Saint Pierre Chrysologue

Un évêque tout juste consacré se lève à Ravenne pour prêcher sa toute première homélie devant une assemblée qui compte Galla Placidia, l'impératrice qui dirige de fait ce qu'il reste de l'Empire romain d'Occident. Selon la tradition, ce qu'il dit ce jour-là impressionne suffisamment pour qu'on se mette à l'appeler « Chrysologue » — la parole d'or —, un surnom forgé, si le récit est exact, avant même qu'il n'ait prêché un second sermon.

Un premier sermon d'évêque, et le nom qui s'ensuivit

Pierre naît vers 380 à Imola, une ville non loin de Ravenne, et l'on sait peu de choses de ses jeunes années avant qu'il ne devienne évêque de cette ville vers 433. Ce que la tradition a conservé, c'est le récit de sa toute première homélie dans sa nouvelle charge — prononcée, toujours selon cette même tradition, devant Galla Placidia, l'impératrice qui gouvernait de fait l'Empire d'Occident depuis sa cour de Ravenne, son fils Valentinien III étant trop jeune pour régner seul à son avènement. Ce que Pierre dit ce jour-là l'aurait impressionnée au point qu'elle lui donna le surnom de « Chrysologue », du grec pour « la parole d'or ». Il convient de traiter ce récit pour ce qu'il est réellement : une tradition bien conservée plutôt qu'un fait établi par un document, mais un surnom qui lui est resté attaché définitivement, jusque dans le calendrier liturgique officiel de l'Église aujourd'hui.

Un évêque en vêtements liturgiques dorés, assis sur un siège, le regard levé, une plume à la main au-dessus d'un livre ouvert, accompagné de deux petits anges tenant un crucifix.

École du Guerchin, Saint Pierre Chrysologue, XVIIe siècle, Musée diocésain Pie IX, Imola — domaine public.

Un prédicateur attaché à la brièveté

Ce qui nous est réellement parvenu de la prédication de Pierre confirme la réputation, sinon nécessairement le récit exact de son origine. 176 de ses homélies nous sont parvenues, un ensemble considérable pour un évêque de cette époque, et elles partagent un trait distinctif : elles sont courtes. Pierre le dit lui-même, expliquant dans un sermon conservé qu'il abrégeait délibérément sa prédication par souci de ne pas épuiser la patience de ses auditeurs — un réflexe qui sonne étonnamment moderne pour un homme qui vivait seize siècles avant que quiconque ne s'inquiète de la durée d'attention. Ses sermons traitent de l'Incarnation, du Symbole des Apôtres, et d'une dévotion récurrente à Marie et à Jean-Baptiste, mais ils accomplissent aussi un véritable travail théologique : comme beaucoup d'évêques de sa génération, Pierre se servit de sa chaire pour combattre l'arianisme, qui niait la pleine divinité du Christ, puis, plus tard, l'erreur inverse du monophysisme, qui fondait en une seule les natures humaine et divine du Christ.

Ravenne, au centre d'un empire en déclin

L'épiscopat de Pierre eut d'autant plus d'importance qu'il se situait où il se situait. Au moment où il prit sa charge, Ravenne fonctionnait comme la capitale effective de ce qu'il restait de l'Empire romain d'Occident, une position qu'elle devait en grande partie à ses marais, qui la rendaient plus facile à défendre que Rome elle-même — une armée d'invasion ne pouvait simplement marcher jusqu'aux murailles comme elle l'aurait pu pour une cité continentale. Cela plaçait l'Église de Pierre, et Pierre lui-même, dans une réelle proximité avec la politique impériale, en des années où l'empire qui l'entourait se défaisait visiblement sous ses yeux : Rome elle-même serait mise à sac par les Vandales quelques années à peine après sa mort, et le dernier empereur d'Occident serait déposé une génération plus tard. Une génération plus tôt, saint Ambroise de Milan avait déjà montré, dans cette même Italie du Nord, à quel point un évêque pouvait peser face au pouvoir impérial. Il vaut aussi la peine de noter que Pierre exerça durant les mêmes années que son contemporain bien plus célèbre, le pape Léon le Grand, qui gérait ses propres crises à Rome, dont la fameuse rencontre avec Attila en 452 — la Ravenne de Pierre et la Rome de Léon formaient, en somme, deux centres jumeaux tentant de maintenir un monde qui s'effondrait par la prédication et la diplomatie plutôt que par les armées.

