes déportées dans des conditions précisément conçues pour arracher l'une et l'autre, et à le faire sans jamais rien laisser sur papier qui pût être remonté jusqu'à un réseau organisé.
Arrestation, torture et Ravensbrück
Ce risque la rattrapa. Son activité clandestine fut finalement découverte, et Natalia fut arrêtée et torturée avant d'être envoyée à Ravensbrück, le camp de concentration construit spécifiquement pour les prisonnières, au nord de Berlin. Même là, selon les récits qui nous sont parvenus d'elle, elle ne cessa pas le travail pour lequel elle s'était portée volontaire dès le départ. Le Vendredi saint de 1945, elle serait montée sur un tabouret dans les baraquements pour donner à ses compagnes de captivité un enseignement sur la Passion et la Résurrection du Christ — prêchant, en somme, à l'intérieur d'un camp de la mort, en la fête même qui commémore une souffrance qui s'achève dans la vie. Elle fut tuée dans la chambre à gaz le lendemain matin ou le surlendemain, le dimanche de Pâques, 31 mars 1945 ; certaines sources indiquent plutôt le 30 mars, une petite divergence typique des archives des dernières semaines chaotiques du camp avant sa libération.
Ravensbrück lui-même fut libéré par les forces soviétiques moins de cinq semaines plus tard, fin avril 1945 — un détail qui rend sa mort d'autant plus poignante, tant elle s'en trouva séparée par quelques jours et non par des années. Elle fut l'une des quelque 130 000 femmes qui passèrent par ce camp au cours de son existence, la grande majorité d'entre elles étant des prisonnières politiques, des résistantes, ou des femmes visées pour leur nationalité ou leur foi plutôt que pour un quelconque délit individuel.
L'une des deux seules laïques parmi les 108 martyrs polonais
Le pape Jean-Paul II béatifia Natalia Tułasiewicz le 13 juin 1999, au sein d'un groupe de 108 martyrs polonais de la Seconde Guerre mondiale — des catholiques de Pologne tués sous la persécution nazie durant la guerre, béatifiés ensemble en une seule cérémonie. Au sein de ce groupe de 108, un détail mérite qu'on s'y arrête : Natalia est l'une des deux seules laïques incluses, dans une liste par ailleurs dominée par des prêtres, des religieuses, des frères et des évêques. C'est une distinction véritablement remarquable. Son chemin vers le martyre ne passa ni par l'ordination ni par les vœux religieux — il passa par un diplôme universitaire de lettres et une décision de marcher volontairement vers le travail forcé afin de servir des femmes que l'Église institutionnelle n'avait aucun autre moyen d'atteindre.
Sa fête individuelle est célébrée le 31 mars ; le groupe plus large des 108 martyrs polonais est souvent commémoré le 12 juin. En 2022, le Vatican approuva une demande de la conférence épiscopale polonaise la nommant formellement patronne des enseignants polonais — une désignation récente, précise et véritablement appropriée, reliant la salle de classe de lettres pour laquelle elle s'était formée à la salle de classe d'un autre genre qu'elle se bâtit elle-même à l'intérieur d'un camp de travail allemand. Ce qui rend son cas remarquable, même parmi les 108, c'est le caractère ordinaire de son point de départ. Elle n'était pas une évêque appuyée sur une autorité institutionnelle, ni une religieuse liée par des vœux et une communauté. C'était une jeune laïque titulaire d'un diplôme universitaire qui décida, de sa propre initiative, que les femmes déportées méritaient quelqu'un prêt à les accompagner. Sa béatification reconnaît cette décision elle-même comme héroïque — non un acte spectaculaire isolé, mais une disposition constante et discrète à continuer de servir dans un lieu conçu pour rendre cela impossible, jusqu'à la veille même de sa mort. Les lecteurs intéressés par d'autres catholiques morts en résistant à la persécution nazie voudront peut-être aussi lire les articles sur saint Titus Brandsma et Dietrich Bonhoeffer.






