Saint Isidore de Séville

Un évêque du VIIe siècle s'attelle à un livre qui prétend expliquer tout ce qu'il vaut la peine de savoir — l'origine de chaque mot, la forme du monde, le fonctionnement du corps, le nom de chaque créature citée dans l'Écriture. Fait remarquable, il le termine. Treize siècles plus tard, des internautes se mettent à l'appeler, mi-figue mi-raisin, leur saint patron — parce que personne, depuis, n'a retenté un projet d'une telle ampleur.

Un siège hérité de son propre frère

Isidore naît vers 560 à Carthagène, sur la côte sud-est de l'Espagne, dans une famille qui donna un nombre inhabituel d'évêques et de saints : son frère aîné Léandre devient archevêque de Séville, sa sœur Florentine et son frère cadet Fulgence sont tous deux vénérés comme saints à part entière, et Isidore lui-même est élevé et éduqué en grande partie sous la tutelle de Léandre après la mort de leurs parents. Léandre avait, de l'aveu même d'Isidore plus tard, la réputation d'un maître exigeant, et l'éducation qu'Isidore reçut de lui se déroula dans une Espagne réellement troublée : le royaume wisigoth qui régnait sur la péninsule venait tout juste d'abandonner l'arianisme — l'hérésie niant la pleine divinité du Christ — pour l'orthodoxie nicéenne, un basculement religieux que Léandre lui-même avait contribué à faire aboutir au troisième concile de Tolède en 589.

Un évêque en habits blancs et or, coiffé d'une haute mitre et tenant une crosse, assis en train de lire un grand livre ouvert portant l'inscription « Etymologiae ».

Bartolomé Esteban Murillo, Saint Isidore de Séville, 1655, Sacristía Mayor, cathédrale de Séville — domaine public.

Quand Léandre meurt vers l'an 600, Isidore lui succède comme archevêque de Séville, une charge qu'il occupe plus de trente ans, présidant les conciles espagnols et œuvrant pour uniformiser la formation du clergé dans les écoles cathédrales du pays. Il présida notamment le quatrième concile de Tolède en 633, qui promulgua des décrets de grande ampleur sur la liturgie, la discipline du clergé et l'éducation, imposant notamment à chaque cathédrale d'entretenir une école pour former les futurs clercs — une impulsion précoce et influente vers une éducation formelle et standardisée au sein de l'Église espagnole.

Vingt livres, une encyclopédie

L'œuvre maîtresse d'Isidore, achevée vers la fin de sa vie, ce sont les Étymologies — parfois appelées les Origines — une vaste encyclopédie en vingt livres qui organise un éventail impressionnant de sujets, de la grammaire et de la médecine au droit, à la théologie, à la zoologie, à la géographie, ainsi qu'à la conception des bâtiments et des navires. Son principe organisateur est l'étymologie : Isidore part de l'origine des mots clés de chaque sujet, selon l'idée que l'histoire d'un mot révèle quelque chose de vrai sur la chose elle-même. Une grande partie de la matière est tirée et condensée d'auteurs classiques et chrétiens antérieurs plutôt que le fruit d'une recherche originale, mais l'ampleur de la compilation était, pour son époque, sans réel précédent — une tentative de rassembler pratiquement tout le savoir disponible en un seul ouvrage de référence qu'un lecteur pouvait tenir entre ses mains.

Les lecteurs modernes qui feuillettent les Étymologies sont souvent frappés de voir à quel point l'ouvrage se révèle, par endroits, joyeusement et sereinement erroné au regard des connaissances scientifiques actuelles — Isidore reprend à son compte des croyances antiques voulant que les bernaches naissent de bois flotté, ou que la salamandre puisse traverser le feu sans dommage, traitant les traditions classiques héritées avec la même assurance que la doctrine chrétienne bien établie. Ce n'est pas un défaut propre à Isidore, mais plutôt un trait général de l'encyclopédisme prémoderne : son but était de préserver et d'organiser le savoir accumulé mis à sa disposition, non de le vérifier de façon indépendante, et selon ce critère l'ouvrage réussit à une échelle considérable. Son neveu et élève, Braulion, évêque de Saragosse, se chargea d'organiser et de faire circuler l'œuvre achevée après la mort d'Isidore, l'encyclopédie n'étant pas encore tout à fait mise au point lorsqu'il mourut.

Un patron officieux pour une époque bien différente

Cette même impulsion — organiser un savoir dispersé en un seul lieu accessible — explique précisément pourquoi le nom d'Isidore refit surface dans les années 1990 parmi les internautes catholiques en quête d'un saint patron. Le rapprochement n'a rien de forcé : une encyclopédie tentant de contenir tout le savoir humain en un seul lieu trouve un écho évident dans ce que promet internet aujourd'hui. Il vaut mieux être précis sur le rôle réel de l'Église en la matière : en 1999, le Conseil pontifical pour les communications sociales du Vatican recommanda Isidore comme patron approprié pour les internautes et les programmeurs, mais aucun pape n'a jamais publié de décret formel et définitif en ce sens. Son patronage d'internet reste populaire et largement répété, mais ne constitue pas un enseignement officiel de l'Église.

