Les Trônes
Un mot que Paul n'explique jamais
Écrivant à l'Église de Colosses, Paul fait une affirmation immense au sujet du Christ presque en passant : « Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui » (Colossiens 1,16, Louis Segond). « Trônes » apparaît une seule fois, dans une liste de quatre, sans définition, sans classement, et sans retour nulle part ailleurs dans la lettre. Le propos de Paul porte sur la suprématie du Christ sur toute puissance concevable, non sur une taxonomie angélique — mais ce seul mot fut une matière première suffisante pour que des penseurs chrétiens ultérieurs bâtissent tout un rang d'habitants du ciel.
Guariento di Arpo, ange traditionnellement identifié aux Trônes, tiré de son cycle des Neuf Chœurs des Anges, vers 1354, Museo Civico, Padoue — domaine public.
D'un mot égaré à un rang de juges
La systématisation vint du Pseudo-Denys l'Aréopagite, un écrivain chrétien grec du 6e siècle environ, dont le traité La Hiérarchie céleste organisa tout être céleste nommé n'importe où dans l'Écriture en neuf rangs — travail plus tard affiné par Thomas d'Aquin. Dans ce système, les Trônes occupent le troisième rang, groupés avec les Séraphins et les Chérubins dans le plus élevé des trois niveaux. La tradition les associe, plus que les deux autres, à quelque chose de tourné vers l'extérieur : porter le jugement et la justice de Dieu, fonctionnant presque comme le siège même d'où les verdicts divins sont rendus. C'est une image saisissante pour un mot qui apparaît dans Colossiens sans la moindre élaboration.
Des roues couvertes d'yeux — et une confusion courante
L'art médiéval et de la Renaissance est allé plus loin encore, représentant parfois les Trônes comme de grandes roues ardentes constellées d'yeux. Cette image est empruntée, et il vaut la peine d'être honnête sur cet emprunt. Elle vient de la vision du prophète Ézéchiel d'un char-trône divin, où il décrit « une roue sur la terre, près des animaux » (Ézéchiel 1,15, Louis Segond) dont « les jantes... étaient hautes et redoutables, et... remplies d'yeux tout autour » à toutes les quatre (Ézéchiel 1,18). C'est une image véritablement inoubliable — mais Ézéchiel décrit les roues qui accompagnent quatre « animaux » vivants, et plus loin dans le même livre, il identifie exactement ce que sont ces créatures : « C'étaient les animaux que j'avais vus sous le Dieu d'Israël près du fleuve du Kebar, et je reconnus que c'étaient des chérubins » (Ézéchiel 10,20). Le Chérubin est un rang distinct des Trônes dans le système traditionnel à neuf chœurs. Les artistes ont néanmoins intégré l'imagerie des roues et des yeux d'Ézéchiel dans des peintures de Trônes, parce que « trônes » et « roues » suggéraient tous deux quelque chose de vaste, de géométrique, et couvert d'une manière de voir qui ne cligne jamais — mais c'est une confusion artistique, non quelque chose qu'Ézéchiel ou Colossiens énoncerait comme une identification unique et nette.
Ce que la Bible laisse ouvert, et ce que la tradition a comblé
Rien de tout cela ne rend la tradition sans valeur — l'Église enseigne et représente les neuf chœurs depuis plus de mille ans, et l'association des Trônes au jugement divin a un long et respectable pedigree dans la pensée catholique. Mais c'est une tradition, soigneusement bâtie sur un seul mot non expliqué dans une des lettres de Paul, non une hiérarchie que Colossiens énoncerait lui-même. Les Trônes prennent place aux côtés des Séraphins, des Dominations, des Vertus, des Puissances, des Principautés, et des Archanges en tant que rang dans un cadre à neuf chœurs que des théologiens ultérieurs, non l'Écriture directement, ont assemblé — une distinction qui mérite d'être gardée en tête en lisant des ouvrages d'histoire de l'art décrivant avec une confiance totale les anges médiévaux aux roues et aux yeux.





