Saint Janvier
Un évêque martyrisé sous Dioclétien
Ce que l'on sait de la vie de Janvier est relativement bref. Il fut évêque de Bénévent, ville de la province romaine de Campanie, dans le sud de l'Italie, sous le règne de l'empereur Dioclétien — une période qui produisit l'une des persécutions les plus sévères et les plus systématiques que les chrétiens aient connues dans l'histoire de l'empire, avec des édits impériaux ordonnant la destruction des églises et des Écritures et exigeant que les chrétiens sacrifient aux dieux romains sous peine d'emprisonnement et de mort. Selon la tradition, Janvier se rendit auprès de chrétiens déjà emprisonnés pour leur foi près de Pouzzoles, non loin de Naples, afin de leur rendre visite et de les encourager, et fut lui-même arrêté pour cet acte de solidarité, puis condamné à mort vers l'an 305.
Louis Finson, « San Gennaro » (Saint Janvier), vers 1610-1612, Palmer Museum of Art — domaine public.
Le récit légendaire de son exécution comporte un détail commun à de nombreux récits de martyre de cette période : il aurait d'abord été livré à des ours ou à des lions dans une arène, qui auraient refusé de lui faire du mal, avant que les autorités ne recourent finalement à la décapitation. Des compagnons, dont un diacre et plusieurs laïcs, sont également honorés dans le récit traditionnel comme ayant été martyrisés à ses côtés, bien que, comme pour Janvier lui-même, les détails précis du récit reposent sur la tradition plutôt que sur une documentation contemporaine. Le fait même de son martyre sous la persécution de Dioclétien, en revanche, est solidement établi dans la mémoire de l'Église, et son culte dans la région de Naples peut être retracé avec une confiance raisonnable jusqu'à quelques générations à peine après sa mort — un enracinement dévotionnel précoce et stable, inhabituel pour un martyr de cette époque.
Ce qui se passa après sa mort
Aujourd'hui, on se souvient de Janvier beaucoup moins pour les circonstances de sa mort que pour ce qui serait arrivé à ses reliques depuis lors. La cathédrale de Naples conserve une fiole de verre scellée, dite contenir son sang séché, recueilli, selon la tradition, au moment même de son martyre. Plusieurs fois chaque année — le plus notablement le 19 septembre, jour de sa fête, mais aussi à d'autres dates fixes du calendrier napolitain — cette fiole est présentée lors d'une cérémonie publique, et la matière sombre et solide qu'elle contient se liquéfierait sous les yeux de la foule assemblée. Ce n'est pas une invention dévotionnelle récente : la liquéfaction est documentée depuis au moins le XIVe siècle, ce qui en fait l'un des phénomènes religieux les plus longuement observés en continu dans le monde catholique, et elle continue d'attirer d'immenses foules à la cathédrale de Naples chaque fois qu'elle est attendue.
Un phénomène que l'Église n'a jamais tranché dogmatiquement
Il vaut la peine d'être précis sur la manière dont l'Église catholique traite réellement cet événement, car les récits populaires l'exagèrent souvent dans un sens ou dans l'autre. L'Église n'a jamais publié de déclaration doctrinale formelle proclamant cette liquéfaction comme un miracle certifié, à la manière dont elle procède pour des guérisons précises examinées dans le cadre de causes de canonisation. Elle ne l'a pas non plus, pour autant, démystifiée ou écartée. Elle demeure ce qu'elle est depuis des siècles : un phénomène dévotionnel populaire, documenté et rapporté, que l'Église permet de vénérer sans en exiger la croyance comme article de foi. Diverses études scientifiques ont, au fil des ans, proposé des explications naturelles au comportement d'une telle substance dans certaines conditions, tandis que d'autres chercheurs estiment que ces explications ne rendent pas pleinement compte du schéma observé ; le débat n'a pas abouti à une résolution universellement acceptée, et l'événement se poursuit largement comme toujours — en public, aux dates prévues, observé par une cathédrale pleine, dans une ville qui a bâti autour de lui une véritable identité civique.
Une identité civique bâtie autour d'une relique
Naples a incorporé la cérémonie du sang au plus profond de son identité civique, d'une manière que peu d'autres villes ont pratiquée avec la relique d'un saint patron. Les échecs de la liquéfaction — rares, mais documentés au fil des siècles — ont historiquement été perçus par les Napolitains comme un présage inquiétant, associé dans la mémoire populaire à des années de malheur ou de catastrophe pour la ville, une lecture folklorique que l'Église elle-même n'a jamais entérinée comme doctrine, mais qu'elle n'a jamais activement découragée non plus chez les fidèles. L'événement attire non seulement des catholiques fervents, mais aussi des journalistes, des scientifiques et des visiteurs curieux venus de bien au-delà de l'Italie à chaque fois qu'il est attendu, et le trésor de la cathédrale qui abrite la relique compte, selon certaines estimations, parmi les collections d'art dévotionnel et d'objets d'or les plus précieuses jamais rassemblées pour le culte d'un seul saint dans tout le monde catholique, accumulée au fil des siècles grâce aux dons d'une ville qui n'a jamais cessé d'investir dans sa mémoire.
Patron de Naples, et des donneurs de sang
La fête de Janvier est célébrée le 19 septembre, et son patronage découle naturellement de son histoire sur deux plans. Il est le principal saint patron de Naples elle-même, une ville dont le rapport avec lui dépasse largement la dévotion routinière que tant de villes vouent à leur patron — la cérémonie du sang est un véritable pilier de l'identité civique, suivie et commentée même par des Napolitains qui, par ailleurs, ne pratiquent pas régulièrement leur foi. Et en raison de la relique de sang au centre de son culte, il est aussi devenu patron des banques du sang et des donneurs de sang, un patronage moderne né directement et tout naturellement de l'objet même autour duquel sa dévotion s'est concentrée depuis plus de six cents ans.






