Sainte Thérèse de Lisieux, docteure de l'Église

Elle n'enseigna jamais dans une université, ne rédigea aucune somme théologique, et passa toute sa vie adulte dans un unique couvent de province français, avant de mourir de la tuberculose à vingt-quatre ans. Un siècle plus tard, le Vatican place son enseignement aux côtés de celui d'Augustin et de Thomas d'Aquin. Passer des carnets privés d'une carmélite à l'un des plus hauts honneurs que l'Église catholique puisse accorder à un théologien a pris exactement cent ans — et un dossier qu'il fallut bâtir de toutes pièces.

Une courte vie passée presque entièrement au cloître

Thérèse Martin naquit à Alençon, en France, en 1873, et entra au Carmel de Lisieux à quinze ans — assez jeune pour qu'il lui fallût une permission spéciale de l'évêque local puis, finalement, du pape lui-même, pour être admise si tôt. Elle y vécut le reste de sa vie, neuf années en tout, occupée par le travail tranquille et répétitif de la vie religieuse cloîtrée : prière, tâches quotidiennes, vie communautaire avec les autres sœurs, et, vers la fin, la tuberculose qui l'emporta en 1897 à vingt-quatre ans. Rien, en apparence, dans cette biographie ne ressemble au parcours d'une future docteure de l'Église. Elle n'occupa aucune charge d'enseignement, ne publia aucun traité théologique de son vivant, et ne reçut aucune formation formelle en philosophie ou en théologie systématique au-delà de l'instruction conventuelle ordinaire.

Une photographie en gros plan, en noir et blanc, d'une jeune carmélite en guimpe et voile, regardant directement l'objectif.

Céline Martin (sœur Geneviève de la Sainte-Face), photographie prise dans la cour du Carmel de Lisieux, le lundi de Pâques, 15 avril 1895 — domaine public.

Une théologie bâtie à partir des petites choses

Ce que Thérèse laissa derrière elle fut plutôt une autobiographie, écrite à la demande de sa prieure et publiée peu après sa mort sous le titre Histoire d'une âme, ainsi qu'un ensemble important de lettres, de poèmes et de prières. De ce matériau naquit ce que l'on appelle aujourd'hui sa « Petite Voie » — l'idée que la sainteté ne dépend ni d'actes extraordinaires, ni de visions, ni de sacrifices héroïques, mais peut se construire entièrement à partir de petits actes d'amour ordinaires accomplis avec une confiance totale dans la sollicitude de Dieu. C'est un enseignement d'une simplicité trompeuse, et ce qui séduisit ensuite les théologiens tient précisément à cette accessibilité : un chemin spirituel qui ne demande pas au lecteur d'être mystique, martyr ou savant pour s'y engager.

Un dossier de doctorat qui n'aurait pas dû tenir sur le papier

Faire de Thérèse une docteure de l'Église exigeait de surmonter un véritable obstacle institutionnel. Chaque docteur précédent — des figures comme Augustin, Thomas d'Aquin ou Ambroise — avait produit une œuvre théologique substantielle et systématique, généralement appuyée sur une formation formelle et souvent sur des décennies passées à enseigner ou à gouverner au sein de l'Église. Thérèse n'avait rien de tout cela. En mars 1997, son évêque et la supérieure générale de son ordre carmélite adressèrent malgré tout une requête formelle à Rome, faisant valoir que la profondeur et la portée universelle de sa « Petite Voie » constituaient une véritable doctrine, même si celle-ci se présentait sous la forme inhabituelle d'une autobiographie et de lettres privées plutôt que d'un traité. Le pape Jean-Paul II se rangea à cet avis, et le 19 octobre 1997 — date délibérément choisie pour coïncider avec le centenaire de sa mort — il la proclama docteure de l'Église par la lettre apostolique Divini Amoris Scientia, « La science de l'amour divin ». Vers la fin de sa vie, selon ses derniers propos rapportés, elle confia à ceux qui l'entouraient : « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre » — une phrase qui résume bien la spiritualité confiante et sans prétention que ce doctorat entendait précisément reconnaître.

La plus jeune de seulement quatre femmes

Le doctorat de Thérèse fit d'elle, à 24 ans, la plus jeune personne jamais honorée de ce titre par l'Église, et l'une des quatre seules femmes parmi la trentaine de docteurs proclamés au cours de toute l'histoire de l'Église. Les trois autres sont Catherine de Sienne et Thérèse d'Ávila, toutes deux proclamées docteures ensemble en 1970, et Hildegarde de Bingen, ajoutée bien plus récemment, en 2012. Contrairement à ces trois femmes, Thérèse ne fonda ni ne réforma jamais d'ordre religieux, et ne conseilla directement ni papes ni souverains — son influence se propagea presque entièrement par l'écrit, d'une cellule de couvent jusqu'à l'Église tout entière, ce qui rend son doctorat sans doute le plus singulier des quatre.

Trivia

Quand Thérèse de Lisieux fut-elle proclamée docteure de l'Église ?
Le pape Jean-Paul II la proclama docteure de l'Église le 19 octobre 1997, par le document Divini Amoris Scientia (« La science de l'amour divin »), délibérément choisi pour coïncider avec le centenaire de sa mort cette même année.
Qu'est-ce qui rendait la cause de Thérèse pour ce titre si inhabituelle ?
Contrairement à tous les autres docteurs de l'Église, elle n'avait reçu aucune formation théologique formelle et n'avait jamais occupé de charge d'enseignement ou de gouvernement dans l'Église ; toute son œuvre théologique se compose de lettres, de poèmes et d'une autobiographie écrite pour sa propre communauté religieuse, ce qui rendait la requête formelle en vue de son doctorat — déposée en mars 1997 par son évêque et la supérieure générale de son ordre carmélite — particulièrement difficile à défendre sur le papier.
Qu'est-ce que la « Petite Voie » de Thérèse ?
Son enseignement spirituel central : la sainteté n'exige ni actes spectaculaires ni réalisations visibles, mais peut se trouver dans de petits actes d'amour ordinaires accomplis avec une confiance totale en Dieu — un chemin qu'elle présentait comme accessible à pratiquement tout le monde, et non réservé à ceux dotés de dons ou d'occasions exceptionnels.
Thérèse de Lisieux est-elle la seule femme proclamée docteure de l'Église ?
Non — elle est l'une des quatre, aux côtés de [Catherine de Sienne](/blog/fr/saints/saint-catherine-of-siena/) et de [Thérèse d'Ávila](/blog/fr/saints/saint-teresa-of-avila/), toutes deux proclamées docteures en 1970, et de [Hildegarde de Bingen](/blog/fr/saints/saint-hildegard-of-bingen/), proclamée en 2012 ; Thérèse, à 24 ans, demeure la plus jeune personne jamais honorée de ce titre.
De quoi Thérèse de Lisieux est-elle la sainte patronne ?
Elle est patronne des missions, bien qu'elle n'ait jamais quitté son couvent pour servir elle-même comme missionnaire, et patronne de la France aux côtés de Jeanne d'Arc — le patronage missionnaire reflétant sa profonde solidarité spirituelle, purement intérieure, avec une œuvre missionnaire qu'elle soutenait par la prière et la correspondance plutôt que par le voyage.
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