Saint Jean Damascène

Pendant que l'empereur byzantin, à Constantinople, faisait détruire les icônes et emprisonner — ou pire — leurs défenseurs, l'un des esprits théologiques les plus affûtés de son temps écrivait bien à l'abri de son autorité : un moine vivant sous domination musulmane près de Jérusalem, dans un monastère que les soldats de l'empereur ne pouvaient pas atteindre. Cette distance donna à Jean de Damas la liberté d'écrire exactement ce qu'il pensait — et ce qu'il pensait devint l'ossature théologique qui contribua à sauver l'icône de la disparition pure et simple du culte chrétien.

Un haut fonctionnaire chrétien en terre musulmane

Jean naît vers 675 à Damas, dans une famille chrétienne en vue qui servait depuis des générations l'administration de la ville — d'abord sous domination byzantine, puis, après la conquête arabe de la Syrie, sous le nouveau califat omeyyade. Jean lui-même semble avoir occupé, au début de sa carrière, un poste administratif de haut rang dans ce même gouvernement, un détail révélateur du rapport relativement pragmatique qu'entretenait alors l'État musulman avec ses sujets chrétiens. Au début du VIIIe siècle, il quitte cette carrière et entre au monastère de Mar Saba, dans le désert de Judée près de Jérusalem, où il passera l'essentiel du reste de sa vie comme moine et prêtre, à écrire.

Une icône de style byzantin représentant saint Jean Damascène, moine âgé et barbu vêtu d'une robe rouge et bleue et coiffé d'un turban à motifs, nimbé, tenant un rouleau de texte.

Icône orthodoxe traditionnelle de saint Jean Damascène, artiste et date non documentés, image gracieusement fournie par l'église orthodoxe russe Saint-Nicolas de Dallas — domaine public (reproduction photographique d'une œuvre bidimensionnelle du domaine public).

Défendre les icônes hors de portée de l'empereur

Le monastère de Jean se trouvait en dehors du territoire byzantin, sous autorité politique musulmane — une géographie qui allait s'avérer d'une importance considérable. Lorsque l'empereur byzantin Léon III lance, dans les années 720, une campagne contre le culte des icônes, ordonnant la destruction des images religieuses et la punition de leurs défenseurs, Jean fait partie des rares théologiens en vue placés là où l'autorité impériale ne pouvait tout simplement pas les atteindre. Il met cette sécurité à profit pour écrire une série de traités défendant les icônes, soutenant que, puisque Dieu avait pris un corps humain réel et visible dans l'Incarnation, représenter le Christ et les saints dans l'art n'était pas de l'idolâtrie — cela honorait le fait que le Dieu invisible s'était rendu lui-même visible. Il formule cette distinction avec netteté : il n'adorait pas la matière, mais le Créateur de la matière, « qui s'est fait matière pour moi » (Sur les images divines, 1.16). Des décennies plus tard, au deuxième concile de Nicée en 787, ses arguments furent lus à voix haute et contribuèrent à trancher la controverse en faveur des icônes.

Un organisateur de la doctrine, pas seulement un défenseur des images

Au-delà de la controverse iconoclaste, l'œuvre la plus durable de Jean reste La Source de la connaissance, un projet en trois parties qui passe en revue la philosophie, dresse un catalogue des hérésies, puis expose de façon organisée la doctrine chrétienne dans une section intitulée Exposition exacte de la foi orthodoxe. Cette dernière section, en particulier, servit pendant des siècles de point de référence aux théologiens postérieurs travaillant sur la doctrine systématique, y compris les scolastiques d'Occident qui y eurent accès en traduction. On lui attribue aussi des hymnes toujours utilisées dans la tradition liturgique d'Orient, ce qui lui donne une empreinte dans le culte chrétien qui dépasse largement sa prose théologique.

Le dernier des Pères d'Orient

Jean meurt vers 749 à Mar Saba, après des décennies passées comme moine à écrire à distance réelle, physique, de la cour impériale qui voulait faire taire ses arguments. Le pape Léon XIII le déclare Docteur de l'Église en 1890, honorant à la fois son rôle dans la préservation du culte des icônes et l'ampleur de son œuvre théologique. On le décrit souvent comme le dernier des grands Pères de l'Église d'Orient, refermant une ère de littérature patristique grecque qui s'était étendue sur plusieurs siècles, aux côtés de figures aussi imposantes que saint Basile et saint Grégoire de Nazianze. Sa fête est célébrée le 4 décembre.

Trivia

Qui était saint Jean Damascène ?
Moine et prêtre du VIIIe siècle, né à Damas vers 675 et mort vers 749, il passa une grande partie de sa vie au monastère de Mar Saba, près de Jérusalem, et devint le plus influent défenseur théologique du culte des icônes durant la controverse iconoclaste byzantine.
Pourquoi Jean Damascène est-il important dans l'histoire des icônes ?
Il écrivit une série de traités défendant l'usage des images religieuses contre des empereurs et des responsables ecclésiastiques qui voulaient les détruire, soutenant que, Dieu s'étant rendu visible dans la chair par l'Incarnation, il devenait légitime de représenter le Christ et les saints dans l'art ; ses arguments furent lus lors du deuxième concile de Nicée en 787, qui restaura officiellement le culte des icônes.
Que disait Jean Damascène sur le fait d'adorer les icônes ?
Dans sa défense des images, il écrivit : « Je n'adore pas la matière, mais le Créateur de la matière, qui s'est fait matière pour moi » — distinguant l'honneur rendu à une image de l'adoration due à Dieu seul, une distinction centrale dans toute son argumentation (Sur les images divines, 1.16).
Quand Jean Damascène fut-il déclaré Docteur de l'Église ?
Le pape Léon XIII le déclara Docteur de l'Église en 1890, reconnaissant à la fois sa défense des icônes et l'ensemble de son œuvre théologique, dont un exposé systématique précoce de la doctrine chrétienne.
Quelle est la fête de saint Jean Damascène ?
Sa fête est célébrée le 4 décembre, et il reste considéré aujourd'hui comme l'un des derniers grands Pères de l'Église d'Orient, closant une ère de littérature patristique grecque.
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