Bienheureux Charles de Foucauld

De son propre aveu tardif, Charles de Foucauld passa sa vingtaine à courir après la bonne chère, le confort et le plaisir sans direction précise — un officier de cavalerie renvoyé de l'armée française pour indiscipline, vivant ouvertement avec une maîtresse, porté par un héritage confortable. Il mourut à soixante ans devant la porte d'un fortin de terre battue, en plein Sahara, abattu par des pillards venus sans s'attendre à la moindre résistance du prêtre solitaire installé à l'intérieur. Entre ces deux hommes se déploie l'une des conversions les plus saisissantes de l'histoire catholique moderne.

Un officier renvoyé pour indiscipline

Charles de Foucauld naquit le 15 septembre 1858 à Strasbourg, dans une vieille famille aristocratique française, et fut orphelin très jeune — ses deux parents moururent avant qu'il n'ait six ans, le laissant, avec sa sœur, à la garde de leur grand-père. Il hérita d'une fortune considérable, se forma à l'école militaire de Saint-Cyr, et s'était bâti, dès le début de sa vingtaine, une réputation moins liée au métier des armes qu'à l'excès : on le connaissait pour son embonpoint, son goût pour la bonne chère, et une liaison avec une maîtresse qu'il emmenait même en poste militaire — une conduite assez grave pour que l'armée finisse par le rayer du service actif. Ce n'est pas le genre de parcours qui laisse présager une sainteté, et Foucauld lui-même, plus tard dans sa vie, décrivit ces années en termes crus — une décennie vécue pour rien d'autre que son propre appétit.

Un portrait photographique en noir et blanc de Charles de Foucauld dans les dernières années de sa vie, barbu et vêtu de l'habit blanc dépouillé de son ermitage du désert.

Photographie de Charles de Foucauld, vers 1900, photographe inconnu — domaine public.

Un explorateur qui trouva la foi dans le désert

Ce qui tira Foucauld de cette dérive ne fut pas un événement isolé et spectaculaire, mais une lente réorientation qui commença, de façon inattendue, par la géographie. Il reprit brièvement du service actif en Algérie, puis démissionna de sa commission pour passer plus d'un an à parcourir le Maroc, en 1883 et 1884 — un pays alors largement fermé aux Européens, ce qui contraignit Foucauld à voyager déguisé en guide d'un rabbin juif, cartographiant le terrain et documentant la vie locale avec une rigueur véritablement scientifique. L'ouvrage qui en résulta, Reconnaissance au Maroc, fut un travail suffisamment sérieux pour que la Société de géographie française lui décerne sa médaille d'or. Mais l'effet le plus profond du voyage se fit sentir sur Foucauld lui-même : voir des musulmans prier autour de lui avec une dévotion simple et disciplinée, qu'il n'avait jamais pratiquée dans sa propre foi héritée, le marqua durablement, plantant en lui une question qu'il ne pouvait plus chasser au sujet du Dieu auquel il avait cessé de croire.

De retour à Paris, cette question trouva une réponse par l'intermédiaire du père Henri Huvelin, un prêtre que lui avait fait connaître sa pieuse cousine Marie de Bondy. Selon le récit habituellement retenu, Foucauld se rendit auprès de Huvelin en 1886 pour lui demander seulement une instruction dans la foi catholique, non les sacrements — et le prêtre lui répondit d'aller d'abord se confesser. Il s'exécuta, et selon son propre témoignage ultérieur, c'est à ce moment précis, agenouillé dans une église parisienne ordinaire, que sa conversion devint réelle et non plus seulement intellectuelle.

Du monastère trappiste à l'ermitage saharien

Pour Foucauld, la conversion signifia immédiatement un bouleversement radical, et non un retour tranquille à une pratique religieuse ordinaire. En quelques années, il entra chez les trappistes, cet ordre monastique austère connu pour le silence et le travail manuel, d'abord en France puis dans une maison-fille plus pauvre en Syrie, recherchant délibérément une austérité plus grande encore que celle de la vie trappiste. Cela ne suffisait toujours pas. En 1897, il quitta l'ordre — avec la permission de ses supérieurs — pour vivre plusieurs années comme serviteur et gardien indépendant auprès d'un couvent de clarisses à Nazareth, accomplissant des tâches modestes et modelant sa vie d'aussi près que possible sur ce qu'il imaginait des années cachées et laborieuses de Jésus en ce lieu.

Ordonné prêtre en France en 1901, à quarante-trois ans, Foucauld demanda à être envoyé dans un endroit sans autre prêtre ni communauté catholique du tout — et son vœu fut exaucé dans l'Algérie française. Il s'installa d'abord à Béni Abbès, en lisière du Sahara, construisant un petit ermitage qu'il tenait délibérément ouvert aux voyageurs, aux pauvres et aux esclaves affranchis de passage, puis se retira plus profondément dans le désert, à Tamanrasset, dans le massif du Hoggar, pour vivre parmi les Touaregs.