Docteur de l'Église

Isidore fut canonisé en 1598, et le pape Innocent XIII le déclara Docteur de l'Église en 1722, un titre qui reconnaît non seulement les Étymologies, mais aussi le rôle plus large joué par Isidore pour maintenir vivant le savoir classique en Espagne durant une période véritablement précaire, après que la chute de Rome en Occident eut mis en danger réel des siècles de savoir antique. Sa fête est célébrée le 4 avril, jour anniversaire de sa mort en 636.

Les autres écrits d'Isidore dépassent largement les Étymologies : il rédigea une histoire des Goths, des Vandales et des Suèves installés sur la péninsule Ibérique, un traité sur les offices de l'Église, ainsi qu'un manuel plus court de savoir scientifique et cosmologique intitulé De Natura Rerum (« De la nature des choses »), composé à la demande d'un roi wisigoth. Pris dans leur ensemble, ces travaux font de lui, de loin, l'auteur latin le plus prolifique de l'Espagne wisigothique, et l'une des dernières figures d'Europe occidentale à écrire avec une ampleur et une ambition comparables à celles de la tradition encyclopédique romaine tardive, avant que le repli intellectuel des siècles suivants ne s'installe.

Pourquoi son œuvre se lit encore

Les Étymologies subsistent aujourd'hui dans des centaines de copies manuscrites médiévales, ce qui en fait l'un des textes de référence les plus diffusés de tout le Moyen Âge. Pour bien des lecteurs médiévaux plus tardifs, l'encyclopédie d'Isidore fut pratiquement le seul canal par lequel des fragments de textes et d'idées classiques, autrement perdus, leur parvinrent jamais — un évêque du VIIe siècle, travaillant depuis une bibliothèque cathédrale en Espagne, maintenant tranquillement en circulation des pans du monde antique bien après la chute de l'empire qui les avait produits.

Les lecteurs intéressés par d'autres figures des premiers siècles de l'Église qui se sont consacrées à préserver et organiser le savoir pour les générations futures, plutôt qu'à la spéculation théologique originale, pourront aussi lire l'article consacré à saint Cyrille de Jérusalem, dont les catéchèses rendirent un service comparable, à une échelle plus modeste et plus pastorale, quelques siècles plus tôt. Le projet propre d'Isidore fut, par contraste, encyclopédique au sens le plus littéral — une tentative, aussi imparfaite soit-elle au regard des critères ultérieurs, de tenir ensemble toute la mémoire héritée des mondes antique et chrétien en un seul corpus de livres, à un moment où une grande partie de cette mémoire risquait réellement de se perdre pour de bon.

Trivia

Qui était saint Isidore de Séville ?
Un évêque espagnol qui exerça la charge d'archevêque de Séville pendant plus de trois décennies, d'environ 600 jusqu'à sa mort en 636, surtout connu pour avoir compilé les Étymologies, une encyclopédie en vingt livres du savoir classique et chrétien ; il fut canonisé en 1598 et proclamé Docteur de l'Église en 1722.
Qu'est-ce que les Étymologies ?
Une encyclopédie en vingt livres qu'Isidore compila vers la fin de sa vie, organisant grammaire, médecine, droit, théologie, zoologie, géographie et architecture autour de l'origine des mots clés de chaque sujet — une tentative de rassembler l'ensemble du savoir classique et chrétien alors disponible en un seul ouvrage de référence.
Isidore de Séville est-il officiellement le saint patron d'internet ?
Non — il s'agit d'une association populaire et informelle, non d'un décret officiel du Vatican ; elle est née dans les années 1990 au sein de communautés catholiques d'internautes qui voyaient un parallèle entre son encyclopédie et la tentative d'internet d'organiser un savoir dispersé, et en 1999, un conseil pontifical pour les communications sociales l'a recommandé comme patron approprié, mais aucun pape n'a jamais proclamé formellement ce patronage.
Pourquoi Isidore de Séville est-il Docteur de l'Église ?
Ce titre, accordé en 1722, reconnaît à la fois l'ampleur des Étymologies et le rôle plus large qu'Isidore joua pour maintenir vivant le savoir classique en Espagne durant une période troublée, après la chute de Rome, quand une grande partie du savoir antique risquait de disparaître ailleurs en Europe.
Pourquoi l'encyclopédie d'Isidore intéresse-t-elle encore les historiens ?
Les Étymologies subsistent aujourd'hui dans des centaines de copies manuscrites médiévales et devinrent l'un des ouvrages de référence les plus utilisés en Europe pendant des siècles, ce qui en fait souvent le seul canal par lequel des fragments de textes et d'idées classiques autrement perdus parvinrent jusqu'aux lecteurs médiévaux.
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