Saint Janvier

Trois fois par an, une foule emplit la cathédrale de Naples pour observer une petite fiole de verre. À l'intérieur repose une matière sombre et solide, présentée comme le sang séché d'un évêque exécuté voici quelque dix-sept siècles. Sur commande, le plus souvent, cette matière se change en liquide sous les yeux de tous. Le phénomène se produit, par intermittence, depuis au moins les années 1300. Personne — ni les scientifiques qui l'ont étudié, ni l'Église qui en a la garde — n'en a jamais donné d'explication définitive.

Un évêque martyrisé sous Dioclétien

Ce que l'on sait de la vie de Janvier est relativement bref. Il fut évêque de Bénévent, ville de la province romaine de Campanie, dans le sud de l'Italie, sous le règne de l'empereur Dioclétien — une période qui produisit l'une des persécutions les plus sévères et les plus systématiques que les chrétiens aient connues dans l'histoire de l'empire. Selon la tradition, Janvier fut arrêté près de Pouzzoles, non loin de Naples, et condamné à mort vers l'an 305. Le récit légendaire de son exécution comporte un détail commun à de nombreux récits de martyre de cette période : il aurait d'abord été livré à des ours ou à des lions dans une arène, qui auraient refusé de lui faire du mal, avant que les autorités ne recourent finalement à la décapitation. Comme pour beaucoup de martyrs de cette époque, les détails précis du récit reposent sur la tradition plutôt que sur une documentation contemporaine — mais le fait même de son martyre sous la persécution de Dioclétien est solidement établi dans la mémoire de l'Église.

Un évêque coiffé d'une mitre d'or et vêtu d'une chape richement brodée tient une crosse, éclairé de façon dramatique sur un fond sombre, dans un portrait de dévotion baroque.

Louis Finson, « San Gennaro » (Saint Janvier), vers 1610-1612, Palmer Museum of Art — domaine public.

Ce qui se passa après sa mort

Aujourd'hui, on se souvient de Janvier beaucoup moins pour les circonstances de sa mort que pour ce qui serait arrivé à ses reliques depuis lors. La cathédrale de Naples conserve une fiole de verre scellée, dite contenir son sang séché, recueilli, selon la tradition, au moment même de son martyre. Plusieurs fois chaque année — le plus notablement le 19 septembre, jour de sa fête, mais aussi à d'autres dates fixes du calendrier napolitain — cette fiole est présentée lors d'une cérémonie publique, et la matière sombre et solide qu'elle contient se liquéfierait sous les yeux de la foule assemblée. Ce n'est pas une invention dévotionnelle récente : la liquéfaction est documentée depuis au moins le XIVe siècle, ce qui en fait l'un des phénomènes religieux les plus longuement observés en continu dans le monde catholique, et elle continue d'attirer d'immenses foules à la cathédrale de Naples chaque fois qu'elle est attendue.

Un phénomène que l'Église n'a jamais tranché dogmatiquement

Il vaut la peine d'être précis sur la manière dont l'Église catholique traite réellement cet événement, car les récits populaires l'exagèrent souvent dans un sens ou dans l'autre. L'Église n'a jamais publié de déclaration doctrinale formelle proclamant cette liquéfaction comme un miracle certifié, à la manière dont elle procède pour des guérisons précises examinées dans le cadre de causes de canonisation. Elle ne l'a pas non plus, pour autant, démystifiée ou écartée. Elle demeure ce qu'elle est depuis des siècles : un phénomène dévotionnel populaire, documenté et rapporté, que l'Église permet de vénérer sans en exiger la croyance comme article de foi. Diverses études scientifiques ont, au fil des ans, proposé des explications naturelles au comportement d'une telle substance dans certaines conditions, tandis que d'autres chercheurs estiment que ces explications ne rendent pas pleinement compte du schéma observé ; le débat n'a pas abouti à une résolution universellement acceptée, et l'événement se poursuit largement comme toujours — en public, aux dates prévues, observé par une cathédrale pleine, dans une ville qui a bâti autour de lui une véritable identité civique.

Patron de Naples, et des donneurs de sang

La fête de Janvier est célébrée le 19 septembre, et son patronage découle naturellement de son histoire sur deux plans. Il est le principal saint patron de Naples elle-même, une ville dont le rapport avec lui dépasse largement la dévotion routinière que tant de villes vouent à leur patron — la cérémonie du sang est un véritable pilier de l'identité civique, suivie et commentée même par des Napolitains qui, par ailleurs, ne pratiquent pas régulièrement leur foi. Et en raison de la relique de sang au centre de son culte, il est aussi devenu patron des banques du sang et des donneurs de sang, un patronage moderne né directement et tout naturellement de l'objet même autour duquel sa dévotion s'est concentrée depuis plus de six cents ans.

Trivia

Qui était saint Janvier ?
Connu en italien sous le nom de San Gennaro, il fut évêque de Bénévent, ville du sud de l'Italie, martyrisé vers 305 apr. J.-C. près de Pouzzoles durant la persécution des chrétiens sous l'empereur Dioclétien ; selon la tradition, il fut d'abord condamné à être livré aux bêtes sauvages dans une arène, avant d'être finalement décapité.
Qu'est-ce que le miracle du sang de saint Janvier ?
C'est la liquéfaction rapportée d'une matière sombre et solide, conservée dans une fiole scellée à la cathédrale de Naples et présentée comme le sang séché du saint ; à des dates fixes de l'année — la plus notable étant sa fête, le 19 septembre — cette matière est présentée lors d'une cérémonie publique et se liquéfie, dit-on, un phénomène documenté depuis au moins le XIVe siècle.
L'Église a-t-elle officiellement déclaré miraculeuse la liquéfaction du sang de saint Janvier ?
Non — l'Église catholique n'a jamais émis de déclaration doctrinale formelle proclamant ce phénomène surnaturel, et il n'est pas exigé des catholiques d'y croire ; il s'agit d'un événement dévotionnel populaire, richement documenté depuis longtemps à Naples, vénéré comme tel plutôt que défini comme un article de foi par l'Église.
Que se passe-t-il si le sang de saint Janvier ne se liquéfie pas ?
Dans la tradition populaire napolitaine, l'absence de liquéfaction au moment attendu a historiquement été perçue comme un signe de mauvais augure, parfois associée dans la mémoire locale à des catastrophes ou à des années difficiles pour la ville, bien que cette lecture relève de la croyance populaire et de la tradition civique plutôt que de l'enseignement de l'Église.
De quoi saint Janvier est-il le saint patron ?
Il est le principal saint patron de la ville de Naples, et — en raison directe de sa célèbre relique de sang — il est également reconnu comme patron des banques du sang et des donneurs de sang.
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