Sainte Brigitte de Suède
Pas la Brigide irlandaise
Avant tout : il s'agit ici de Birgitta Birgersdotter de Suède, noble, mystique et fondatrice de l'ordre brigittin du XIVe siècle — et non de sainte Brigide d'Irlande, l'abbesse irlandaise de Kildare du Ve siècle. Les deux noms sont de quasi-homonymes en français, « Brigitte » et « Brigide », ce qui entretient une confusion réelle depuis des siècles, mais les deux femmes sont séparées par environ 800 ans, deux pays différents, deux héritages fondateurs entièrement distincts, et deux fêtes différentes. Il vaut mieux le poser clairement et d'emblée, tant la confusion est fréquente, avant d'aller plus loin.
« Saint Bridget », lithographie coloriée à la main, Popular Graphic Arts collection, Currier & Ives, Library of Congress — domaine public.
Le parcours ordinaire d'une noble, jusqu'à ce qu'il cesse de l'être
Brigitte naquit vers 1303 ou 1304 en Uppland, en Suède, dans une famille noble en vue. Suivant les coutumes matrimoniales de son époque, elle fut mariée à 13 ans, en 1316, à Ulf Gudmarsson, de la famille d'Ulvåsa. De ce mariage naquirent huit enfants, dont six survécurent à la petite enfance, parmi lesquels une fille, Catherine de Vadstena, plus tard elle-même vénérée comme sainte. Jusque-là, la vie de Brigitte suivait le cours attendu pour une femme de sa condition et de son siècle — mariage avantageux, vaste maisonnée, enfants élevés dans la société noble. Ulf mourut en 1344, laissant Brigitte veuve.
Une vision, un ordre, et un départ pour Rome
Ce qui suivit s'écarta radicalement de ce qu'on attendait d'une noble veuve dans la Suède du XIVe siècle. Brigitte rapporta une vision divine lui ordonnant de fonder un nouvel ordre religieux, d'où naquit l'Ordre du Très Saint Sauveur — connu depuis sous le nom de brigittins. La structure de l'ordre était inhabituelle pour l'époque : des « doubles monastères », c'est-à-dire des communautés de moniales et de moines distinctes mais physiquement attenantes, l'ensemble de la communauté étant placé sous le gouvernement général d'une abbesse. La maison-mère, l'abbaye de Vadstena, fut dotée par le roi Magnus IV et la reine Blanche de Namur, ce qui assura au nouvel ordre un soutien royal dès l'origine.
En 1350, année jubilaire, Brigitte se rendit à Rome pour obtenir l'approbation pontificale de son ordre — et elle n'en repartit jamais. Elle demeura à Rome le reste de sa vie, et devint là-bas une critique déclarée de la papauté d'Avignon, cette période de plusieurs décennies durant laquelle les papes résidaient en France plutôt qu'à Rome. Brigitte milita publiquement pour la réforme de l'Église et pour le retour du pape à Rome, une position inhabituellement audacieuse pour quiconque à l'époque, a fortiori pour une veuve étrangère sans charge officielle. Vers la fin de sa vie, elle fit également un pèlerinage à Jérusalem. Elle mourut à Rome le 23 juillet 1373.
Des visions qui ont façonné le regard des peintres sur la Nativité
Brigitte rapporta des visions depuis son enfance, et le recueil qui les compile, les « Revelationes Coelestes » — « Révélations célestes » — fut traduit en latin par ses confesseurs, Matthias de Linköping et Peter Olafsson. Il importe d'être précis sur la nature de ce texte : une révélation privée, non un dogme de l'Église. L'orthodoxie générale des Révélations fut affirmée en même temps que la canonisation de Brigitte, puis réaffirmée par le concile de Constance en 1415 et celui de Bâle en 1436 — mais cette confirmation signifie que l'Église n'y a rien trouvé de contraire à la foi, non que chaque détail visionnaire précis lie doctrinalement les fidèles.
L'une de ces visions eut une influence considérable sur l'histoire de l'art. Brigitte décrivit avoir assisté directement à la Nativité, l'Enfant Jésus rayonnant de lumière alors qu'il reposait sur un linge blanc immaculé, et Marie agenouillée en adoration plutôt qu'allongée, comme le montraient typiquement les représentations antérieures de la scène. Cette imagerie précise est créditée d'avoir directement façonné la manière dont les peintres de la Renaissance du Nord et de l'époque baroque représentèrent ensuite la Nativité pendant environ deux siècles — un exemple authentiquement traçable, sur le plan de l'histoire de l'art, d'une vision privée redessinant toute une tradition de l'art religieux face à une scène biblique.
Canonisation, patronage et un héritage contesté
Brigitte fut canonisée le 7 octobre 1391 par le pape Boniface IX, et le 1er octobre 1999, le pape Jean-Paul II la déclara patronne de l'Europe, l'une de plusieurs copatrons aux côtés de Benoît de Nursie, des saints Cyrille et Méthode, de Catherine de Sienne et d'Edith Stein. Sa fête est célébrée le 23 juillet, et elle est également reconnue patronne de la Suède et des veuves.
Son héritage n'a pas échappé à la controverse. Pendant la Réforme, Martin Luther rejeta durement ses visions, la qualifiant, dit-on, de « die tolle Brigit » — « la folle » ou « l'insensée Brigitte » — un repère historique utile sur la manière dont sa réputation se divisa nettement selon les lignes confessionnelles dans les siècles suivant sa mort, présenté ici comme un fait relatif à cette réception plutôt que comme un débat théologique encore à trancher. Par ailleurs, et à noter comme un exemple de la manière dont l'Église distingue la canonisation approuvée d'un saint des dévotions populaires ultérieures qui se sont développées autour de son nom, le Saint-Office statua en 1954 que les bienfaits spirituels précis promis par une dévotion populaire associée à son nom, connue sous le nom des « Quinze Pater », étaient sans fondement fiable. La canonisation de Brigitte elle-même et son rôle de patronne de l'Europe se suffisent à eux-mêmes ; toutes les accrétions ultérieures bâties autour de son culte n'ont pas le même poids.






