Saints Côme et Damien
Des médecins qui n'envoyaient jamais de facture
Selon les récits traditionnels de leur vie, Côme et Damien étaient des frères jumeaux nés en Arabie et formés à la médecine, qui exercèrent ensuite dans la ville cilicienne d'Aegeae, dans l'actuelle Turquie du Sud, quelque part au IIIe siècle. Ce qui les distinguait des autres médecins de leur époque, selon cette tradition, n'était pas une technique médicale particulière mais un principe : ils soignaient leurs patients, y compris les pauvres, sans jamais faire payer leurs services. Dans la tradition chrétienne orientale, cela leur valut, avec un petit nombre d'autres saints retenus pour la même pratique, le titre d'anargyres — un mot grec signifiant « les sans-argent » ou « ceux qui n'ont pas d'argent », une façon de désigner des guérisseurs dont les soins n'étaient pas à vendre.
Fra Angelico, La Guérison de Justinien par saints Côme et Damien (prédelle du retable de San Marco), v. 1438-1440, Museo di San Marco, Florence — domaine public.
Leur talent et leur réputation grandirent, selon la tradition, durant une période d'hostilité ouverte envers les chrétiens sous l'empereur Dioclétien, dont la persécution, débutée en 303, fut parmi les plus sévères que connut l'Église primitive. Côme et Damien furent arrêtés comme chrétiens et, selon les Actes décrivant leur martyre, conduits devant un fonctionnaire romain nommé Lysias et sommés de sacrifier aux dieux païens. Ils refusèrent.
Une mort qui résista à plusieurs tentatives
Le récit de leur exécution suit un schéma courant dans de nombreux récits antiques de martyrs : avant leur décapitation finale, les frères auraient survécu à plusieurs tentatives précédentes contre leur vie — crucifixion, lapidation, flèches et bûcher, chacune ayant échoué à les tuer avant l'exécution finale, réussie celle-là, au glaive. Ce genre de séquence d'exécutions ratées à répétition revient assez souvent dans l'hagiographie ancienne pour qu'il faille y voir un motif littéraire et dévotionnel reconnaissable, plutôt qu'une suite d'événements vérifiée — une manière, pour les auditoires anciens, d'exprimer que la mort des martyrs échappait, en un sens spirituel, à l'entière maîtrise de leurs persécuteurs, plutôt qu'un procès-verbal de ce qui se passa précisément à Aegeae. Ce qui est bien mieux attesté, c'est le fait et la date approximative de leur martyre lui-même, ainsi que la rapidité et la durabilité extraordinaires de la dévotion qui suivit.
Cités dans la partie la plus ancienne de la messe
Aussi légendaires que puissent être certains détails narratifs entourant leur mort, l'ancienneté du culte réel de Côme et Damien ne fait aucun doute. Leurs noms figurent dans le Canon romain de la messe — l'une des plus anciennes et des plus solennelles prières eucharistiques de la liturgie catholique, encore utilisée aujourd'hui sous le nom de Prière eucharistique I — les plaçant parmi une liste restreinte et ancienne de martyrs que l'Église commémore à l'autel depuis près de deux millénaires. Cette inclusion liturgique constitue un marqueur historique véritablement significatif, preuve de la rapidité et de la solidité avec lesquelles leur vénération s'implanta à Rome même, bien distincte, et bien plus solide, que n'importe laquelle des légendes ultérieures qui s'accumulèrent autour de leur histoire.
Une greffe de jambe ajoutée des siècles plus tard
L'histoire la plus célèbre aujourd'hui associée à Côme et Damien, le fameux « miracle de la jambe noire », n'appartient pas du tout à ce noyau ancien. Dans cette légende bien plus tardive, née en Europe occidentale médiévale, les deux saints apparaissent après leur mort à un homme souffrant d'une jambe malade, l'amputent pendant son sommeil et greffent à sa place une jambe saine prélevée sur un donneur éthiopien récemment décédé, si bien que le patient se réveille guéri, mais avec une jambe d'une autre couleur que la sienne. L'histoire se développa dans l'art et la littérature dévotionnels de l'Occident chrétien, bien des siècles après la vie réelle des deux frères, et il faut la comprendre exactement comme telle : une élaboration médiévale venue se greffer — c'est le cas de le dire — sur un culte déjà ancien, non une continuation des toutes premières traditions orientales à leur sujet. Elle devint un sujet de prédilection pour les peintres, précisément à cause de son imagerie vive, presque surréaliste — les propres panneaux de prédelle de Fra Angelico sur Côme et Damien, dont la scène de guérison représentée ci-dessus, s'inscrivaient dans une tradition plus large d'artistes représentant leurs miracles posthumes pour des églises et des hôpitaux placés sous leur patronage.
Patrons de la médecine, encore aujourd'hui
Côme et Damien sont vénérés aujourd'hui comme patrons des médecins, des chirurgiens, des dentistes et des pharmaciens — un patronage qui n'a besoin d'aucune broderie légendaire pour se justifier, tant il découle directement de la seule chose constamment attestée à leur sujet à travers toutes les versions de leur histoire : deux frères qui pratiquaient la médecine et refusaient de faire payer les malades. Leur fête est célébrée le 26 septembre, et des églises, des hôpitaux et des corporations médicales placés sous leur patronage ont porté leurs noms, dans l'Église d'Orient comme dans celle d'Occident, depuis près de dix-sept siècles.






