Saint Remi de Reims
Évêque à vingt-deux ans
Remi est élu archevêque de Reims à l'âge remarquablement précoce de 22 ans, prenant la tête de l'un des sièges épiscopaux les plus importants de la Gaule à une époque où l'Empire romain d'Occident s'effondre et où les royaumes germaniques se partagent son ancien territoire. Il exercera cette charge pendant des décennies — les sources historiques divergent sur l'année exacte de sa mort, les estimations tournant généralement autour de 533 —, devenant une présence religieuse stabilisatrice à Reims au cœur d'une période de bouleversements politiques considérables. Mais rien, dans ce long épiscopat, ne pèsera autant qu'une seule cérémonie qu'il célèbre relativement tôt dans son ministère : le baptême d'un jeune roi franc ambitieux, encore païen, nommé Clovis.
Maître de Saint-Gilles, Le Baptême de Clovis, v. 1500, National Gallery of Art, Washington — domaine public (CC0).
Le baptême qui redessina un royaume
Clovis Ier a fait des Francs la puissance dominante en Gaule au fil d'années de campagnes militaires, mais il demeure un roi païen régnant sur une population de plus en plus chrétienne. Son épouse, Clotilde — elle-même chrétienne, et vénérée elle aussi plus tard comme sainte — le pousse depuis longtemps vers la conversion, et après une victoire décisive à la bataille de Tolbiac, Clovis se décide enfin. La tradition situe son baptême à Reims le jour de Noël 496, Remi célébrant la cérémonie avec l'assistance de Clotilde et de saint Vaast ; une partie de l'érudition moderne défend une date un peu plus tardive, plus proche de 508, les sources conservées ne s'accordant pas assez précisément pour trancher définitivement la question. Ce qui ne fait aucun doute, c'est la portée du choix de Clovis : plutôt que d'adopter le christianisme arien, pratiqué par plusieurs royaumes germaniques voisins, il est baptisé directement dans la foi catholique et nicéenne — sans doute le baptême le plus lourd de conséquences de toute l'histoire du haut Moyen Âge européen, et le moment qui engage le royaume devenu la France sur une voie catholique qu'il suivra pendant les quinze siècles suivants.
Une phrase célèbre, imparfaitement conservée
Les récits populaires du baptême rapportent souvent une parole spectaculaire que Remi aurait adressée à Clovis devant les fonts baptismaux, l'exhortant en substance à courber la tête, fier roi franc, à adorer ce qu'il avait brûlé et à brûler ce qu'il avait adoré. C'est une image saisissante, répétée depuis des siècles — mais la formulation exacte, et même l'attribution précise, varient sensiblement d'un récit à l'autre, ce qui interdit de la traiter comme une citation vérifiée, mot pour mot. La façon la plus prudente de la présenter est celle-ci : selon une tradition rapportée de longue date, Remi aurait dit quelque chose de cet ordre tandis que Clovis s'agenouillait devant lui, appelant le roi à abandonner les dieux de ses ancêtres pour la foi qu'il s'apprêtait à recevoir. Quels qu'en soient les mots exacts, la substance du moment — un roi païen se soumettant au baptême des mains d'un évêque catholique — n'est, elle, pas contestée.
Un héritage qui se compte en siècles, non en années
Remi vécut assez longtemps pour voir le royaume qu'il avait contribué à faire entrer dans l'Église devenir la première puissance chrétienne d'Occident, et des générations de rois de France, après Clovis, regardèrent ce baptême de Reims comme le moment fondateur religieux de leur monarchie — au point que la cathédrale de Reims devint, pour des siècles, le lieu traditionnel des sacres royaux français. Il fut vénéré comme saint par une acclamation populaire ancienne plutôt que par un processus formel de canonisation, selon les usages de son époque, et sa fête est célébrée le 1er octobre, avec une commémoration distincte le 13 janvier dans certains calendriers, marquant la translation ultérieure de ses reliques. Il est rare que quelques minutes passées par un évêque devant des fonts baptismaux continuent de façonner l'identité religieuse d'une nation mille ans plus tard — c'est pourtant exactement ce qu'accomplit le baptême de Clovis par Remi.