Apprendre une langue qu'aucun missionnaire n'avait maîtrisée avant lui

Les années de Foucauld parmi les Touaregs marquent le tournant le plus singulier et le moins imité de sa vie. Plutôt que de faire de son ermitage une base d'évangélisation ouverte — la population touarègue autour de lui demeurait très majoritairement musulmane, et Foucauld ne fit que peu, voire aucun, converti — il consacra un effort scientifique considérable à l'apprentissage de leur langue, le tamahaq, compilant un dictionnaire et une grammaire touareg-français assez substantiels pour que des linguistes les consultent encore aujourd'hui. Son approche de la mission relevait presque entièrement de la présence : vivre simplement et visiblement aux côtés de gens d'une autre foi, offrant amitié, aide médicale et hospitalité, selon l'idée qu'une vie manifestement vouée à Dieu prêcherait d'elle-même, sans qu'un seul sermon y soit attaché.

Jamais un seul compagnon ne vint le rejoindre dans cette façon de vivre, malgré des années passées à écrire à des amis et des contacts religieux restés en France dans l'espoir d'en attirer d'autres. La règle de vie qu'il rédigea pour une communauté religieuse qu'il espérait fonder resta lettre morte de son vivant.

Mort au seuil du fortin

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale déstabilisa l'ensemble de la région saharienne, et en 1916, Tamanrasset se trouvait dans une zone troublée par des bandes pillardes liées aux troubles plus larges de la résistance senoussie, alignée sur les Ottomans, contre la domination coloniale française. Foucauld avait construit un petit fortin à Tamanrasset, en partie comme refuge pour la population locale en cas de danger précisément de ce genre. Le soir du 1er décembre 1916, une bande de pillards arriva au fortin. Selon la reconstitution la plus largement admise des événements, Foucauld fut emmené dehors pendant qu'un garde le surveillait — et dans la confusion causée par l'approche d'une patrouille militaire française, un jeune garde pris de panique lui tira dessus à bout portant. Il mourut sur le coup, seul avec ses tueurs, devant la porte du refuge qu'il avait bâti pour d'autres.

Une vie solitaire qui produisit des générations de disciples

Aucune congrégation religieuse n'existait pour perpétuer le nom de Foucauld à sa mort — selon toute mesure institutionnelle ordinaire, son projet particulier avait échoué. Ce qui survécut, ce furent ses lettres, ses carnets spirituels, et le récit de sa vie qui circula parmi les catholiques français dans les années suivant sa mort, en particulier grâce à une biographie écrite par René Bazin en 1921. Ces écrits accomplirent ce que les propres efforts de recrutement de Foucauld, de son vivant, n'avaient jamais réussi à faire : ils attirèrent des gens. À partir des années 1930, une série de communautés religieuses prit forme, explicitement modelée sur sa vision d'une présence cachée, laborieuse et profondément priante parmi les pauvres — les Petits Frères de Jésus, fondés en 1933, puis les Petites Sœurs de Jésus, suivies au fil des décennies par de nombreuses autres communautés et groupes laïcs qui se décrivent aujourd'hui collectivement comme la Famille spirituelle de Charles de Foucauld.

Il fut béatifié le 13 novembre 2005 par le pape Benoît XVI, et canonisé le 15 mai 2022 par le pape François, lors de la même cérémonie que Titus Brandsma, une autre figure moderne dont le chemin vers la sainteté passa directement par la résistance à la violence plutôt qu'autour d'elle. Sa fête est célébrée le 1er décembre, anniversaire de sa mort, et bien qu'aucun patronage universel formel ne lui ait été attaché, il est largement considéré, dans un sens dévotionnel et informel, comme le patron de cette présence missionnaire discrète et sans éclat qu'il pratiqua pendant ses deux dernières décennies au Sahara.

Trivia

Qui était le bienheureux Charles de Foucauld ?
Charles de Foucauld (1858-1916) était un officier de cavalerie et explorateur français qui, après une jeunesse dissolue, se reconvertit à une foi catholique fervente vers la fin de sa vingtaine, devint brièvement moine trappiste, puis vécut le reste de sa vie comme ermite-prêtre solitaire parmi les Touaregs du Sahara algérien, où il fut tué en 1916.
Pourquoi Charles de Foucauld s'est-il reconverti au catholicisme ?
Après des années d'une vie qu'il qualifiait lui-même de dissipée, Foucauld fut touché par la piété sincère des musulmans qu'il observa lors de son exploration du Maroc, et retrouva le chemin de sa propre foi catholique grâce aux conseils du confesseur de sa cousine, le père Henri Huvelin, à Paris, vers 1886.
Charles de Foucauld a-t-il fondé un ordre religieux ?
Non — de son vivant, il vécut et mourut sans un seul compagnon ni communauté formelle ; les congrégations religieuses qui se réclament de lui, dont les Petits Frères de Jésus et la plus large Famille spirituelle de Charles de Foucauld, furent fondées des décennies après sa mort par des personnes inspirées par ses écrits et son exemple.
Comment Charles de Foucauld est-il mort ?
Il fut abattu le 1er décembre 1916, devant la porte de son fortin de Tamanrasset, dans le Sahara algérien, par un groupe de pillards, en pleine instabilité régionale liée à la Première Guerre mondiale ; il fut enterré à proximité, et sa mort est généralement considérée comme un martyre lié à la haine de la foi qu'il représentait, même si les motivations précises de ses assaillants restent débattues par les historiens.
Quand Charles de Foucauld a-t-il été canonisé ?
Il fut béatifié le 13 novembre 2005 par le pape Benoît XVI, puis canonisé saint le 15 mai 2022 par le pape François ; sa fête est célébrée le 1er décembre, jour anniversaire de sa mort.
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