Saint Cyrille d'Alexandrie
Le neveu d'un patriarche devient patriarche
Cyrille naît vers 376, probablement à Alexandrie ou dans ses environs, la grande capitale intellectuelle de l'Égypte, et grandit dans la maison de son oncle Théophile, patriarche de la ville. Lorsque Théophile meurt en 412, Cyrille lui succède à l'issue d'une élection contestée, héritant d'un siège qui fonctionnait autant comme une base de pouvoir politique que comme une charge religieuse — le patriarche d'Alexandrie commandait une fortune considérable, une force privée de moines agissant un peu comme une milice personnelle, et une influence qui entrait régulièrement en collision avec celle du préfet romain de la ville.
Enlumineurs byzantins, Athanase et Cyrille d'Alexandrie, Ménologe de Basile II, v. 985, Bibliothèque vaticane (Vat. gr. 1613) — domaine public.
Un chapitre difficile que les historiens ne passent pas sous silence
Cette collision tourna à la violence plus d'une fois durant les premières années du patriarcat de Cyrille. Son mandat vit l'expulsion de la communauté juive d'Alexandrie après une période d'émeutes communautaires, et en 415, une foule liée aux partisans de Cyrille assassina Hypatie, philosophe et mathématicienne païenne respectée, la traînant hors de son char en plein jour. Aucune source ancienne conservée ne montre Cyrille ayant ordonné ce meurtre, et les historiens débattent encore de son degré exact de responsabilité — mais l'épisode survint dans un contexte de tension réelle entre sa charge et le gouverneur d'Alexandrie, tension à laquelle Cyrille prenait activement part, et aucun récit honnête de sa vie ne l'omet.
Le concile qui n'attendit pas
La réputation durable de Cyrille repose sur un affrontement théologique survenu quelques années plus tard. Nestorius, nouvellement installé comme évêque de Constantinople, enseignait qu'il ne fallait pas appeler Marie Théotokos (« celle qui enfante Dieu »), mais seulement Christotokos, « mère du Christ » — une distinction que Cyrille interprétait comme divisant Jésus en deux personnes vaguement unies, l'une divine et l'autre humaine, au lieu d'un Christ unique et indivisible. Cyrille écrivit directement à Nestorius, l'avertissant dans sa deuxième lettre qu'il avait « grandement scandalisé toute l'Église, et répandu parmi le peuple le ferment d'une hérésie étrange et nouvelle ». Lorsque le différend fut porté devant un concile œcuménique réuni à Éphèse en juin 431, Cyrille — présidant en tant que légat du pape Célestin Ier — ouvrit les travaux le 22 juin sans attendre la délégation des évêques fidèles à Nestorius, encore retardée sur la route. Les évêques présents condamnèrent et déposèrent Nestorius en cette seule journée. Lorsque la délégation manquante, conduite par Jean d'Antioche, finit par arriver, ses membres étaient suffisamment furieux pour réunir leur propre concile rival et condamner Cyrille à leur tour — un double verdict confus et enchevêtré qu'il fallut encore deux ans de négociations pour résoudre dans la Formule d'union de 433.
Docteur de l'Incarnation
La décision du concile d'Éphèse fut maintenue, et elle fit bien plus que régler la carrière d'un seul évêque : elle consacra Théotokos comme doctrine correcte et posa le principe — affiné plus tard au concile de Chalcédoine, vingt ans après — que le Christ est une seule personne possédant deux natures complètes, divine et humaine, sans division ni confusion entre elles. La fête de Cyrille tombe le 27 juin, et en 1882, le pape Léon XIII le proclama Docteur de l'Église, l'honorant précisément comme le théologien dont les lettres combatives et rigoureusement argumentées protégèrent la doctrine de l'Incarnation à un moment où elle aurait facilement pu se briser en Églises rivales.






