Saint Toribio de Mogrovejo
Du banc de l'Inquisition à la mitre épiscopale
Toribio Alfonso de Mogrovejo naît le 16 novembre 1538 à Mayorga, dans le royaume de León, en Espagne, et se forme comme juriste, devenant finalement juge et présidant un tribunal de l'Inquisition espagnole à Grenade — respecté, compétent, et entièrement laïc. Sa carrière prend un tournant brutal en 1580, lorsque le roi Philippe II, exerçant le droit de patronage royal de la couronne espagnole sur les nominations ecclésiastiques dans ses territoires américains, nomme Toribio archevêque de Lima, alors le siège épiscopal le plus important de l'Amérique du Sud espagnole. Il y avait un problème : Toribio n'avait reçu aucune ordination. Il s'oppose à cette nomination précisément pour cette raison, mais elle est maintenue, et il se retrouve poussé à travers l'ordination sacerdotale puis la consécration épiscopale en peu de temps, simplement pour être qualifié à un poste qu'on lui avait déjà attribué. Il arrive au Pérou en 1581 pour prendre sa fonction.
Artiste inconnu, Santo Toribio Alfonso de Mogrovejo, Arzobispo de Lima, seconde moitié du XVIIe siècle, Museo Nacional de Bellas Artes, Buenos Aires — domaine public.
Le système qui l'y installa, le patronato real (patronage royal), conférait à la couronne espagnole une autorité étendue pour nommer les évêques dans l'ensemble de ses territoires américains, contournant largement le type de parcours clérical qui formait la plupart des évêques en Europe. Ce système produisit, au fil des siècles, des choix parfois notoirement médiocres. Toribio se révéla être l'un de ses succès les plus surprenants — un juge de carrière sans formation pastorale devenu pourtant l'un des évêques les plus énergiques et les plus réformateurs qu'ait connus l'Amérique espagnole.
Parcourir à pied un diocèse grand comme un empire
L'archidiocèse de Lima dont hérite Toribio est d'une ampleur stupéfiante, s'étendant sur l'un des terrains les plus difficiles de l'hémisphère — hautes passes andines, vallées reculées et établissements séparés par d'énormes distances, avec peu de routes réelles pour les relier. Plutôt que de gouverner depuis le confort du palais archiépiscopal de Lima, Toribio passe une grande partie de ses quelque 25 années de mandat à voyager personnellement vers les paroisses les plus reculées du diocèse, à pied et à cheval, menant des visites pastorales que peu de ses prédécesseurs ou contemporains osèrent tenter à cette échelle. Certains récits estiment son déplacement cumulé sur la durée de son mandat à des distances comparables à plusieurs tours du globe — un chiffre souvent répété mais difficile à vérifier avec précision compte tenu des archives de l'époque, mais qui témoigne d'un engagement physique véritablement inhabituel pour atteindre les gens ordinaires plutôt que d'administrer à distance. Il s'efforça aussi d'apprendre les langues indigènes locales assez bien pour entendre les confessions directement, sans recourir à un interprète, un niveau d'engagement personnel qui le distinguait d'une grande partie du clergé colonial espagnol de son époque. Il emportait avec lui, lors de ces voyages, un autel portatif, dormant aussi souvent dans des huttes et des abris de montagne que dans un logement confortable, et il tenait à confirmer et instruire personnellement des paroissiens ordinaires dans des hameaux reculés qu'aucun archevêque précédent n'avait jamais visités en personne. Parmi les personnes qu'il aurait confirmées lors de ces voyages figurait une jeune fille de Lima devenue plus tard sainte Rose de Lima, la première sainte canonisée des Amériques — un détail qui, quelle que soit sa précision historique exacte, illustre bien comment la même génération du Pérou colonial produisit plus d'une figure que l'Église finirait par reconnaître comme sainte.
Un concile qui parlait quechua et aymara
En 1582 et 1583, Toribio convoque le troisième concile de Lima, un important concile régional qui façonna la pratique pastorale catholique dans toute l'Amérique du Sud espagnole pour des générations. Parmi ses réalisations les plus significatives et durables figure la production de catéchismes traduits en quechua et en aymara, les principales langues indigènes des hauts plateaux andins — un acte réel, documenté et historiquement significatif d'adaptation linguistique, qui permit aux communautés locales de recevoir l'enseignement catholique essentiel dans leurs propres langues plutôt qu'uniquement en espagnol ou en latin. Les décrets du concile abordaient aussi la formation du clergé et le traitement des paroissiens indigènes, dans le cadre d'un effort plus large mené par Toribio pour apporter un peu d'ordre et de cohérence à une Église coloniale en rapide expansion.
Une défense menée à l'intérieur du système colonial, non contre lui
Toribio s'opposa de façon constante et documentée aux abus subis par les peuples indigènes de la part des encomenderos espagnols, ces propriétaires terriens coloniaux investis d'une autorité sur le travail et les tributs des populations natives, intervenant en faveur des communautés maltraitées durant ses visites pastorales. Cette défense fut réelle, et elle lui valut une réputation, même parmi certains contemporains, d'un attachement inhabituel au bien-être des indigènes pour un clerc colonial espagnol. Il vaut cependant la peine d'être précis sur ce que cela représentait, et ce que cela ne représentait pas : Toribio œuvra pour améliorer les conditions des peuples indigènes à l'intérieur du cadre de la domination coloniale espagnole, non pour contester la légitimité ou l'existence de ce cadre, et il ne doit pas être présenté comme une figure anticoloniale au sens moderne — une distinction qui importe pour lire son parcours honnêtement plutôt que de le réduire à quelque chose qu'il n'était pas.
Mort, canonisation et patronage
Toribio de Mogrovejo meurt le 23 mars 1606 à Saña, au Pérou, alors qu'il menait encore activement une visite pastorale, ayant apparemment continué à administrer les sacrements presque jusqu'à la fin. Les sources décrivant son mandat citent des nombres considérables de personnes baptisées et confirmées au cours de ses 25 années de fonction, bien que, comme pour ses distances de voyage, les chiffres précis de cette époque doivent être traités comme des estimations plutôt que comme des comptes exacts. Il fut canonisé par le pape Benoît XIII en 1726, et il est vénéré aujourd'hui comme patron des évêques d'Amérique latine et du Pérou, sa fête étant célébrée le 23 mars (observée le 27 avril au Pérou même).
Sa tombe, dans la cathédrale de Lima, demeure un lieu de pèlerinage, et son exemple — celui d'un homme d'Église ayant consacré son énergie à atteindre les confins de son diocèse plutôt qu'à gouverner depuis son centre — est souvent cité dans l'Église latino-américaine comme un modèle pour le ministère épiscopal en général, distinct des mouvements théologiques plus récents qui l'ont parfois revendiqué comme précurseur, et bien antérieur à eux. Pour les lecteurs intéressés par d'autres évêques et prêtres missionnaires ayant pris en charge des territoires tout aussi vastes et exigeants, l'histoire de saint Junípero Serra, qui fonda des missions sur une frontière différente mais tout aussi rude en Californie, offre un point de comparaison utile, quelques siècles plus tard.