Les églises de Ravenne datant précisément de cette période se dressent encore aujourd'hui, et leurs mosaïques — les plus célèbres se trouvant dans la basilique Saint-Vital et dans le mausolée dit de Galla Placidia — comptent parmi les mieux conservées de l'art chrétien d'influence byzantine dans le monde entier, offrant aux visiteurs un rare aperçu visuel direct du monde où Pierre Chrysologue prêchait réellement, des images d'or et de verre du Christ et des saints brillant dans une cité qui, par ailleurs, avait toutes les raisons de se croire en train de s'éteindre.

À quoi ressemblaient vraiment ses sermons

Ce qui distingue les homélies conservées de Pierre de celles de beaucoup de ses contemporains n'est pas la longueur de l'argumentation mais la densité de l'image. Il privilégiait des formules courtes, vives, presque proverbiales, plutôt que de longs raisonnements théologiques — un style adapté à un évêque qui affirmait explicitement chercher à ne pas perdre l'attention de son auditoire. Dans ses sermons sur l'Incarnation, il s'appuyait sur le paradoxe : Dieu prenant chair, l'infini entrant dans le fini, formulés en phrases compactes destinées à être retenues plutôt que longuement analysées. Cette approche le rendit populaire de son vivant, en tant que prédicateur que l'on avait réellement envie d'écouter, et c'est en grande partie pourquoi l'Église lui donna plus tard le titre spécifique de « docteur des homélies » plutôt que de simplement le ranger parmi les docteurs de l'Église en général — sa contribution ne fut pas un traité théologique systématique comme celui de saint Grégoire de Nysse ou l'abondante œuvre de commentaire de saint Jean Chrysostome, mais un style de prédication distinctif et discipliné en soi.

Docteur des homélies

Pierre meurt vers l'an 450, et l'Église célèbre encore sa fête le 30 juillet. En 1729, le pape Benoît XIII le proclame docteur de l'Église, un honneur qui lui vaut le titre spécifique de « docteur des homélies » — une appellation bien trouvée pour un évêque dont tout l'héritage conservé est le son de sa propre prédication, gardée délibérément assez brève pour que l'on continue à écouter jusqu'au bout. Son nom est souvent mentionné dans le même souffle que celui de saint Jean Chrysostome, le grand prédicateur de Constantinople qui reçut un surnom presque identique — « Chrysostome » signifie « bouche d'or » — une coïncidence d'épithètes qui a conduit certains lecteurs, au fil des siècles, à confondre les deux hommes, bien qu'ils aient servi dans des coins différents du monde chrétien et ne se soient jamais rencontrés.

Trivia

Qui était saint Pierre Chrysologue ?
Évêque de Ravenne d'environ 433 jusqu'à sa mort vers 450, resté célèbre pour un vaste corpus d'homélies brèves et soigneusement ciselées ; le pape Benoît XIII le proclama docteur de l'Église en 1729, lui valant parfois le titre de « docteur des homélies ».
D'où vient le nom « Chrysologue » ?
La tradition rapporte que l'impératrice Galla Placidia, qui dirigeait de fait l'Empire d'Occident depuis sa cour de Ravenne, aurait donné à Pierre le surnom de « Chrysologue » — du grec pour « la parole d'or » — après avoir entendu son tout premier sermon d'évêque ; c'est un récit transmis par la tradition plutôt qu'un fait confirmé par un document contemporain, mais le surnom lui est resté attaché de façon définitive.
Combien de sermons de Pierre Chrysologue nous sont parvenus ?
176 de ses homélies nous sont parvenues, un corpus considérable pour un évêque de cette époque, et elles se distinguent par leur brièveté délibérée — Pierre explique lui-même, dans un texte conservé, avoir volontairement raccourci ses sermons par souci de ne pas lasser l'attention de ses auditeurs.
Contre quoi Pierre Chrysologue prêchait-il ?
Ses sermons conservés s'en prennent à l'arianisme, qui niait la pleine divinité du Christ, puis, plus tard, au monophysisme, qui brouillait les natures humaine et divine du Christ — les mêmes controverses christologiques qui agitaient l'Église de son temps, et que le concile de Chalcédoine allait formellement trancher peu après sa mort.
Pourquoi Ravenne est-elle importante dans l'histoire de Pierre Chrysologue ?
Au Ve siècle, Ravenne fonctionnait comme la capitale effective de l'Empire romain d'Occident et le siège de la cour de Galla Placidia, ce qui plaçait l'épiscopat de Pierre au plus près du pouvoir impérial, bien loin d'une simple chaire provinciale.
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