Saint Cyrille d'Alexandrie

Les alliés de Nestorius sont encore en route vers Éphèse, en juin 431, quand Cyrille d'Alexandrie décide de ne pas les attendre. Il ouvre le concile malgré tout, et en une seule journée, les évêques réunis condamnent et déposent Nestorius. Le temps que la délégation manquante arrive enfin, le verdict est déjà rendu — et furieux d'avoir été mis à l'écart, ses membres tiennent leur propre concile rival et condamnent Cyrille à leur tour.

Le neveu d'un patriarche devient patriarche

Cyrille naît vers 376, probablement à Alexandrie ou dans ses environs, la grande capitale intellectuelle de l'Égypte, et grandit dans la maison de son oncle Théophile, patriarche de la ville. Lorsque Théophile meurt en 412, Cyrille lui succède à l'issue d'une élection contestée, héritant d'un siège qui fonctionnait autant comme une base de pouvoir politique que comme une charge religieuse — le patriarche d'Alexandrie commandait une fortune considérable, une force privée de moines agissant un peu comme une milice personnelle, et une influence qui entrait régulièrement en collision avec celle du préfet romain de la ville.

Une icône byzantine représentant deux évêques en habits, nimbés, debout sous des arches dorées ornées, chacun tenant un livre serti de pierres précieuses, tirée d'un manuscrit enluminé du XIe siècle.

Enlumineurs byzantins, Athanase et Cyrille d'Alexandrie, Ménologe de Basile II, v. 985, Bibliothèque vaticane (Vat. gr. 1613) — domaine public.

Un chapitre difficile que les historiens ne passent pas sous silence

Cette collision tourna à la violence plus d'une fois durant les premières années du patriarcat de Cyrille. Son mandat vit l'expulsion de la communauté juive d'Alexandrie après une période d'émeutes communautaires, et en 415, une foule liée aux partisans de Cyrille assassina Hypatie, philosophe et mathématicienne païenne respectée, la traînant hors de son char en plein jour. Aucune source ancienne conservée ne montre Cyrille ayant ordonné ce meurtre, et les historiens débattent encore de son degré exact de responsabilité — mais l'épisode survint dans un contexte de tension réelle entre sa charge et le gouverneur d'Alexandrie, tension à laquelle Cyrille prenait activement part, et aucun récit honnête de sa vie ne l'omet.

Le concile qui n'attendit pas

La réputation durable de Cyrille repose sur un affrontement théologique survenu quelques années plus tard. Nestorius, nouvellement installé comme évêque de Constantinople, enseignait qu'il ne fallait pas appeler Marie Théotokos (« celle qui enfante Dieu »), mais seulement Christotokos, « mère du Christ » — une distinction que Cyrille interprétait comme divisant Jésus en deux personnes vaguement unies, l'une divine et l'autre humaine, au lieu d'un Christ unique et indivisible. Cyrille écrivit directement à Nestorius, l'avertissant dans sa deuxième lettre qu'il avait « grandement scandalisé toute l'Église, et répandu parmi le peuple le ferment d'une hérésie étrange et nouvelle ». Lorsque le différend fut porté devant un concile œcuménique réuni à Éphèse en juin 431, Cyrille — présidant en tant que légat du pape Célestin Ier — ouvrit les travaux le 22 juin sans attendre la délégation des évêques fidèles à Nestorius, encore retardée sur la route. Les évêques présents condamnèrent et déposèrent Nestorius en cette seule journée. Lorsque la délégation manquante, conduite par Jean d'Antioche, finit par arriver, ses membres étaient suffisamment furieux pour réunir leur propre concile rival et condamner Cyrille à leur tour — un double verdict confus et enchevêtré qu'il fallut encore deux ans de négociations pour résoudre dans la Formule d'union de 433.

Docteur de l'Incarnation

La décision du concile d'Éphèse fut maintenue, et elle fit bien plus que régler la carrière d'un seul évêque : elle consacra Théotokos comme doctrine correcte et posa le principe — affiné plus tard au concile de Chalcédoine, vingt ans après — que le Christ est une seule personne possédant deux natures complètes, divine et humaine, sans division ni confusion entre elles. La fête de Cyrille tombe le 27 juin, et en 1882, le pape Léon XIII le proclama Docteur de l'Église, l'honorant précisément comme le théologien dont les lettres combatives et rigoureusement argumentées protégèrent la doctrine de l'Incarnation à un moment où elle aurait facilement pu se briser en Églises rivales.

Trivia

Qui était saint Cyrille d'Alexandrie ?
Un patriarche d'Alexandrie qui exerça sa charge de 412 à 444, resté célèbre avant tout pour son rôle au concile d'Éphèse en 431 et pour sa défense du Christ comme personne unique et indivisible ; le pape Léon XIII le proclama Docteur de l'Église en 1882.
Que s'est-il passé au concile d'Éphèse en 431 ?
Cyrille, présidant en tant que légat du pape Célestin Ier, ouvrit le concile le 22 juin sans attendre la délégation, retardée, des évêques favorables à Nestorius ; les évêques présents condamnèrent et déposèrent Nestorius en une seule journée, et la délégation arrivée tardivement répliqua en tenant son propre concile rival, condamnant Cyrille à son tour.
Pourquoi Cyrille est-il appelé le « Docteur de l'Incarnation » ?
Ses écrits contre Nestorius affirmaient que le Christ est une personne unique et indivisible, pleinement Dieu et pleinement homme à la fois — une position que le concile d'Éphèse adopta comme enseignement orthodoxe, et qui façonna aussi la définition des deux natures du Christ donnée par le concile de Chalcédoine, vingt ans plus tard.
Quel est le lien entre Cyrille et le meurtre de la philosophe Hypatie ?
En 415, une foule liée aux partisans de Cyrille assassina Hypatie, une philosophe païenne respectée, dans un contexte de tension réelle entre la charge de Cyrille et le gouvernement civil d'Alexandrie ; aucune source ancienne ne montre Cyrille ayant ordonné ce meurtre, et les historiens débattent encore de son degré exact de responsabilité, mais cet épisode demeure une part documentée et troublante de son patriarcat.
Pourquoi l'enseignement de Nestorius fut-il considéré comme une hérésie ?
Nestorius répugnait à appeler Marie « Théotokos » (« celle qui enfante Dieu »), préférant « Christotokos » — une distinction que Cyrille interprétait comme scindant le Christ en deux personnes vaguement unies, l'une divine et l'autre humaine, au lieu du Christ unique et indivisible que décrivaient l'Écriture et la tradition antérieure.
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