Sainte Marguerite Bourgeoys
De Troyes au bout du monde
Marguerite Bourgeoys naît le 17 avril 1620 à Troyes, en France, au sein d'une nombreuse famille de marchands. Rien, dans sa jeunesse, ne la destinait particulièrement à la frontière coloniale — elle appartient à une association pieuse locale liée à la Congrégation de Notre-Dame de sa ville natale, enseignant et se consacrant aux œuvres de charité, comme tant de laïques dévotes de son temps. Ce qui change le cours de sa vie, c'est une invitation de Paul de Chomedey de Maisonneuve, fondateur et gouverneur de Ville-Marie, la petite bourgade fortifiée sur le fleuve Saint-Laurent qui deviendra Montréal. Maisonneuve cherche quelqu'un pour fonder une école pour les enfants de la colonie, et en 1653 Bourgeoys accepte, s'embarquant pour la Nouvelle-France, un établissement qui ne compte alors que quelques centaines d'habitants, luttant pour survivre sur une terre disputée aux nations autochtones et cernée de forêt de toutes parts.
Pierre Le Ber, Portrait de Marguerite Bourgeoys, huile sur toile, 1700, Musée Marguerite-Bourgeoys, Montréal — domaine public.
Une école, puis bien plus qu'une école
Bourgeoys ouvre son école dans une étable de pierre que Maisonneuve lui a donnée — un commencement modeste, à la mesure de ce qui deviendra l'un des ministères éducatifs les plus marquants de l'histoire du Canada. Mais ses ambitions, et sa perception de ce dont la colonie a réellement besoin, dépassent vite le cadre d'une simple salle de classe. En 1658, avec plusieurs compagnes venues la rejoindre, elle fonde la Congrégation de Notre-Dame de Montréal.
Ce qui rend cette nouvelle communauté véritablement singulière, presque radicale au regard des normes de l'Église du XVIIe siècle, c'est la décision de Bourgeoys de la maintenir sans clôture. Presque toutes les autres voies structurées offertes aux religieuses de l'époque impliquaient l'enfermement permanent — une vie vécue derrière les murs d'un couvent, souvent derrière une véritable grille séparant les sœurs des visiteurs et du monde extérieur. Bourgeoys construit délibérément autre chose : une communauté de femmes libres de parcourir la colonie, enseignant dans des établissements dispersés, visitant les malades, menant ce type d'action sociale itinérante que la vie cloîtrée ne pouvait tout simplement pas permettre. Cela traduit une lecture lucide de ce dont une colonie de pionniers avait réellement besoin de la part de ses religieuses, et cela pose un modèle qui influencera bien au-delà de la Nouvelle-France les congrégations enseignantes non cloîtrées.
Aider à installer les « filles du roi »
L'un des chapitres les plus singuliers et les mieux documentés de l'œuvre de Bourgeoys concerne les « filles du roi » — ces jeunes femmes que la couronne française envoie en Nouvelle-France entre les années 1660 et 1670, spécifiquement pour épouser des colons et aider à stabiliser la population de la colonie. Arrivées dans un pays inconnu, sans grandes ressources ni famille à proximité, ces femmes ont besoin d'un soutien concret avant de pouvoir raisonnablement se marier et fonder un foyer. Bourgeoys prend personnellement en charge une grande partie de ce travail : logement, initiation à la vie coloniale, apprentissage des tâches domestiques de base, pour un certain nombre de ces femmes durant leurs premiers mois en Nouvelle-France. C'est un détail concret et précis, qui distingue Marguerite Bourgeoys d'une biographie de sainte purement dévotionnelle ou légendaire — il s'agit ici d'une œuvre sociale documentée, institutionnelle, menée par une figure historique nommément identifiée, dont l'activité apparaît dans les archives coloniales.
Une vie sur des bases documentaires solides
Contrairement à nombre de saints des siècles antérieurs, dont l'histoire repose largement sur une légende tardive, Bourgeoys est une figure du XVIIe siècle bien documentée. Une correspondance abondante, des archives coloniales et judiciaires, ainsi que ses propres écrits nous sont parvenus, y compris des textes de ses dernières années, compilés et publiés plus tard sous le titre Les Écrits de Marguerite Bourgeoys — un testament spirituel et une autobiographie partielle qu'elle rédige vers la fin de sa vie. Aucune phrase courte et précisément citable de ce testament n'a pu être vérifiée avec certitude par rapport à une édition du domaine public identifiable pour cet article ; plutôt que de risquer une citation inexacte, son propre témoignage est ici décrit sur le fond : les écrits d'une fondatrice âgée, revenant sur des décennies passées à bâtir, à partir de rien, une communauté religieuse aux confins d'une colonie encore toute jeune.
Première sainte catholique canadienne de sexe féminin
Bourgeoys meurt à Montréal le 12 janvier 1700. Sa cause traverse les processus de l'Église sur près de trois siècles : déclarée vénérable en 1878 par le pape Léon XIII, béatifiée le 12 novembre 1950 par le pape Pie XII, et enfin canonisée le 31 octobre 1982 par le pape Jean-Paul II. Cette canonisation fait d'elle la première sainte catholique canadienne de sexe féminin — une distinction réellement notable, qu'il vaut la peine de préciser exactement : elle concerne spécifiquement les saintes, puisque des hommes liés au Canada avaient déjà été canonisés auparavant (les martyrs canadiens, entre autres), et elle se distingue de l'honneur revenant à sainte Marguerite d'Youville, canonisée huit ans plus tard, qui fut la première sainte réellement née sur le sol canadien.
Sa fête est célébrée le 12 janvier. Elle n'a pas de patronage romain universel fermement établi, mais elle est tout naturellement regardée, au vu de son héritage, comme patronne des enseignants et des éducateurs — la fondatrice de ce qui deviendra la première congrégation enseignante du Canada pour les femmes, bâtie sur l'idée simple et tenace que la vie religieuse et une salle de classe sans murs, sans cesse en mouvement, n'étaient pas, après tout, incompatibles. Pour en savoir plus sur la manière dont l'Église a reconnu les figures qui ont façonné l'éducation et la mission à travers les Amériques, voir le Répertoire des saints patrons.






